LE CERVEAU
La Connaissance. — «Juest-ee donc que ce cerveau qui donne des ordres aux membres et à qui tous les nerfs rendent compte de ce qu'ils ont senti ?
C'est une masse de cellules nerveuses formant sous le crâne des plis et des replis ; des cellules blanches sont recouvertes par des cellules grises.
Nous avons beau écarquiller les yeux nous ne pouvons ni voir ni toucher avec nos mains, ni compter, ni peser cette ebose immatérielle qui s'y trouve. qui voit, qui entend, qui goûte, qui sent, qui touche
Nous ne pouvons voir que les cellules du cerveau
et Les douze paires de nerfs qui les relienl aux yeux, aux oreilles, aux fosses nasales el à la langue. Par ces nerfs, les excitations venues du rehors sont ap , mitres mu cerveau qui les 1 ra i isforme en couleurs, en sons, en odeurs, en saveurs.
Travail mystérieux dont nous ne savons rien.
Par la vue. — Voici l'œil. La lumière donne aux objets «les couleurs particulières ; ces couleurs frap-
CkFSVLE DE TENON
SCLEROTIQUE
pent au fond de l'œil sur une petite peau très mince : la rétine, et y laissent une image colorée.
Tout comme dans un appareil photographique.
Mais dans un appareil photographique, les images restent mortes : l'appareil ne voit pas. Tandis qu'au
— Go —
fond de l'œil, un nerf, — le nerf optique, — fait connaître les images de la rétine au cerveau, et le cerveau voit ; il voit les couleurs et les formes qu'elles dessinent, il voit l'azur du ciel, les oiseaux et les nuances de leur plumage, il voit les animaux et les nuances de leur pelage ; il voit les fleurs et leur velouté, les arbres et leurs différentes verdures.
Devant cette grille, je lève un bâton : un appareil photographique enregistrerait mon geste et l'image ainsi obtenue resterait morte. Mais ce n'est pas un appareil photographique qui l'a reçue : c'est l'œil de ce chien de garde. Et son cerveau l'a comprise ; et il s'élance, il aboie, il montre ses crocÉ
Par l'ouïe. — Voici l'oreille maintenant.
Dans la rue, l'air fuit sous le choc de l'automobile qui passe, la vitre tremble, le son emplit la chambre vide ; et c'est tout, car la vitre et la chambre sont des choses sans vie : elles n'entendent pas.
Mais clans cette chambre, Tom s'est dressé : le son a empli le pavillon de son oreille ; un conduit a mené ce son jusqu'à la peau très mince tendue au fond. Cette peau, — le tympan — s'est mise à vibrer comme la vitre ; tous ses mouvements ont été recueillis par le nerf auditif qui les a fait connaître au cerveau. Et le cerveau a entendu. Et Tom s'est mis à aboyer furieusement, il s'est élancé pour donner la chasse à ces passants sans gêne qui troublent le repos des honnêtes gens.
« Tom, couche-toj! » lui ai-je dit.
Et les vibrations de l'air mis en mouvement palmes lèvres, ma langue et mes dents, sont an: au cerveau de Tom qui a retrouvé des sons connus, des mots chargés de sens, des mots qui peuvent être
suivis d'une claque. Ht Tom s'est recouché, imn sans gronder encore tout bas.
Par l'odorat. — Voici le nez maintenant.
Dans l'herbe des champs et dans l'air de la plaine traînent mille odeurs. Elles proviennent de petites parties des choses, qui se sont dissoutes dans l'humidité. Tom flaire et l'air qu'il aspire dépose ces menues particules sur la peau jaunâtre qui tapisse le fond de son nez.
Là, le nerf olfactif les fait connaître au cerveau, qui sent : il sent l'odeur du mouton qui s'est arrêté pour brouter, l'odeur du lièvre qui a passé à fond de train.
Par le goût. — Que Tom arrive à planter ses entes dans le corps de ce lièvre en fuite, et bientôt les sucs de la chair, répandus sur la langue, y produiront une impression que le cerveau trouvera délicieuse, quand les nerfs du goût lui auront apporté leurs renseignements.
N'est-il pas merveilleux, ce travail du cerveau ?