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L'ÉMINENTE DIGNITE DES PAUVRES

Pour les pauvres. — Mais le travail ne suffit pas toujours à assurer la vie matérielle. La maladie, les infirmités, le chômage amènent la misère et font d'un ouvrier un pauvre. Que deviendront-ils ceux qui n'ont rien, qui ne peuvent plus rien ? Même dans une société fondée sur la justice la plus exacte, leur sort sera affreux. Us n'ont de salut assuré que dans une société où retentit au fond des cœurs la malédiction du Christ : « Retirez-vous de moi, maudits, et allez au feu éternel ; car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'ai eu besoin de logement et vous ne m'avez pas logé ; j'ai été malade et vous ne m avez pas visite.

Pour que le sort du pauvre soit assuré, il faut que le riche sache que le Christ a voulu être Celui qui ne possédait pas même une pierre où il pût reposer sa tète, et qu'il est toujours pauvre en la personne

de (mus les pauvres, qu'il a voulu être compté parmi les ouvriers, qu'il est allé plus loin pour les pauvres est identifié avec eux : « Je vous dis, en vérité, autant </<• fois que nuis avez manqué à rendre ces assistances à l'un de ces plus petits} ions avez manqué à me les rendre <) moi-même. »

L'enseignement de l'Eglise. — De là renseignement de l'Eglise, enseignement pressant qui créa ce que Bossuet appelle admirablemenl Véminente dignité des pauvres dans la société chrétienne. « Le riche, dit saint Basile, ne possède pas pour lui seul. Les biens ne lui sont pas confiés pour qu'il en jouisse, mais qu'il les administre. Apprends pourquoi tu as reçu ces richesses. Tu es le ministre du Dieu très bon, l'intendant commun de tes compagnons de servitude. Administre donc comme les biens d'autrui, les biens qui sont dans tes mains. »

« C'est une sorte de sacrilège, ajoute saint Ambroise, que de ne pas donner au pauvre ce qui est le bien du pauvre. Ta faute est grande, si ton frère souffre de la faim, si tu le sais et si tu ne le secours si un juste souffre pouK une dette et n'obtient rien de toi. »

Et, en une admirable formule, saint Augustin résumait ainsi les devoirs du riche :

» Posséder le superflu, c'est posséder le bien d'autrui. Donnez donc à votre frère qui a besoin. A quel frère 9 au Christ. » Donner aux pauvres, en effet, c'est donner au Christ puisque les pauvres sont ses membres souffrants.

Voilà pourquoi saint Jean Chrysostome a dit : <( Le pauvre a moins besoin du riche, que le riche n'a besoin du pauvre. » Voilà pourquoi on verra

les chrétiens donner ce spectacle, inconnu à l'antiquité, du pauvre servi non plus avec dédain, mais avec un amour passionné.

On verra saint Martin partager son manteau avec un indigent, sainte Elisabeth de Hongrie embrasse! un lépreux, saint François d'Assise épouser la pau-

vreté avec enthousiasme, les Filles de la Charité se vouer au dénuement pour mieux servir les indigents...

Le Pauvre qu'a voulu être le Christ a ouvert une source intarissable de vie pour les déshérités de ce monde.

Sans cesse, le riche s'entendra dire que, quoi qu'il fasse, il n'en fera jamais assez.

Le descendant d'une des plus nobles familles de Rome, Pammachius, avait vendu tous ses biens el élevé un hospice pour les pauvres à Ostie. Du fond de son désert, saint Jérôme lui écrit : « J'apprends que tu as fondé un hospice au port d'Ostie. Qui croirait que l 'arrière-petit-fils de tant de consuls, au lieu de la pourpre des sénateurs paraîtrait vêtu d'une tunique noire, sans rougir des regards de

ceux dont il fut Tégal ? Cependant si, toi, Le premier des patriciens, tu t'es fait moine pour le service des pauvres, n'y trouve pas un sujet d'orgueil. Tu auras beau t'humilier, tu ne seras jamais plus humble que le Christ. Tu portes l'eau, tu fends le bois, tu allumes le feu : mais où sont les soufflets, les crachats ? où est la Croix ? où est la mort ?» — (Ozanam.)

Riches et pauvres étaient séparés par le mépris et la haine. Pour la première fois ils se rencontrèrent dans un même sentiment d'amour : l'amour de Jésus, produisant la charité du riche qui assiste le pauvre, et la charité du pauvre qui prie pour le riche.

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