NAISSANCE I>E LA FAMILLE CHRÉTIENNE
Pour l'enfant. — Dans la famille aussi il y avait des opprimés : c'étaient ici l'enfant et la femme. « L'enfant appartient à la Cité », disaient les Anciens. A Sparte, les vieillards marquaient pour la mort tous ceux qui n'étaient pas nés robustes ; les autres, enlevés à leurs parents, étalent élevés en commun. A Athènes, et à Rome, c'était au père à décider de la vie ou de la mort du nouveau-né, — puis à élever l'enfant pour l'Etat.
L'Eglise dit alors : l'enfant naît pour la vie éternelle ; Dieu le confie à son père, il ne l'abandonne ni au père, ni à l'Etat. Par conséquent l'enfant a droit à la vie ; si son père le tue. il commet un crime.
Tout chrétien qui avait fait mourir un nouveauné fut soumis à une dure pénitence , et, dès que l'Empereur Constantin se fut converti, il déclara l'infanticide aussi criminel que le parricide, et punissable du même supplice : cousu dans un sac. le coupable était jeté à l'eau.
En môme temps qu'elle assurait à L'enfant la vie du corps, l'Eglise lui assurait un bien plus précieux : l'éducation dans une famille purifiée.
Pour la femme. — Qu'est-ce qu'une famille chrétienne ? Une société où les enfants doivent obéissance au père et à la mère, où la femme doit obéissance au mari, — et où tous doivent obéissance à Dieu. Les droits de Dieu limitent les droits du père et du mari, comme ils limitent les droits de la Cité. Le père ou le mari commande et doit être obéi ; mais il doit commander en vue du bien de ceux que Dieu lui a confiés.
Ici encore la loi d'Amour remplaçait la loi de la Force.
Ainsi se trouvait détruit l'esclavage de la femme. Elle devenait la compagne que l'homme s'associe pour toutes les joies et toutes les peines de la vie. t( L'homme, a dit le Christ, quittera son père et sa mère et il s'attachera à sa femme et ils ne seront plus tous deux qu'une seul chair. Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni. » Un seul avec une seule, et pour toujours : telle est désormais la loi
Statue de Saini Jean-Baptiste de la Saiiei fondateur de la première Ecole Normale d'instituteurs et de l'admirable Institut de* Frères des Ecoles Chrétiennes.
du mariage chrétien. Les mêmes vertus sont imposées aux deux époux.
Dans ce foyer où il l'avait faite reine, le christianisme donna en modèle à l'épouse la femme forte de l'Ecriture :
« Qui trouvera une. femme forte ? Elle est plus précieuse que les trésors qu'on apporte des extrémités, du monde. Le cœur de son époux se confie à elle... Tous les jours de sa vie elle lui fait du bien, et jamais de mal. Elle cherche la laine et le lin ; elle travaille habilement de ses mains... La nuit elle se lève, et distribue la nourriture à ses servantes et à ses domestiques. Elle considère un champ et l'achète; elle plante une vigne du fruit de son travail. Elle ceint ses reins de force ; elle endurcit son bras... Sa lampe ne s'éteint jamais pendant la nuit. Ses mains s'attachent aux travaux rudes, et ses doigts prennent le fuseau. Elle ouvre sa main à l'indigent, et l'étend sur le pauvre. Elle ne craint ni le froid ni la neige, car tous ceux de sa maison ont double vêtement.
Elle a tissé une robe pour elle... La force et la beauté sont ses ornements, et elle verra arriver son dernier jour avec un visage riant. Elle ouvre sa bouche à la sagesse, et une loi de douceur est sur ses lèvres. Elle observe dans sa maison jusqu'aux traces des pas, et elle ne mange pas son pain dans l'oisiveté. Ses enfants se sont levés et l'ont appelée bienheureuse ; son mari se lève à son tour pour publier ses louanges. Beaucoup de filles, dit-il, ont amassé des richesses, vous les avez toutes surpassées. Les grâces sont trompeuses, la beauté est
vaine : la femme qui crainl Dieu est celle qui sera louée. »
La femme devint digne de son élévation.
« Elle renonce aux joyaux, à ses parures d'esclave ; elle prie à côté de son mari, jeûne avec lui, l'accompagne aux assemblées nocturnes des fidèles, se charge des pan vies et des ma'ades et meurt héroïquement aux jours de la persécution. »
Cette femme chrétienne a ouvert pour toutes les femmes qui viendront, les portes de la prison domestique, du gynécée, où l'antiquité tenait leurs sœurs captives. « Quand, trois siècles durant, les hommes eurent été habitués à voir les chrétiennes, dans le prétoire comme martyres, à l'Eglise pour prier, et partout pour visiter les pauvres, alors ils les laissèrent passer sans insultes comme des messagères du ciel qui ne traversaient le monde qu'en y faisant du bien ; alors il n'y eut plus de péril pour elles dans les rues de ces cités tumultueuses où, jadis, les matrones romaines étaient obligées de se faire porter dans leurs litières par le bras vigoureux de leurs esclaves qui repoussaient loin d'elles les insultes. Le respect leur fut assuré. » — (Ozanam.)
Au sein de la Cité humaine, l'Eglise a achevé de bâtir les fondations de la Cité divine ; elles sont inébranlables : maintenant les Barbares peuvent venir.
A ma mère.
Là donnent soixante ans d'une seule pensée ! D'une vie à bien faire uniquement passée, ^'innocence, d'amour, d'espoir, de pureté,
Tant d'aspirations vers son Dieu répétées, Tant de foi dans la mort, tant de vertus jetées. En gage à l'immortalité !
Tant de nuits sans sommeil pour veiller la souffrance, Tant de pain retranché pour nourrir l'indigence, Tant de pleurs, toujours prêts à s'unir à des pleurs, Tant de soupirs brûlants vers une autre patrie, Et tant de patience à porter une vie
Dont la couronne était ailleurs !
Et tout cela pourquoi? Pour qu'un creux dans le sable I Absorbât pour jamais cet être intarissable ? Pour que ces vils sillons en fussent engraissés ? Pour que l'herbe des morts dont sa tombe est couverte Grandît, là, sous mes pieds, plus épaisse et plus Un peu de cendre était assez ! [verte, j
Non, non ; pour éclairer trois pas sur la poussière. Dieu n'aurait pas créé cette immense lumière, Cette âme au long regard, à l'héroïque effort ! Sur cette froide pierre en vain le regard tombe, 0 vertu ! ton aspect est plus fort que la tombe, Et plus évident que la mort !
Et mon œil convaincu de ce grand témoignage, Se releva de terre et sortit du nuage, Et mon cœur ténébreux recouvra son flambeau ! Heureux l'homme à qui Dieu donne une sainte mère! En vain la vie est dure et la mort est amère, Qui peut douter sur son tombeau ?
Lamartivf.
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