L'HOMME EST UNE AME
La grande injustice. — Quelle société les Papes, les évèques et les prêtres trouvaient-Ils devant eux ? Une société où l'injustice était partout.
L'homme qui quittait sa Cité devenait chez les autres un étranger sans droits. Dans cette Cité même, | il était sans droits contre les chefs. Dans la famille, j| l'enfant était sans droits contre le père ; la femme; sans droits contre le mari.
Partout des maîtres absolus.
Malheur aux vaincus ! ils cessaient d'être hommes pour devenir esclaves. Malheur aux citoyens ! la tyrannie des chefs menaçait leur vie et leur honneur. Malheur à l'enfant infirme et à l'enfant qui survenait dans une famille que" le père jugeait déjà trop nombreuse ! « Chez vous qui êtes si rigoureux envers nous, disait un chrétien parlant aux magistrats, combien y en a-t-il qui n'aient pas donné la mort à une partie de leurs enfants, qui ne les aient pas noyés, livrés aux chiens, ou laissés périr de faim et de froid ? » Combien surtout les avaient vendus ou jetés sur la place publique ! La pair romaine ayant rendu les esclaves plus rares, des marchands de chair humaine parcouraient l'Empire, achetant ou ramassant les petits enfants pour les revendre plus tard. « On les nourrissait par troupeaux, dit saint Justin, comme des chèvres et des brebis. »
Malheur à la femme ! le père de famille, qui re-
présentait les dieux du foyer, avait sur elle le droit de vie nu de mort, et pouvait la chasser par le divorce.
Pourquoi toutes ces injustices ? Parce qu'on ne Bavait plus ce qu'est un homme.
Tout homme a des droits. — Les Papes, les évêques et les prêtres enseignèrent qu'un homme ne Nient pas eu ce monde pour faire uniquement les affaires de l'Etat ou de la famille ; que tout homme a une âme créée par Dieu et rachetée par le sang du Christ. L'esclave, le pauvre, le citoyen, c'est une âme. L'enfant, c'est une ïme. Et une àme créée par Pieu, rachetée par Dieu, appelée à voir Dieu, ne peut être empêchée de servir Dieu. Par conséquent, personne n'a le droit d'agir en maître absolu envers un être humain : ni le vainqueur envers le vaincu, ni le maître envers l'esclave, ni le souverain envers le sujet, ni le mari envers la femme, ni le père envers l'enfant. On doit leur obéir, mais on ne leur appartient pas. Et on doit cesser de leur obéir quand ils commandent ce que Dieu a défendu. Les Apôtres l'ont dit : « obédire oportet Deo magis quam hominibus, il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. »
Par conséquent l'homme retrouvait, au pied de la Croix, ses véritables droits : le droit de refuser de faire toutes les actions qui salissent l'âme, — le droit d'exiger le respect de son corps sanctifié par l'Eucharistie, — le droit d'acquérir les biens de la terre qui entretiennent la vie nécessaire au salut.
Etendues des bienfaits du Christianisme. — Pour se faire d'abord une idée de l'immensité des bienfaits de la religion, il faut se représenter la chrétienté comme ■une vaste république où tout ce que nous disons
d'une paille se passe en même temps dans une autre. Ainsi, quand nous parlons des hôpitaux, des missions, des collèges de la France, il faut aussi se figurer les hôpitaux, les missions, les collèges de l'Italie, de l'Espagne, de l'Allemagne, de la Russie, de l'Angleterre, de l'Amérique, de l'Afrique et de l'Asie ; il faut voir deux cent millions d'hommes au moins, chez qui se pratiquent les mêmes vertus et se font les mêmes sacrifices ; il faut se ressouvenir qu'il y a dix-huit cents ans que ces vertus existent, et que les mêmes actes de charité se répètent : calculez maintenant, si votre esprit ne s'y perd, le nombre d'individus soulagés et éclairés par le christianisme, chez tant de nations, et pendant une aussi longue suite de siècles. — Chateaubriand. — Génie du Christianisme.
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