ME DES RICHES
Les faux dieux. — Ainsi, parce que les peuples anciens avaient oublié le vrai Dieu, l'étranger devint un ennemi et le vaincu un esclave.
L'oubli du vrai Dieu eut des conséquences plus funestes encore.
Les Anciens savaient que, derrière les choses visibles, il y a une puissance invisible qui les a créées et qui les conserve. Ils ne savaient plus que cette puissance invisible, c'est le Dieu très bon.
Egarés par l'Esprit du mal, ils se firent des dieux auxquels ils attribuèrent leurs propres vices. De la sorte, il n'y avait pas une mauvaise action qui
ne i-ùt être justifiée par l'exemple d'un dieu : Jupiter, Mars, Apollon, Vénus...
Quand les Romains eurent fait la conquête du Monde, ils introduisirent chez eux les dieux des peuples vaincus. Ils en apprirent tous les vices. Us ne pensèrent plus qu'à vivre pour le plaisir. Ce fut le co lencement de leur propre ruine.
La vie des riches. — Rome avait alors un million et demi d'habitants, dont près d'un million d'es- Blaves. Les cinq cent mille Romains qui avaient, seuls les droits de la liberté étaient, pour une part, natriciens ou nobles, et des enrichis, et pour une autre part, beaucoup plus nombreuse, des plêbéirns ou gens du peuple, fort pauvres.
Les riches donnaient l'exemple de tous les désordres. Ils disaient : « Ce qui importe, c'est qu'il y ait beaucoup de richesses. Les richesses tiennent les grands dans la splendeur et les petits dans le bien- • être, par conséquent dans la soumission. Que les lois n'ordonnent rien de pénible, qu'elles ne défendent rien d'agréable. Que les esclaves abondent sur les marchés. Que les palais soient magnifiques. Qu'on multiplie les banquets et que chacun puisse boire, regorger, vomir jusqu'au jour ! Qu'on entende partout le bruit des danses ! que les acclamations joyeuses éclatent sur les bancs des théâtres ! »
D'immenses richesses étaient au service du plaisir. Un fleuve d'or coulait vers Rome de toutes les parties du monde. En quarante ans, de 20^ à 167 avant J.-C. , les peuples conquis se virent enlever environ un milliard. Qui dira ce que pareille somme représente de cadavres, de supplices et de larmes ? Cet. or maudît était une source intarissable de dé-
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sordres. Il avait usé le lien qui tenait la famille si fortement unie à son chef : tuée par le vice et le divorce, la famille se mourait. De temps en temps quelque crime effrayant venait déshonorer les maisons les plus illustres.
ME DE LA PLÈBE i
Panem et circenses. — Comme les riches, la plèbe I ne vivait que pour les plaisirs des sens. Elle expri- j mait en deux mots ce qu'elle réclamait des grands : panem et circenses, du pain et des jeux.
Elle n'avait pas la ressource du travail qui déve- I loppe nos bonnes qualités. Le travail était profondément méprisé. « Les métiers sent bas », disait-on. Et d'ailleurs, les riches Romains louaient leurs esclaves à ceux qui avaient besoin d'ouvriers. Plus dociles parce qu'ils pouvaient être châtiés rudement, moins coûteux parce qu'on les nourrissait à peine, les esclaves étaient préférés aux ouvriers libres.
Condamnés à l'oisiveté, les plébéiens ne se plaignaient pas. La nuit, ils s'entassaient dans de hautes et vastes maisons où ils avaient loué quelque coin obscur, et. le jour venu, ils assiégeaient les portes des patriciens où se faisaient d'interminables distributions de vivres. Pas un riche P»omain qui n'eût une foule de clients, à qui il distribuait la spor* tule, la nourriture de la journée. L'Etat lui-mêm? faisait fréquemment des distributions de blé, de vètements, d'argent.
Toute la journée restait libre pour le plaisir.
Comme la nourriture, le plaisir était gratuit. Il y eut par an jusqu'à 175 jours de fêtes publiques, aux-
quels s'ajoutaient les spectacles extraordinaires : jeux de cent jours pour l'inauguration du grand cirque du Colisée, de cent vingt-trois jours pour la célébration des victoires de l'Empereur Trajan, etc.. Alors, quelle animation dans la Ville ! Pendant la nuit, la foule s'était entassée cm Longues files à toutes les portes des amphithéâtres; à l'aube, la fête commençait pour ne s'interrompre qu'au coucher du soleil. Pendant l'entr'acte de midi, des \ivres étaient distribués gratuitement aux spectateurs.
Ces fêtes, c'étaient des courses de chars et de chevaux dans les cirques, des combats d'athlètes dans les stades, des représentations dans les théâtres, des combats de gladiateurs dans les amphithéâtres. Rien n'indique mieux l'état moral du peuple romain que ces derniers spectacles.