‹ Mysteres et lumiereChapitre 30 sur 96 · L'ANIMAL PEUT-IL RAISONNER · texte numérisé non relu

L'ANIMAL PEUT-IL RAISONNER

L'animal ne peut pas raisonner. — On a dit : « Si l'animal est un prisonnier, si ses instincts le tiennent captif, comment se fait-il qu'il puisse apprendre des choses nouvelles ? »

Erreur, grosse erreur : l'animal n*apprend jamais de choses nouvelles. On peut le dresser à les faire, jamais il ne les apprendra.

Apprendre une chose, c'est savoir ce qu'elle est, à quoi elle sert et c'est savoir s'en servir à l'occasion.

Apprendre à manier un fusil, c'est savoir à quoi servent le canon, la chambre, la culasse, la gâchette, la crosse, afin de se servir de l'arme à la chasse ou contre l'ennemi. Le plus intelligent des animaux, le chien peut être dressé à manier un fusil : jamais il n'apprendra à s'en servir, c'est-à-dire c ue jamais il ne saura vraiment à quoi sert le fusil et que jamais la pensée ne lui viendra de l'utiliser dans le danger. Depuis le commencement du monde, le chien se défend avec ses crocs ; jusqu'à la fin du monde, il ignorera les autres armes.

Le Griffon devant le foyer. — « Grand admirateur de l'intelligence canine, dit M. de Cherville, j'ai voulu savoir ce dont elle est capable, quand un besoin impérieux la sollicite.

J'avais un griffon auquel, comme on dit, il ne manquait que la parole.

Il était enragé pour le chauffage.

A plusieurs reprises, en choisissant toujours les journées froides, je disposai dans l'être une petite lampe à portée d'un joli tas de copeaux. Il suffi-

sait Je pousser une brindille vers la flamme pour avoir une de res joyeuses flambées dont mon animal était si friand.

Je l'observai : il vint, selon son habitude, s'assui la queue «levant le foyer. Il y resta quelques minutes grelottant, contemplant mélancoliquement ce lumignon qui chauffait si peu, puis s'en alla se coucher dans un coin.

Au bout de quelques instants, il reprit son premier poste, en accentuant son attitude douloureuse.

L'idée de pousser des copeaux sur la lampe ne se fit pas jour dans son cerveau, quoique, pour lui en faciliter la conception, lui prenant la patte, je lui eusse démontré plusieurs fois le brillant résultat qu'il pourrait obtenir d'un de ces mouvements. Je ne doute pas, cependant, qu'on ne puisse dresser un chien à allumer mécaniquement le feu, comme on le dresse à toutes sortes d'autres tours de force, mais il ne saurait pas le faire pour lui. »

Non, car il est asservi au film cinématographique ; qui se déroule en lui, et le film des griffons n'a jamais comporté l'allumage du feu.

La réflexion est interdite à l'animal. — Jamais un animal n'aura l'idée, non seulement d'allumer du feu, mais de se fabriquer un outil, ni même de se servir de ceux qu'il nous voit manier chaque jour. Le singe aura beau reproduire près d'un menuisier le mouvement de la scie et du rabot : il ne fera pas œuvre valable.

Depuis l'origine du monde, les animaux h'onl tien ajouté à ce que le Créateur a mis eu eux. « Ils vont toujours du même train comme les eaux, les ârjbfes et les fleurs. Ils font toutes choses à propos

et raisonnablement, mais ils ne raisonnent pas plus pour les faire, que la pierre ne raisonne pour s'enfoncer dans l'eau, ou le bois pour surnager, pas plus que la plante ne raisonne pour développer sa racine, sa tige et ses feuilles. » (Bossuet.) — Ceux

qui font les choses les plus savantes, comme le rayon de miel, la toile d'araignée et le cocon du ver à soie, ne sont pas même les plus élevés sur l'échelle de la vie.

A tous, la réflexion est interdite, car une réflexion en attirant une autre, ils s'élèveraient au niveau de l'homme.

Voyez cet homme, au contraire : d'observation en observation, il a remarqué tout ce qui pouvait lui être utile ; de réflexion en réflexion, il a tout com-

>iné pour changer la nature autour de lui. Il s'est

ail «les outils et des machines ; il a bâti, tracé des

.nies, dirigé les eaux, amélioré les plantes et les

inimaux ; il s'est fait roi de la Terre.

Depuis six mille ans d'observation et de réflexion,

intelligence humaine n'est pas épuisée ; elle cher-

he et pénètre toujours plus avant dans l'œuvre de

intelligence divine.

C'est donc pitié d'entendre dire qu'il y a plus de Lifférence entre tel homme et tel homme qu'entre i 1 homme et telle bête.

Y a-t-il un homme si stupide qui n'invente du moins quelque signe pour se faire entendre ?

Y a-t-il une bête si rusée qui ait jamais rien trouvé ?

De réflexions en réflexions. — L'homme était nu : »'est-il résigné au froid? non : il a pensé, et la flamme a jailli de la pierre pour le chauffer. Il était affamé ; s'est-il résigné à la faim ? non : il a pensé, et l'épi a mûri au soleil pour le nourrir. Il était tenu prisonnier dans l'espace par l'Océan ; s'est-il [^résigné à l'implacable surveillance du geôlier mu- [gissant, en sentinelle sur le rivage ? non : il a réfléchi, et le navire l'a porté à la rive d'un autre hémisphère. Il était isolé dans le temps ; s'est-il résigné ? non : il a incliné la tête, et l'écriture a fait de toutes les générations écoulées, une seule génération toujours en 'conversation avec elle-même d'un bout à l'autre de la durée.

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