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LE SOMBRE PASSAGE

Au bord de la fosse. — Oui, l'histoire du monde est l'histoire d'un développement progressif voulu par Dieu.

Et cette expansion grandiose, régie par les invisibles idées qui commandent à la vie végétative et à la vie sensible, — ce prodigieux élan qui dresse au-dessus de la matière, l'Intelligence, la Conscience et la Liberté humaines, — cet élan vers les hauteurs infinies, cesserait brusquement au bord de la fosse où descend le cercueil de l'homme !

Après la mort, il n'y aurait plus rien que l'obscur néant, vide de tout !

La sottise prétentieuse et l'ignorance doctorale peuvent seules l'affirmer.

Pauvres petites négations humaines !

Enracinée dans la matière, puis élevée à la liberté et à la responsabilité, la Vie est appelée à s'épanouir dans l'Eternité bienheureuse.

(ii 3 'après un Article fie l'abbé MORBUX.

La moit n'est que le sombre passage qui conduit à la pleine lumière.

La mort. — Qu'est-ce que la vie, dans une plante? L'action d'une force qui groupe les éléments chimiques en cellules, qui dirige la multiplication de ces cellules, mais qui reste insensible.

Qu'est-ce que la vie dans un animal ? L'action d'une force qui groupe les éléments chimiques en cellules, qui dirige la multiplication de ces cellules, mais qui est douée de sensibilité et d'instinct.

Qu'est-ce que la vie dans l'homme ? L'action d'une force qui groupe les éléments chimiques en cellules, dirige la multiplication de ces cellules, est douée d'une sensibilité qui la met en rapport avec la nature, — est douée d'une intelligence qui lui permet de dominer cette nature, — est douée, enfin, de la liberté d'agir bien ou mal.

« Ici, comme partout, dit Claude Bernard, tout « dérive de l'idée qui, elle seule, crée et dirige. Les « éléments chimiques sont communs à tous les phé- ■ « nomènes de la nature et restent confondus comme « les caractères de l'alphabet dans une boite, où « une force va les chercher pour exprimer les pen- ' « secs ou les mécanismes les plus divers. » — Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, p. 147.

Qu'est-ce que la mort ? C'est la séparation de la matière et de l'idée ou force qui l'organisait.

Mémento, homo, quia pulvis es et in pulverem reverteris : souviens-toi, homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière...

Un jour, fatalement, tu t'entendras sur un lit dont tu .ne te relèveras plus. Ton corps ne sera plus

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qu'un cadavre. Pendant quelques jours, il gardera la forme que tu avais ; puis tous les minéraux et tous les liquides domptés, assemblés dans les soixante millions de cellules qui le composaient, et toutes les forces physiques et chimiques contraintes à soutenir l'édifice, tout cela reprendra sa lib^r De désorganisation en désorganisation, de chute en chute, ton corps souple et fort, si bien modelé, deviendra ce je ne sais quoi d'affreux qui n'a de nom dans aucune langue. La puanteur liquide de ce cadavre se résoudra finalement en acide carbonique, en eau, en ammoniaque, (pie les racines des plantés jihsorbei'otit.

Caî « la nafure, Ait lîossuet, tie peut nous laisser "l longtemps ce peu de matière qu'elle nous prête, qui j ne doit pas demeurer dans les mêmes mains et qtli ; doit être éternellement dans le commerce : elle en a besoin pour d'autres formes, elle la redemande pour d'autres ouvrages. »

Et cette force — l'âme — qui animait ton corps ?

Ton âme, elle, est entrée dans la vie supérieure, dans la Vie de l'Intelligence, la Vie éternel'e.

Pensons à notre mort. — C'en sera fait de vous bien vite ici-bas : voyez donc en quel état vous êtes. : Si aujourd'hui vous n'êtes prêt, comment le serezvous demain ? Demain est un jour incertain ; et que savez-vous si vous aurez un lendemain ? Si vous avez vu jamais un homme mourir, songez que vous aussi vous passerez par cette voie. Le matin pensez que vous n'atteindrez pas le soir ; le soir, n'osez pas

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vous promettre de voir le matin. Plusieurs s.mt enlevés par une mort soudaine et imprévue : car le Fils de l'homme viendra à l'heure qu'on n'y pense pas. Quand viendra cette dernière heure, vous commencerez à juger tout autremenl de votre vie passée, et vous gémirez amèrement d'avoir été si négligent et si lâche... Vous désirerez un seul jour, une seule heure pour purifier votre âme, et je ne sais si vous l'obtiendrez. Faites, faites maintenant tout ce que vous pouvez, car vous ne savez pas quand vous mourrez, ni ce qui suivra pour vous la mort...

Imitation de J.-C.

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