LA VIE ANIMALE
De la vie végétative à la vie animale. — Dans chaque pierre, dans tout minéral, dans tout liquide ou gaz, une force immobile dort.
Dans chaque plante une force plus puissante agit : e'esl la vie végétative. Elle va chercher les forces des minéraux, des liquides, des gaz ; elle les dompte, ?lle les déplace, elle les décompose et les recompose : elle en fait les. tubercules de la pomme de terre, tes feuilles de la salade, la farine du blé, les fruits du pommier ; elle les rend bonnes à nourrir les animaux.
La vie ainsi apparue dans les plantes, va bondir plus haut, à l'appel du Créateur. Semblable à l'aéro qui cou ri ;'i la surface du su) ;i\;n:t de prendre SOU vol, la vie- enracinée dan:- la terre va se libérer d'une partie de ses attaches.
Dans chaque corps d'animal, en effet, agit une force plus puissante que la vie végétative : c'est la vie animale. Elle prend la matière travaillée par la vie végétative, elle la décompose et la recompose, elle la digère, elle en fait du sari;-, de la chair, des os...
L'œuf. — Cette vie animale est d'abord, tout comme la vie végétative, enfermée dans une cellule unique.
Voici, dans cette assiette, un jaune d'oeuf, et à la surface du jaune, une toute petite tache rougeâtre. Cette tache est la cellule où dort la vie et ce jaune est la nourriture qui lui a été préparée Oui, dans ce petit point rouge, il y a une chose mystérieuse qui saura, le moment venu, se construire tous les mécanismes nécessaires pour voler, chanter, becqueter ; — bien plus, qui saura prendre les images des objets : voir, les garder en mémoire : se souvenir, et faire toutes les actions de la race.
Voici deux œufs, à. peu près semblables, tous deux légèrement tachés en un point du jaune.
Une poule va les couver.
Le premier point rougeâtre dévient un caneton, le second un poussin.
Les deux cellules n'ont pas fait d'erreur, quoique recevant toutes deux la même chaleur de la même poule. Et, devenues, l'une caneton, l'autre poussin, elles n'en feront pas davantage dans la suite de leurs actes.
Quand Mère Poule conduira ses deux petits dans le voisinage de la mare, Caneton y courra de toutes ses forces, en étendant ses ailerons jaunes, sans
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iiis de sa couveuse, tandis que son frère Poussin s'en éloignera avec effroi.
Tout cela, tout l'avenir d'un coq ou d'un canard dans une pel ite tache !
De quoi est-elle donc faite? Elle diffère peu de la cellule végétale.
Elle est romposée, comi Ile, d'un peu de charbon, d'un peu de cet hydrogène et de cet oiygêne
qui font l'eau, d'un peu de cet azote qui se trouve dans l'air, avec des traces de soufre, de phosphore, de fer... Mais la force mystérieuse qui commande ;i toute cette matière, jamais nous ne saurons ce qu'elle esl : elle ne peut être ni vue. ni pesée, ni comptée. D'ailleurs, dès que le savant dérange un peu les parties matérielles qui la supportent, afin de l'étudier, elle s'en va, la mort arrive.
Tout ce que nous pouvons constater, c'est l'obéissance de la matière, quand la vie commande.
L'œuvre de la vie. — Voilà que. sous l'influence de la chaleur, cette vie animale s'est éveillée. Elle agit comme la vie végétative : elle obligé la cellule à se partager en deux ; les deux nouvelles cellules se partagent à leur tour, et voilà quatre cellules. puis huit, puis seize...
Ces cellules restent-elles en un tas grossissant ?
Pas du tout !
Sous la poussée de la vie, elles construisent un cœur, des poumons ; puis, voici des nerfs, des os, de la chair, des plumes ; elles construisent, sans hésiter, sans tâtonner, un merveilleux édifice infiniment compliqué dans son harmonie savante.
Quand un artiste sculpte un bloc d'argile, c'est toujours à l'aide de semblables mouvements de la main : la main creuse une bouche ici ; à côté, elte •étire un nez, aplatit un front, détache une oreille. Eh bien, de même que la main obéit à la pensée de l'artiste, de même, a dit Claude Bernard, les mouvements de division de la cellule obéissent « à une série de consignes réglées d'avance ».