LA DOUBLE OBLIGATION DE JUSTICE ET DE CHARITÉ
Le devoir de justice. — Désormais, personne, quelle que soit sa puissance, ne peut plus, sans crime, forcer au mal les vaincus, les esclaves, les pauvres, les sujets, les femmes, les enfants. Personne ne peut plus leur ôter la vie, ni leur prendre le fruit de leur travail. Le devoir de justice, imposé à tout chrétien, s"y oppose.
C'était un progrès immense, mais, encore insuffisant.
Le devoir de charité. — L "Eglise impose le devoir de charité à tous les chrétiens, aux puissants, aux riches, aux malheureux même qui peuvent apporter une aide à d'autres malheureux. La charité, c'est cet amour de Dieu qui nous pousse à secourir nos frères en Jésus-Christ. Est-ce qu'on aime vraiment Dieu, quand on ne vient pas en aide à ceux de ses enfants qui souffrent ?
Sans doute, personne ne peut forcer quelqu'un à être charitable. La charité forcée n'est plus de la charité. La charité doit être volontaire. Le devoir de charité ne donne aucun droit nouveau aux déshérités, mais il s'impose aux chrétiens tout autant Que le devoir de justice. Jésus, qui a été la charité même, demandera compte spécialement de ce grand devoir au jour du jugement :
« J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger;
j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'ai eu besoin de logement et vous m'avez logé... Je vous dis en vérité : autant de fois que vous l'avez fait à l'égard d'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi-même que vous l'avez fait. »
Voilà pourquoi, dès les premiers jours, la fraternité réelle apparut au monde païen comme la marque des disciples du Christ, Un de leurs ennemis, Lucien, écrivait : « Leur premier législateur leur | a apporté la conviction qu'ils étaient tous frères ; ils déploient une activité incroyable dès qu'il se i passe quelque chose qui touche aux Intérêts coin- I inuns ; alors rien ne leur coûte. » Et Tertullien re- J marque : « La sollicitude que nous exerçons envers les délaissés, notre aimable obligeance est devenue chez nos adversaires un signe qui nous distingue •' « Voyez donc, s'écrient-ils, comme ils s'aiment ! » \
Cette parole de Jésus s'était donc vraiment ac- i complie : « Ce à quoi on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, c'est si vous vous aimez les uns les autres. »
Prière
0 toi dont l'oreille s'incline Au nid du pauvre passereau, Au brin d'herbe de la colline Qui soupire après un peu d'eau.
Providence qui les console,
Toi qui sais de quelle humble main
S'échappe la secrète obole
Dont le pauvre achète son pain !
Toi qui tiens dans (a main diverse L'abondance et la nudité, Afin que de leur doux commerce, Naissent justice et charité !
Charge-toi seule, ô Providence,
De connaître nos bienfaiteurs ?
Et de puiser leur récompense Dans les trésors de tes faveurs !
Notre cœur, qui pour eux t'implore, A lignorance est condamné ; Car toujours leur main gauche ignore Ce que leur main droite a donné !
Mais que le bienfait qui se cache Sous l'humble manteau de la foi, A leurs mains pieuses s'attache Et les trahisse devant toi !
Qu'un vœu qui dans leur cœur commence, Que leurs soupirs les plus voilés Soient exaucés dans ta clémence Avant de t'être révélés !
Que leurs mères dans leur vieillesse Ne meurent qu'après des jours pleins !
Et que les fils de leur jeunesse Ne restent jamais orphelins !
Mais que leur race se succède, Comme les chênes de Membre, Dont aux ans le vieux tronc ne cède Que quand le jeune a prospéré !
Eamartinf