‹ Mystères des théâtres, 1852Chapitre 77 sur 93 · LE PARAPLUIE LE LAMOCLÈS · texte numérisé non relu

LE PARAPLUIE LE LAMOCLÈS

Vaudeville eu deux actes, par MM. Varin, Harmand et Lehmann.

Ah ! menher Cornélius Holff, où êtes-vous xjrésentement? Vous m'avez laissé deux vaudevilles à exphqtier du même coup ; deux vaudevilles dans la même soirée et au même théâtre! Il fallait me laisser aussi cette souplesse d'esprit qui vous permet une excursion pittoresque et hardie dans les mœurs du xviii^ siècle, lorsque vous vous trouvez en présence d'une comédie ou d'un drame ennuyeux! Comme vous avez bien vengé la vieille finance des platitudes qu'on a infligées à sa mémoire, et comme vous traitiez d'une snperbe

façon ces caliriolcts ù la course ou à Thcure qu'on appelle aujourd'hui des covu'tisanes !

Si je pouvais me placer entre les deux vaudevilles ci-dessus pour y déployer l'envergure d'une riche parenthèse de cent cinquante lignes pleines de n'importe quoi, avec quel plaisir je m'enfuirais par cette tangente !

Je ne puis pas. Il est des gens qui se mettent à cheval sur deux difficultés et leur font prendre le galop. 11 en est d'autres qui s'asseyent au milieu tout bonnement. Je n'ai jamais su faire mieux. Dans mon jeune âge, alors que le maître m'obligeait à tenir le violon à hauteur de la bouche, je remplaçais invariablement par un point d'orgue toute espèce de solo en fioriture qui me tombait sur les bras.

Allons! résignons-nous, et essayons d'attaquer les deux vaudevilles.

La Femme aux aufs d'or est un être fantastique, que M. Hector, étudiant en médecine, a imaginé pour obtenir le plus possible de billets de banque de ses doux oncles, M. Fremouillot, chef d'orchestre de l'Opéra de Draguignan, et M. Blancmignon, maître des ballets au Grand-Théâtre de Lyon.

11 leur fait part de son mariage imaginaire. Pour le maître des ballets, c'est une danseuse espagnole qu'il a épousée ; pour le croque-notes, c'est une fauvette de l'Académie de musique de Covent-Garden.

A propos du mariage, à propos de l'accouchement, à propos du baptême, de la nourrice, à propos de tout, il tire donc à l'un et à l'autre des carottes en ré ou en rat majeur.

Mais les deux oncles arrivent à l'improviste. M, Hec tor, incapable de mener de front deux difficultés, fait

exactement ce que j'aurais eu tant de plaisir à faire eu l»rt''scnce des deux vaudevilles : il s'ensauve.

Une voisine, Rosita, qui a surpris le secret de la double plaisanterie, affronte rorap:e. Elle chante pour Fremouillot et elle danse pour Blancniignon alternativement, et les oncles sont charmés.

Hector revient et il épouse Rosita. Cela n'était pas nécessaire. Mais il faut toujours finir un vaudeville par un mariage, comme un morceau de violon par un accunl parfait, ou une lettre par la formule : Recevez^ monsieur, etc.

Ce vaudeville est très-amusant; Hyacinthe, Grassot, Amant, M""" Ahne Duval s'y sont employés de leur mieux; on le serait à moins.

Le Parapluie de Damoclès,c'e?,t un malheureux pépin que Ravel a emprunté et a prêté à une dame. La dame ne le renvoie pas, Ravel va le chercher. Le mari de la dame, qui était absent, arrive tout à coup ; Ravel se cache, il est découvert, il se sauve, et il laisse le parapluie accusateur entre les mains de l'époux indigné. Ici commence le rôle du parapluie. Il accuse Ravel de toute part, il le menace, il le talonne, il est à chaque instant prêt à tomber sur sa tète innocente. Enfin, il finit par tomber sur la tête de son propriétaire primitif, et Ravel, délivré des angoisses de Damoclès, épouse la fille du chocolatier. — Duquel? — Du chocolatier. Est-ce qu'il n'y a pas toujours un chocolatier dans un vaudeville cocasse, lorsqu'on y éprouve le besoin de mettre au jour un négociant ridicule?

MM. Varin et compagnie feront mieux une autre fois, et cela ne leur sera pas difficile. — Moi aussi.

Simon.

— 4 décembre'. —

ODÉON

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