‹ Mystères du sommeil et du magnétismeChapitre 8 sur 11 · EXTASE · texte numérisé non relu

EXTASE

Deux autres phénomènes se passent encore

dans les organes encéphaliques : Vextase et

l'hallucination ; on pourrait , en quelque sorte,

les nommer rêves en pleine veille ; rêves durant

lesquels toute l'action vitale se concentrant au

cerveau , plusieurs sens se taisent , quoique

éveillés.

L'extase est une contemplation profonde sans

aucune apparence de sommeil; l'individu garde

une immobilité de statue; les yeux sont grands

ouverts, sans aucun mouvemenl du globe ni des paupières; les sens sont frappés d'inertie, A l'exception de l'ouïe qui persiste. L'extatique , tout entier à une seule pensée , à la contemplation d'un être imaginaire , paraît insensible au stimulus extérieur , tant que dure Taccès : il s'entretient avec des génies, des anges ; parle, chante, sourit et sa physionomie oiïre l'expression d'une ineffable béatitude. Les fumeurs d'opium en Orient donnent une idée de cette singulière affection. Selon eux , Textase est un état d'ivresse , une heure féerique pendant laquelle il est permis à l'homme de quitter un instant la terre , pour aller s'immiscer aux voluptés des Dieux; malheureusement l'hébétude et d'autres maladies graves ne tardent point à succéder à l'usage de Topium.

J'ai vu plusieurs fois à Smyrne un Turc, marchand de tabac, qui, après avoir fumé sa chibouque d'opium, restait tout-à-coup immobile,

avec un muet sourire sur les lèvres et les yeux attachés au ciel. Les Orientaux respectent cet état d'extase; il ne faut point troubler les joies si innocentes et si pures, disent-ils, et il est expressément défendu de communiquer avec Textatique. Après avoir fait quelques achats de chibouques, de tabac parfumé et de pastilles du sérail, à ce marchand, je lui demandai ce qui se passait dans son esprit , pendant l'ivresse de J'opium ? Il me répondit que l'opium était la clé du ciel de Mahomet.

On cite un jeune poète que les lectures fantastiques jetèrent dans cette affection. Son esprit était toujours à la poursuite des nymphes , des sylphides^ son imagination les lui représentait dans toute leur beauté aérienne , dans toute leur voluptueuse coquetterie; il les voyait, leur tendait les bras, leur adressait de douces paroles, des soupirs, et sa figure épanouie exprimait une céleste ivresse. Il y avait une si grande pureté

de sentiments dans ses chastes adorations , tant de poésie dans son amour, que bien des femmes venues par curiosité, le voir et l'écouter, eussent désiré trouver un aussi harmonieux langage sur les lèvres de ceux qu'elles aimaient. L'extase passée, notre jeune homme rentrait dans les proses de la vie; tout lui était monotone , insipide; il languissait dans la tristesse et Tennui jusqu'à ce qu'un nouvel accès vînt lui ouvrir les portes du ciel^ et lui montrer ses Déesses, environnées de toutes les splendeurs Olympiennes.

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