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L'ESCLAVE CESSE D'ÊTRE UN HOMME

A Rome. — A Rome, les palais ressemblaient à de petites villes avec leurs immenses jardins, leurs cours intérieures bordées de belles constructions, leurs jets d'eau, leurs bains, leurs cirques.

Les vastes salles aux plafonds encadrés d'or étaient embellies de peintures, peuplées de statues. Des centaines d'hommes et de femmes en occupaient les alentours, prêts à satisfaire tous les caprices du maître.

Nombreux étaient les grands propriétaires qui, tant à la ville qu'à la campagne, possédaient jusqu'à vingt mille esclaves. Quot paseit servos ? combien nourrit-il d'esclaves ? disait-on ; et chacun voulait pouvoir en montrer une multitude. N'en posséder que trois était un signe de pauvreté.

Un mot résume les devoirs de ces malheureux : obéir. <( Esclave, suis les ordres de ton maître, justes ou injustes » ; voilà pour la vie de l'âme.

Travailler, même au delà de ses forces, s'alimenter juste assez pour ne pas mourir de faim : voilà pour la vie du corps.

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A ceux qui faisaient le pain, on passait autour du cou une sorte de roue qui, écartant la main de la bouche, les empêchait de manger de la farine.

Cependant, quel travail que le leur !

Ils n'avaient pour écraser les grains que des moulins à bras. On les maintenait au travail avec le fouet. « Ils ont, a dit un Ancien, les paupières rongées par la fumée, la peau livide et sillonnée ' de coups de fouet ; vêtus seulement d'un débris de tunique, marqués au front avec le fer rouge, ils ont les pieds pris dans des anneaux. »

Devenus vieux, les esclaves étaient jetés dehors. « Débarrassez-vous des vieux bœufs, du bétail maladif, des vieilles ferrailles et des esclaves vieillis ou malades », conseillait un illustre Romain dans ses instructions aux propriétaires agricoles.

Et l'on disait :

« A quoi bon les nourrir? on perd ce qu'on leur donne et on prolonge leur vie pour la misère. »

L'usage était de les abandonner dans une île du Tibre.

Par une cruauté impitoyable, on empêchait toute révolte.

Ceux qui se montraient indociles étaient enchaînés nuit et jour : ils travaillaient avec leurs chaînes, ils formaient ce qu'on appelait la race ferrée.

Pour une négligence, pour une maladresse, l'esclave courait danger de mort. Un Romain fil jeter dans le vivier où il engraissait des murènes un esclave coupable d'avoir brisé un vase précieux et il se réjouit à le voir dévorer.

Les supplices étaient Infiniment variés. Les verges, ; le bâton, l'aiguillon, les étrivières, c'était le pain de

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chaque jour. Puis venaient les gênes de toutes sortes : menottes aux mains, entraves aux pieds, fourche au cou, chaînes aux reins.

Quelque malheureux osait-il s'enfuir? Il avait commis le crime inexpiable : bientôt repris, il était jeté dans un puits, brûlé dans un four, ou, si l'on voulait faire de ses tortures un plus frappant exemple, on le crucifiait.

Les millions d'esclaves romains ont vraiment touché le fond de la misère humaine.

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