‹ Mysteres et lumiereChapitre 31 sur 96 · ÉDUCATION DE L'ANIMAL · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DE L'ANIMAL

La lutte des instincts. — On dit : voici le renard ;

il n'a pas été dressé, celui-là ; et. cependant, il trouve, car il n'agit pas toujours de la même façon : il sait varier sa conduite et ses ruses.

— Oui : la faim le met en route et le pousserait tout droit sur le poulailler ; mais la peur des pièges . et des chiens tantôt l'arrête, tantôt lui fait faire un détour, tantôt précipite sa course. Aucune combinaison raisonnée dans cette conduite ; il n'y a qu'une lutte : la lutte de la -peur, qui pousse à -la fuite, contre la faim, qui pousse à la marche en avant.

Les principaux changements dans les démarches d'un animal sont produits de même par une lutte des deux principaux instincts : l'instinct de la nutrition et l'instinct de la conservation.

Education de l'animal. — C'est justement en agissant sur ces deux grands instincts que l'homme réussit à dresser quelques animaux. Par l'appât d'une récompense et par la crainte des coups, il amènera péniblement un chien, un cheval, un élé pliant, à faire certains mouvements. Par la répé-' tion, il les habituera à faire ces mouvements, vi et bien. L'on verra le cheval savant danser et le chien savant faire l'exercice. On cite certain chien qui se montrait observateur du principe de l'abstinence : on lui jetait un morceau de viande, et il ' sautait dessus ; mais, si le maître disait gravement : <( Cest aujourd'hui vendredi », le chien lâchait 1 viande et reculait dans l'attitude du respect.

Pourquoi ?

Parce que le maître avait eu soin d'associer, danH le cerveau de l'animal, le mot vendredi à une dis tribution de coups de canne.

Quel que soit l'animal, les actes les plus compilâmes en apparence sont toujours des manifestations d'un instinct diversement alléché, diversement Effrayé. La lumière intérieure de la liaison que Dieu a mise dans l'homme manquera étërnellem«n1 à l'animal.

El c'est pourquoi, dans l'espace sans bornes qui Sépare l'homme de tous les êtres, nous n'avons reussi à leur faire faire, à force de patience, que deux ou trois pas illusoires. « Seul, le bon chien familier a reconnu, une fois pour toutes, la supériorité de l'homme et s'est livré à lui ; mais les autres ne nous aiment pas, ne nous connaissent pas, nous remarquent à peine. Ils ignorent notre vie, noire mort, notre départ, notre retour, notre tristesse, notre joie, notre sourire. Depuis des milliers d'années, ils sont à nos côtés, aussi étrangers à nos pensées, à notre affection, à nos mœurs. »

Mon chien. — Mon chien m'accompagne à quelque spectacle public. Certainement, il voit tout ce que je vois ; mais de tout cela, que comprend-il ? Ce qu'il doit comprendre en sa qualité de chien ; il saura me démêler dans la foule et me retrouver si quelque accident l'a séparé de moi ; il s'arrangera de manière à n'être pas estropié par les pieds des spectateurs. Là s'arrêtent ses connaissances et tous les efforts d'instituteurs intelligents ne le porteraient jamais au delà : les idées de morale, de justice, de force publique sont nulles pour lui. Tons ignés de ces Idées l'environnent, le touchent, le pressent pour ainsi due mais inutilement.

J. de Maîstre.

MYSTÈRES ht LUMIÈRE

IMEU CRÉATEUR

Réfléchissons. - Y a-t-il quelque chose de plu? beau qu'une machine qui se renouvelle d'elle-même?

Or l'animal, borné dans ses forces, s'épuise bientôt par l'effort ; mais les aliments lui rendent chaque jour la force qu'il a perdue.

Il met au dedans de son corps une substance étrangère, qui devient la sienne, par une espèce dé métamorphose. D'abord elle est broyée, et se change en une espèce de liqueur ; puis elle se purifie comme si on la passait par un tamis pour en séparer tout ce qui est trop grossier. Ensuite, elle se subtilise et devient du sang. Enfin, elle coule et s'insinue par des rameaux innombrables, pour arroser tous les membres ; elle s'infiltre dans les chairs, elle devient chair elle-même. Et tant d'aliments, si différents de forme et de couleur, ne sont plus qu'une même chair.

L'aliment, qui était un corps inanimé devient l'animal même.

Les parties qui le composaient autrefois se sont exhalées par une insensible et continuelle transpiration.

Ce qui était, il y a quatre ans, un tel cheval, n'est plus que de l'air ou du fumier. Ce qui était alors du foin et de l'avoine, est devenu ce même cbeval si fier et si vigoureux. (Fknelon.)

C'est que, pendant que sa substance changeait insensiblement, la même idée créatrice continuait d'entretenir la vie nerveuse qui recueille les sensations et la vie d 'instinct qui exécute les actes propres à l'espèce.

Concluons. — En tout animal, ces actes instinctifs supposent une telle science qu'il faut bien conclure que la sagesse qui pense et qui veille pour la bête n'est que la Sagesse de l'Ouvrier qui l'a créée.

(( Le monde, a dit J.-H. Fabre, est régi par une Intelligence infinie. Plus je vais, plus j'observe, et plus je la vois rayonner derrière le mystère des choses. Je sais qu'on ne manquera pas de m'en railler. Très peu m'en soucie. »

Et le grand naturaliste ajoutait familièrement : » On m'arracherait plutôt la peau que la croyance en Dieu. »

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