PREFACE. XVII
clésiastique. Des pièces qui nous sont parvenues dé cette époque , aucune, si ce n'est le Miracle de Théophile , n'a trait aux choses religieuses ; encore ce Miracle fut-il composé par un laïc , et par un laïc passablement incrédule, dont le plus grand plaisir était de se moquer du clergé i (Voy. ma Notice sur Rutebeuf, son auteur; Paris, i83>4> Téchener.) Mais ici, du moins, tout ce que nous possédons est en langue vulgaire, à l'exception d'un mystère latin indiqué à l'année 1298, dans une chronique du Frioul, citée par Muratori (dissertation 29 e ), et intitulé : « Representatio ludi Christi) videlicet Resurrectionis , adventus Spiritus Sancti et adventus Christi ad judicium.» Ce mystère, si l'on s'en rapporte au chroniqueur , aurait été représenté avec succès par des clercs dans la cour du patriarche. Les autres pièces qui nous restent de cette époque sont toutes de la seconde moitié du siècle,
quefort regarde aussi comme une esquisse théâtrale. Ces pièces n'offrent point de dialogue : ce sont deux discours , et , pour ainsi dire , deux plaidoyers qui se succèdent l'un à l'autre.
(Observ. prél. du jeu de Robin et Marion, par M. Monmerqué.)
J'avoue que ces conclusions, pour justes qu'elles soient à l'égard des deux Bordeors ribauds , me paraissent bien sévères relativement au fabliau d'Aucassin et de Nicole tte. Ne serait-il donc pas passible de regarder cette gracieuse composition comme le type de l'opéra-comique chez nous? — Le manque d'action qu'on remarque en elle ne ferait, en ce cas, que la rapprocher du genre auquel elle appartiendrait , car depuis cette fameuse parole de Beaumarchais : « Ce qu'on ne peut parler , on le chante , » qui est-ce qui s'est jamais informé s'il y avait dans un opéra-comique une action , un nœud , une péripétie?
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et durent être représentées par des séculiers (i). Elles sont au nombre de cinq, savoir : le jeu du Pèlerin et le jeu de Robin et de Marion, donnés, en 1&22, par M. Monmerqué pour la société des bibliophiles; le jeu du Mariage ou de \&Feuillée\ le jeu de S. Nicolas y et celui de Pierre de la Broce qui dispute à Fortune par-devant Maison. Je ne comprends pas , dans les œuvres théâtrales de cette épo-
(1) En Espagne, la représentation des Mystères remonte peut-être au-delà du treizième siècle , puisqu'il en est parlé dans la loi 34 , tit. vi , de la partida prima. Cette loi défend aux clercs de faire des représentations scéniques dans les églises, et même d'y assister quand d'autres les font. « Pourtant , ajoute la loi , il est telle représentation qui est permise aux clercs, comme celle de la Naissance de notre Seigneur annoncée aux pasteurs par un ange, ou quand on expose l 1 Adoration des rois mages , le Crucifiement du Sauveur et la Résurrection au troisième jour , etc. De tels spectacles excitent l'homme à bien faire et raffermissent sa foi. >» (Orige/z, epocasy progresos del teairo espanol, etc. , par Manuel Garcia de Yillanueva Hugaldo y Perra , en Madrid , 1802. ) De ces expressions de la loi , l'historien du théâtre espagnol conclut: 1° que, dès le milieu du treizième siècle, il existait, en Espagne, des pièces religieuses; 2° qu'elles avaient lieu dans les églises et ailleurs; 5° que les acteurs étaient des laïcs ou des clercs à volonté , etc.
( Ràynouàrd , Journal des Savant , 1856 , p. 56f . )
Il est à croire qu'au treizième siècle les Mystères étaient aussi représentés depuis long-temps en Italie, puisque Villani, lib. vin, ch. 70, rapporte qu'en 1504 il arriva à Florence un accident funeste à propos d'un théâtre qui, ayant été élevé sur un pont ," s'écroula sous la multitude des spectateurs, dont un grand nombre périt. Il faut en outre remarquer que Villani ne raconte pas cet accident pour indiquer l'existence des Mystères, en Italie, à l'époque dont il parle (fait qu'avec son exactitude ordinaire il eût cependant mentionné s'il eût été récent alors), mais seulement pour faire connaître le malheur arrivé en cette occasion.