LE CERVE VU- - I A MEMOIRE
I*?. conservation des images. — Eh bien, voici une autre merveille, non moins extraordinaire que la connaissance, non moins inexplicable :
Toutes ces Images dues à la vue, tous ces sons dus à l'ouïe, toutes ces odeurs dues à Vodoraf. toutes ces saveurs dues au goût] toutes les sensations qu'il reçoit, le cerveau les conserve ; il s'en fait une collection. Elles s'en vont, puis reviennent
quand ïl les rappelle, pour .s'en aller encore et revenir de nouveau.
L'association des images. — Tom dormait, le nez entre ses pattes. Tout à coup ses yeux s'ouvrent et ses oreilles se dressent, puis il bondit en aboyant furieusement. Il est allé abriter son corps sous h table pendant que ses yeux affolés suivent les évolutions d'un insecte bourdonnant.
Ce bourdonnement a éveillé, dans le cerveau ne Tom, limage, c'est-à-dire le souvenir d'un bourdonnement semblable. Cette image eu a appelé une autre, apportée jadis par l'œil : le souvenir d'un* guêpe ; et cette seconde image en a entraîné une troisième, apportée jadis par les nerfs du dos : h souvenir d'une piqûre cuisante.
Et, devant toutes ces images se tirant l'une l'autre, réapparaissant brusquement clans son cerveau, Tom hurle déjà de douleur, il crie avant d'être piqué.
Ce pouvoir du cerveau d'emmagasiner les images, de les mettre en réserve, c'est la mémoire.
Le cerveau animal. — Oui, c'est vraiment une chose incompréhensible que cette masse de petites cellules où quelque chose voit, entend, sent, goûte, éprouve de la joie- et de la douleur, agit en conséquence et se souvient de tout !
Et cependant, le cerveau de l'animal n'est encore qu'une chose grossière. Il est si peu élevé sur l'échelle de la vie qu'on peut le séparer du corps sans que la mort s'ensuive, — ce qui arriverait infailliblement chez l'homme.
« Un pigeon à qui on a enlevé son cerveau demeure immobile, somnolent. Cependant, si on le
jette en l'air, il vole ; si on le pousse, il marche . mais si on le laisse tranquille, il se laissera mourir de faim devant un tas de grains de blé. Pour le nourrir, il faut lui placer les grains dans le gosier. Tout besoin a disparu ; ce pigeon a perdu tout instinct.
« De même la grenouille opérée reste accroupie : si on la pousse, elle saute ; si on la jette dans l'eau, elle nage. Elle aussi se laisse mourir de faim au milieu de l'abondance. Il ne reste plus que la machine-grenouille, comme il ne restait plus que la machine-pigeon. On a réussi aussi à conserver des chiens privés de cerveau : leur figure restait sans expression et ils étaient inattentifs à tout ce qui se passait autour d'eux. »
En perdant le cerveau, la vie animale a perdu son guide.