LA BÉATITUDE SURNATURELLE
La Vie éternelle dans la lumière. Aujourd'hui le
brouillard est épais et froid, les choses sont indistinctes autour de nous : tout respire la tristesse.
Si, depuis ta naissance, ce rideau de brumes ne 8 'était jamais écarté, tu hésiterais à croire qu*il y a, derrière l'épaisse buée, le radieux Soleil qui fait le ciel bleu et la printanière douceur de vivre !
Ta vie sur terre, c'est la vîe dans le brouillard. La mort le dissipera pour laisser apparaître la vie lumineuse dans la joie universelle.
Que sera cette Vie de l'eau-delà ? — La plante engourdie dans la vie végétative peut-elle comprendre ce qu'est la sensibilité de l'animal ? L'animal, captif de l'instinct, peut-il comprendre ce que sont l'intelligence et la liberté humaines ? Non.
Pas davantage, notre intelligence affaiblie et corrompue ne peut se figurer l'immensité du bonheur qui l'attend dans le sein de Dieu, après que la mort du corps l'aura libérée de sa faiblesse et de sa corruption. <( Lorsque nous serons dans l'état parfait, dit l'Apôtre saint Paul, tout ce qui est imparfait sera aboli. Quand j'étais enfant, je parlais en enfant, je jugeais en enfant, je raisonnais en enfant : mais lorsque je suis devenu homme, je me suis défait de tout ce qui tenait de l'enfant. Nous ne voyons maintenant que comme en un miroir et en des énigmes ; mais alors nous verrons Dieu face à face. Je ne connais maintenant Dieu qu'imparfaitement ; mais alors je le connaîtrai comme je suis moi-même connu de Lui. »
Raisonnement de ceux qui se reposent dans l'ignorance religieuse. — « Je ne sais d'où je viens, je ne " sais où je vais ; je sais seulement qu'en sortant « de ce monde, je tombe pour jamais, ou dans le « néant, ou dans les mains d'un Dieu irrité, sans « savoir à laquelle de ces deux conditions je dois « être éternellement en partage. Et de tout cela, je (i conclus que je dois donc passer tous les jours de. « ma vie sans songer à ce qui doit m'arriver, et nue « je n'ai qu'à suivre mes inclinations, sans réflexion <( et sans inquiétude, en faisant tout ce qu'il faut « pour tomber dans le malheur éternel, au cas que « ce qu'on en dit soit véritable. Peut-être que je « pourrais trouver quelque éclaircissement dans mes « doutes ; mais je n'en veux pas prendre la peine, « ni faire un pas pour le chercher. »
« Ce même homme qui passe les jours et les nuits « dans la rage et le désespoir pour la perte d'une « charge ou pour quelque offense imaginaire à son « honneur, est celui-là même qui sait qu'il va tout « perdre par la mort, et qui demeure néanmoins « sans inquiétude, sans trouble et sans émotion. « Cette étrange inse7isibilité pour les choses les plus « terribles, dans un cœur sensible aux plus légères, « est une chose monstrueuse. »
Pascal. — Pensées.