‹ Mysteres et lumiereChapitre 76 sur 96 · LES ËVÈQUES MARI VUS · texte numérisé non relu

LES ËVÈQUES MARI VUS

Saint Polycarpe. — « Sang de martyr, semence de chrétiens », disait-on alors ; on put le constater une fois de plus. Quarante ans après le martyre du saint évêque d'Antioche, les chrétiens de Syrie formaient près de la moitié de la population. Ce progrès de l'Evangile faisait le désespoir des Juifs et des idolâ- . très. Un soir la foule qui se pressait à Smyrne dans l'immense ovale du stade, surexcitée par le spectacle des fauves dévorant onze chrétiens, réclama la mort de leur chef : « L'évêque Polycarpe, aux lions ! » Polycarpe était, depuis la mort de saint Ignace, le plus grand personnage chrétien de l'Orient. Il était disciple de saint Jean, l'ami de Jésus. Sa renommée était grande. Lorsqu'il était venu à Rome, en loi, le pape Anicet lui avait cédé l'honneur de

prononcer à sa place, dans l'Assemblée des fidèles, les paroles de la Consécration eucharistique. Depuis trop longtemps il vivait dans l'attente du martyre, pour être troublé quand la couronne s'approchait de lui ; mais il céda aux instances des chrétiens et consentit à se dérober aux recherches. Il se retira dans un petit domaine aux environs de la ville. Il y passa plusieurs jours priant sans cesse, selon sa coutueme, pour l'Eglise universelle. Averti de l'approche de ceux qui le cherchaient, il refusa de fuir plus loin. « Que la volonté de Dîeu soit faite ! » dit-il. Il se livra aux soldats et se mit à causer avec eux. Son sang-froid, sa belle vieillesse les frappèrent d'admiration. « Fallait-il se donner tant de peine pour prendre ce vieillard ? » dirent quelques-uns. Polycarpe leur fit donner à manger et à boire et demanda quelque temps pour prier. Il pria debout et à haute voix, deux heures durant. Les choses qu'il disait à Dieu émurent profondément ses gardes. « Il recommandait au Seigneur tous ceux qu'il avait connus dans sa longue vie, petits et grands, illustres et obscurs, et toute l'Eglise catholique répandue dans le monde. »

Sa prière achevée, les soldats l'emmenèrent à la Ville. Ils le conduisirent dans l'enceinte des jeux, transformée en tribunal. C'est là qu'eut lieu cet émouvant interrogatoire où se marque la calme intrépidité du vrai chrétien.

Le proconsul Quadratus essaya de lui faire renier sa foi. « Aie égard à ton âge : jure par le Génie de Cesâr et insulte le Christ, — Il y a quatre-vingtsix ans que je le sers, répondit Polycarpe, el il ne m'a jamais fait de mal : comment pourràis-je in-

jurier mon Roi et mon Sauveur? — Jure par le génie de César. — Je suis chrétien. — J'ai des bêtes féroces ; tu leur seras livré. — Fais-les venir ; nous a'âvohs point l'habitude de retourner en arrière et d'aller du mieux au pire. Il m'est bon, au contraire, de passer des maux de cette vie à la suprême justice.

— Puisque tu méprises les bêtes, je te ferai brûler.

— Tu me menaces d'un feu qui brûle une heure et s'éteint aussitôt. Ignores-tu le feu du juste jugement et la peine éternelle qui est réservée aux impies ? Vraimehl pourquoi tardes-tu? Apprête ce que tu voudras.

Le proconsul eût désiré ne point sévir, mais la foule, excitée par les nombreux Juifs de Smyrne, ipie saint Jean appelait « la Synagogue de Satan », se mit à crier : « C'est le docteur de l'Asie ! le père des chrétiens ! celui de qui beaucoup ont appris à ne plus honorer les dieux ! Aux lions ! » Ce dernier cri fut remplacé par un autre qui devint général : « Qu'il soit brûlé vif ! »

Polycarpe ne s'étonna pas : une vision lui avait appris qu'il périrait dans le feu. Il vit sans émotion les Juifs et les païens se répandre aux environs pour y chercher du bois. En peu de temps le bûcher fût construit ; attaché au poteau qui en occupait le milieu, le saint se mit à prier à haute voix. On vit alors la flamme onduler à la façon d'une voile de navire gonflée par le vent, et envelopper dans ses plis le corps du martyr, mais sans le toucher. Il fallut que le bourreau vint le tuer d'un coup de poignard. (D'après P. AllarÎ). — Histoire des perdoutions.)

LES ËVÊQUES DOCTEURS

Après le triomphe du Christianisme. — Après ledit de Milan, qui mit fin aux persécutions, l'Eglise eut à combattre les hérésies.

Alors, après les évêques martyrs, vinrent les évêques docteurs, ces génies qui dans l'Eglise d'Orient, se nomment saînt Athanase, saint Grégoire, saint Basile, saint Jean Chrysostome, — et dans l'Eglise d'Occident, saint Paulin, saint Ambroise, saint Au- \ gustin. Chaque fois que la vérité était obscurcie, ils il se levaient pour lui rendre son éclat.

Un grand exemple. — Aux Empereurs chrétiens, I ils rappelèrent obtinément leuis devoirs. Et un jour le monde vit une chose qui jamais encore ne s'était vue : un successeur des Princes-dieux, Théodose le Grand, fit publiquement pénitence au pied de la Croix pour avoir violé le commandement de Dieu : Homicide point ne seras.

En 390, le commandant de la garnison de Thessalonïque ayant été égorgé par la populace, Théodose, dans un premier moment de colère, donne l'ordre d'exterminer les habitants. Bientôt il révoque cet ordre cruel. Trop tard : la foule accourue aux jeux du cirque avait été assaillie par les troupes et massacrées. C'était certes un grand crime, mais supprimez le christianisme, dites, qu'était-ce au prix de toutes les horreurs qui avaient accompagné la con- ; quête du monde ? Qu'était-ce à côté de ce siège de Jérusalem où l'un des meilleurs Empereurs païens, Titus, celui qu'on avait surnommé les délices du genre humain, faisait crucifier tous les fugitifs,

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si bien * j 1 1 1* les croix manquèrenl et aussi la place

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rer leurs prisonniers pour chercher dans leurs entrailles l'or qu'ils avaient pu avaler, — où onz.e cent mille Juifs périrent, de sorte qu'il n'en resta bue cent mille à vendre ?

Le massacre de Thessalonique : une goutte de lang dans l'Océan rouge qui avait submergé le monde! Mais celui qui l'avait ordonné était chrétien. Quand la nouvelle en parvint à Milan où Théodose tenait sa cour, l'évêque Saint Ambroise prononça l'excommunication de celui qui avait manqué si gravement à la loi divine. Il écrivit à l'Empereur : « Je n'oserais offrir le Saint Sacrifice de la Messe en votre présence. Ce qui me serait interdit pour le sang répandu d'un seul homme, me serait-il permis pour le meurtre d'une foule d'innocents? »

« Théodose n'est point retenu par cette lettre, il revient pour assister à l'office ; mais sous le portique se tient Ambroise qui l'arrête et lui dit : « Tu as Imité David dans son crime, imite-le dans son repentir. » Huit mois s'écoulèrent ; l'Empereur n'obtenait toujours pas la permission de pénétrer dans le saint lieu. « Le temple de Dieu, disait-il, est ou- « vert aux esclaves et aux mendiants, et il m'est « fermé !» A la fin, l'évêque, touché du repentir de l'Empereur, lui accorda l'expiation publique. Déjbouillé des marques du pouvoir suprême, Théodose le Grand fit pénitence au milieu de la cathédrale de Milan. Prosterné sur le pavé, il implora le pardon de Dieu avec sanglots et prières. Etendu à ses eûtes, saint Ambroise pleurait aussi et récitait avec lui "le psaume de David : « Adhnesit pnvimento

MYSTÈRES rT LUMIÈRE ";

anima mea, vivifica me secundum verbum tuum. »1 Cet exemple, à jamais fameux, apprenait au peu-!| pie que les crimes font descendre au dernier rang ce ] qu'il y a de plus élevé ; que le royaume de Dieu ne connaît ni grands, ni petits ; que la religion nivelle tout et rétablit l'égalité parmi les hommes. A quelle; immense distance le paganisme était laissé ! » — u

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