‹ Mysteres et lumiereChapitre 75 sur 96 · IO · texte numérisé non relu

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Dèce qui fut l'un des plus cruels persécuteurs de l'Eglise, disait qu' « il aurait mieux aimé voir un rival lui disputer le trône qu'un Pape siéger à Rome ». Il fit martyriser le Pape Saint Fabien (250) ; la persécution fut telle, la surveillance si active, que l'Eglise fut dix-huit mois sans pouvoir élire un autre Pape. Privés de leur chef, les prêtres de Rome furent admirables ; nulle fatigue ne leur coûtait, nul danger ne les arrêtait ; beaucoup furent mis à mort. La surveillance s'étant relâchée pendant une absence de Dèce, le pape Corneille fut élu. <( Il fallait une foi bien ferme, dit un contemporain, pour s "asseoir sur la chaire de Pierre. » ; Deux ans après, saint Corneille versait à son tour son sang pour le Christ. Et toujours un autre est prêt pour le sacrifice.

Les ÎPapës créent 'a civilisation chrétienne. — Après l'édit de Milan, quand le monde regorgea de chrétiens, l'Eglise n'eut plus seulement des individus et des familles à diriger : elle dut guider la ! Société elle-même. Aussi le rôle des Papes s'étend-il. Dès saint Léon le Grand (440-461), ils apparaissent comme les pères de la civilisation. A toutes les époques dangereuses, ils sauront indiquer le sûr chemin.

Les catacombes. — Un grand écrivain a fait raconter ainsi par un chrétien des premiers temps, un office dissimulé sous terre : « Un jour, j'étais allé visiter la fontaine Egérie. La nuit me surprit. Pour regagner la voie Appienne, je me dirigeai sur le tombeau de Cécilia Métella chef-d'œuvre de grandeur et d'élégance. En traversant des champs abandonnés, j'aperçus plusieurs personnes qui se glissaient dans

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disparaissaient subitement. Poussé par la curiosité, je m'avance et j'entre hardiment dans la caverne où B 'étaient plongés les mystérieux fantômes ; je mus s'allonger devant moi des galeries souterraines qu'à peine éclairaient de loin à loin, quelques la m pes suspendues. Les murs des corridors funèbres étaient bordés d'un triple rang de cercueils placés les uns au-dessus des autres.

La lumière lugubre des lampes, rampant sur les parois des voûtes, et se mouvant avec lenteur le long des sépulcres, répandait une mobilité affrayante sur ces objets éternellement immobiles.

En vain, prêtant une oreille attentive, je cherche à saisir quelques sons pour me abîme de silence, je

Les catacombes, cimetières souterrains de ta banlieue de Home où les chrétiens se réunissaient.

diriger à travées un n'entends que le battement de mon cœur dans le repos absolu de ces lieux. Je voulus retourner en arrière, mais il n'était plus temps. Je pris une fausse route, et au lieu de sortir du dédale, je m'y enfonçai.

De nouvelles avenues qui s'ouvrent et se croisent de toutes parts augmentent à chaque instant mes perplexités. Plus je m'efforce de trouver un chemin,

plus je m'égare ; tantôt je m'avance avec lenteur, tantôt je passe ayec vitesse : alors, par un effet des échos qui répétaient le bruit de mes pas, je crois entendre marcher précipitamment derrière moi. Il y avait déjà longtemps que j "errais ainsi, mes forces I commençaient à s'épuiser ; je m'assis à un carrefour solitaire de la cité des morts. Je regardais avec i inquiétude la lumière des lampes, presque consu- Q mées, qui menaçaient de s'éteindre. Tout à coup !j une harmonie semblable au chœur lointain des es- | prits célestes sort du fond de ces demeures sépulcrales : ces divins accents expiraient et renaissaient ' tour à tour ; ils semblaient s'adoucir encore en s'égarant dans les routes tortueuses du souterrain. Je me lève et je m'avance vers les lieux d'où s'échappent les magiques concerts : je découvre une salle illuminée. Sur un tombeau paré de fleurs, Marcellin célébrait le mystère des chrétiens ; des jeunes filles couvertes de voiles blancs chantaient au pied de l'autel ; une nombreuse assemblée assistait au sacrifice : je reconnais les catacombes.

Chateaubriand. — Les Martyrs.

La voie appiexne fut la première de ces grandes routes qui mettaient Rome en communication avec tous les points de l'Italie ; elle fut construite en 312 par Appius. Elle était comme toutes les routes, bordée de tombeaux, car il était défendu d'ensevelir les morts à l'intérieur de la Ville. — Les Metellus étaient une illustre famille romaine.

l/ECUSE ET SES EVEQUES

Les Evêques. Au-dessous de L'Eglise de Rome,

ses filles, les autres Kglises, étaient dirigées chacune par son évêque, finalement soumis au Père commun des fidèles. L'évêque enseignait le troupeau qui lui était confié, dirigeait toutes les œuvres de la charité chrétienne, puis quand il le fallait, il donnait son sang. Le simple fidèle pouvait fuir la persécution, mais non l'évêque. « L'évêque peut fuir, dit sai?it Augustin, quand il n'y a plus de peuple auquel il doive son ministère ; mais fuir quand la persécution commence ! quand tous accourent plus que jamais à l'Eglise, les uns demandant le baptême, d'autres la réconciliation, d'autres la pénitence, et tous, la consolation des sacrements ! » Saint Marc, évêque d'Aréthuse, avait fui dans l'espoir d'écarter le danger de son troupeau ; parvenu en lieu sûr, il apprit que ses fidèles étaient poursuivis : sans retard, il revint sur ses pas et s'offrit au martyre. Les évêques se souvenaient de la parole du Maître : « Je suis le bon Pasteur et je donne ma Die pour mes brebis. »

Les évêques martyrs. Saint Ignace. — En l'an 107, saint Ignace, évêque de la glorieuse Eglise d'Antioche fondée par saint Pierre, fut arrêté et désigné pour faire partie d'un de ces envois de chair humaine destinés aux cirques de Rome.

Ni l'attente du supplice, ni la fatigue du voyage, ni les mauvais traitements de ses gardiens ne troublèrent l'évêque. Profitant de la demi-liberté qu'on laissait aux condamnés à mort, il écrivait à ses fidèles d'Antiocbe, conseillait les chrétientés des

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villes où passait le convoi, prêchait les vertus chrétiennes à tous ceux qui venaient le voir. Une étonnante tranquillité d'âme, avec la soif du martyre, paraît dans toutes ses lettres. La plus célèbre est celle qu'il écrivit aux chrétiens de Rome. Ayant appris qu'ils espéraient obtenir sa grâce, par l'influence de quelques-uns des leurs, il les supplie de ne faire aucune démarche :

« Que rien ne m'empêche d'atteindre l'héritage qui m'est réservé. C'est votre charité que je crains. Vous n'avez, vous, rien à perdre ; moi, c'est Dieu que je perds, si vous réussissez à me sauver. Jamais je ne I retrouverai une pareille occasion de me réunir à lui ; jamais vous ne ferez une meilleure œuvre qu'en vous abstenant d'intervenir. Depuis la Syrie jusqu'à Rome, sur terre, sur mer, de jour, de nuit, je combats déjà contre les bêtes, enchaîné que je suis à dix léopards ; je veux parler des soldats de garde, qui se montrent d'autant plus méchants qu'on leur fait plus de bien. Grâce à leurs mauvais traitements, je me forme, mais je n'en suis pas pour cela justifié. Je gagnerai à être en face des bêtes qui me sont préparées. J'espère les trouver bien disposées ; je les caresserai plutôt, afin qu'elles me dévorent sur-le-champ, et ne fassent pas comme pour certains qu'elles ont craint de toucher. Si elles y mettent du mauvais vouloir, je les forcerai.

<( Pardonnez-moi : je sais ce qui m'est préférable. Maintenant, je commence à être un vrai disciple. Nulle chose visible ou invisible ne m'empêchera de jouir de Jésus-Christ. Feu et croix, troupes de bêtes, dislocation des os, mutilation des membres, broiement de tout le corps, que tous les supplices du

lémon tombent sur moi, pourvu que je jouisse de Jésus-Christ. Le monde et ses royaumes ne me sont rien. Je cherche Celui qui pour nous est mort ; je veux Celui qui pour nous est ressuscité. Ma délivrance approche. Faites-moi grâce, mes frères, ne me privez pas de la vraie vie. 11 n'y a plus en moi d'ardeur pour la matière, il n'y a qu'une eau vive qui murmure au dedans de moi et me dit : Viens vers le Père. » (P. Allard.)

Le 20 décembre, le grand évêque obtint la grâce si ardemment désirée : pendant les cent vingt-trois jours de fêtes données au peuple par l'Empereur Trajan, onze mille bêtes féroces furent lâchées dans les cirques et saint Ignace fut de ceux qui périrent sous leurs dents.

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