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NAISSANCE DE LA CLASSE OUVRIÈRE

La classe ouvrière grandit à l'ombre de la Croix.

— De ces esclaves à qui les obligations de justice assurent les fruits de leur travail et à qui les obligations de charité procurent la liberté complète ;

— de ces artisans inoccupés et méprisés à qui Rome

fournissait du pain et des jeux, mais à qui le christianisme ne tarde pas à assurer du travail, en diminuant le nombre des esclaves ; — de ces victimes du paganisme se forma peu à peu la classe ouvrière. Elle va grandir à l'ombre de la Croix.

On ne pourra jamais dire toute la sollicitude de l'Eglise pour ceux qu'elle regarde connue ses enfants préférés.

Les Pères de l'Eglise enseignèrent que les anus de .pouvoir du riche sont presque un crime d'homicide, que la dette envers l'ouvrier est sacrée. Us

rappelèrent avec insistance les paroles de l'Ecriture :

« Que le salaire de ton ouvrier ne passe pas la nuit dans ta demeure.

Rends-lui le prix de son travail avant le coucher du soleil, de peur qu'il ne réclame contre toi auprès du Seigneur.

Celui qui répand le sang et celui qui fait tort 'à l'ouvrier sont frères. »

A l'Eglise, la classe ouvrière ne doit pas seulement son existence, elle lui doit plus encore, elle lui doit sa dignité.

Le Christ voulut naître d'une mère pauvre, il grandit dans un humble atelier de village, il fut ouvrier lui-même et c'est parmi les ouvriers — de pauvres ouvriers ignorants — qu'il choisit ses Apôtres, les messagers de la Bonne Nouvelle. Ce faisant, le Christ était allé droit au vice de l'organisation sociale : le mépris de la sentence qui est la loi de ce monde : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. » Il avait réhabilité le travail.

Le travail est l'obligation de tous. — Ce n'est qu'au prix d'une longue lutte que l'Eglise parvint à faire accepter l'idée nouvelle : que le travail est l'obligation de tous, riches ou pauvres, que le travail ennoblit.

« Vous savez ce qu'il faut faire pour nous imiter, écrivait saint Paul. Nous n'avons mangé gratuitement le pain de personne, mais nous avons travaillé jour et nuit avec peine et avec fatigue pour n'être à charge à aucun de vous. Ce n'est pas que nous n'en eussions le pouvoir. Qui est-ce qui plante une vigne et n'en mange point rie fruit ? ou qui ost-ce qui

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mène paître un troupeau et n'en mange point de lait ? si donc nous avons semé parmi vous des biens spirituels, est-ce une grande chose que nous recueillions un peu de vos biens temporels? .Mais nous avons voulu nous donner nous-même pour modèle,

En 1889, dix mille ouvriers, des centaines de patrons et les premiers adhérents de l'A. C. J. F. viennent en pèlerinage demander à Léon xill de définir leurs droits et leurs devoiw respectifs, à la lumière de l'Evangile. Deux ans après c'était Rerum Novarum, l'admirable encyclique qui a était le point de départ de tout le mouvement social moderne.

afin nue vous nous imitassiez. Aussi lorsque nous étions avec vous, nous vous déclarions que celui qui ne veut point travailler, ne doit point manger. »

L'exemple donné par saint Paul fut suivi. On vit deux Romains illustres, saint Crépin et saint Crépinien, entrer en apprentissage chez un cordonnier après avoir distribué leurs biens aux pauvres. On entendit exalter la dignité du travail dans toutes les églises.

• « Ne rougissons pas des métiers, s'écriait saint

Jean Chrysostome ; ne croyons pas qu'il y ait de la honte dans des occupations manuelles ; la honte est dans l'oisiveté. »

Et les communautés religieuses donnaient l'exemple de la société parfaite où le travail quotidien est uni à la prière.

Dès lors quelle différence reste-t-il entre les hommes ? Us savent qu'ils ont la même origine, qu'ils ont la même fin en Dieu, que tous ils sont soumis à la loi du travail, que celui qui a reçu plus doit plus. Au pied de la Croix, le genre humain retrouvait la vraie égalité.

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