‹ Mystères inédits du quinzième siècleChapitre 108 sur 140 · I »— — » II»! | . . . I · texte numérisé non relu

I »— — » II»! | . . . I

Cy se liève sainte Geneviève et preigne l'enfant en disant :

Suz, mon enfant* venez à moy;

Le roy du ciel, en qui je croy,

Vous face encore .1. bon preudomme.

l'enfant.

Dame, donnez-moy une pomme.

sainte genevièye, en baillant l'enfant.

M 'a mie, vostre enfant tenez; A sainte Eglise le menez Et faictes qu'il soit baptisié.

la mère.

Dame, de bouche et de cuer lié Vous regracie de vos biens.

Je vous prie, n'en dites riens, Tant comme je vive, à nul âme.

LA MÈRE

De par Dieu, soit, ma chière dame!

Gy s'en voise avecques son fils en disant :

Hé Diex, hé Diex, que j'ay grant joye !

Et comment, doulz Diex, me tendroye De sy grans vertus réciter ?

El fait lez mors resusciter, El garist les démoniacles ; Par ly fait Dieu tant de miracles Que c'est une grande merveille :

En ce monde n'a sa pareille.

Telz faiz ne se doivent celer ; On lez doit à tous révéler.

S'elle veult qui soient celez ,

2^6 LfiS MIRACLES

Que point ne soient revêtez , Ce ly tait feire. humilité .

Pour faire. toute vanité. % Doit-on pourtant lessier à dire Lez bêles vertus, nostre Sire ?

Nennil voir, ce seroit mau fait ; Pour ce doncques de ce biau fait Dieu et la Vierge honnoureray Et partout le publieray. '

Lors preigne l'enfant entre sez bras en disant

Alons à la Vierge Marie; Nostre Seigneur m'en fece lie,

Cy yoise où elle vourra.

Comment madame sainte Geneviève pria ung bourgois d'Orliens qu'il pardonnast à son varlet son meffait; le nen voult riens faire. Elle pria Dieu ; il fut malades et lendemain ving à la Vierge pardon demander \ Ainsy furent en acourt,

LE varlet , à genous et mains jointes.

Madame, aide pour Dieu mercy! .

Amis, qu'avez à crier cy?

LE VARLET

Ma chière dame, j'ay .1. maistre, .1. grand bourgois sy mal chevestre, Que je ne puis à luy durer.

Tuer me veult ou enmurer.

Hier d'aventure .1. pou m'csprins;

Sy est d'ire sy fort esprins Qu'il dist qui me méhaignera.

Se Diex plaist , biau fils , non fera.

Tenez-vous cy en oraison :

J'iray à luy eu sa maison.

Gy voise an bônrgois et die.

Charité, mon seigneur irès doulz, Me contraint à venir à vous:

Guillot , vostre varlet petit , A vers vous mesprins .i. petit:

Il s'en repent amèrement.

Vueilliez ly, sire, doulcement, Pour l'amour de Dieu pardonner-

LE BOUBGOIS.

Seur , alez aillïeurs sermonner , Car ycy ne ferez-vous riens Autant com de Pabay des chiens, De vous et de vos jangleriefs :

Qui dyable ce sont tromperies.

En se prenant par lez costez.

M'a ce garsson baillié ce tour; Par le clochier de ceUe tour!

Je ly monstreray qui je suis.

Fuiez de cy, vuidez mes huis, Gardez que plus ne m'ermuiez.

Vaillant seigneur, adoueiez

Pour l'amour de Dieu vostre cole.

Seionc la divine parole, Qui sanz pitié tourmentera, Sans pitié tourmenté sera.

Miséricorde trouveront Qui miséricorde feront.

Doncques pardon et grâce face , Qui veult avoir pardon et grâce.

Sy ly soiez donc gracieus, En Honneur du roi glorieus Qui vous créa et l'un et l'autre*

LE BOURGOIS

Dame , à vos ymages de peautre, Qui ne scevent contrarguer , Alez vos mos miraulz ruer^ Non pas aus bourgois d'Orléens.

Sire, nul bien, ne hors ne ens x Ne pourriez en heyne avoir.

Heyne trouble sens et savoir, Heyne est pareille à homicide, Heyne l'âme de tout bien vuide, Heyne est contraire à charité , Heyne par sa malignité Paix et amour de cuer esrache,

LE BOURGOIS

Gardez- vous de la chiche face, El vous mordra s'el vous encontre.

Par tous lez sains de cy encontre , Vous n'amendez point sa besoigne.

Alez-en que je ne vous coigne;

De vos preschemens n'ay-je cure.

Se ma parole vous est dure ,

Ce me poise; mez j'ay fiancé

Qu'à Dieu n'est point en desplaisance ;

Dieu vous vueille en bien maintenir.

LE BOURG OIS

Alez tousjours sans revenir. sainte Geneviève , à genous en son oratoire.

Doulz Jhesu qui du ciel venistes En terre, et homme devenistes Pour paix mètre entre Dieu et homme , Getuy qui ne prise une pomme Bien nul que je ly sache dire Vueilliez oster de heine et d'ire, Et sy par grâce visiter Que son varlet puisse habiter Avecques ly par bon acort , Et lez jetés de désacort.

le bourgois, en soi complaignant. .

J 'ars trestout vif, Vierge Marie , «Pars tout , hors las je pers la vie.

Las! j'estoye huy frez et roncier) t Comme une pomme de Jouvent, Or suis en sv ardant chaleur, Que je n'ay force ne valeur; Je n'ay pié nul qui me soustiegne.

Certes, je croy que ce me viegne De droite vangance divine ; Car j'ay celle sainte meschine r

a5o .. :W$ JUÈAOiil»

Geneviève, sy ravalée, Qu'elle s'e& est- faû» trâte alée* Las! conscience m'en remôrt; Certes je suis digne de mort La eainle fatne ne faiaoit,' Neiùe jrënasoit* ne ne dûoit Fors doulceur et miaéricorde Pour nous mètre ea paiï et oonoordé; Et je,^qnMne ,i. louenrftgié,> ■.

Plain d'ennemy, p&irï de péchié, Celle doulce aignelle mordoie, Et quant que disoit despitoie.

Pour voir, Dieu feit bien ce i qu'or fait.

J'ay lourdement vers ly forfait. Brief je J'iray crier mercy, - Mez je vueil ains reposer cy.

Lors se couche pour dormir et tantost se liève et die. C'est nient, je ne puis prendre somme.

A elle yray , et fust à Romme.

Cy voise à sainte Geneviève et ly chiée an piez en disant.

A Dame! aiez mercy de moy!

SAINTE Geneviève, en le relevant.

Sire , pour Dieu , tenez-vous coy ; Levez, de par Nostre-Seigneur :

A moy n'afiert pas tel honneur.

Sire, vous pardonnez de fait A vostre varlet son meffait , Sanz ly plus foire grief ne painc?

LÉ BOURGOIS

Chièrc dame , soiez certaine

Que jamez ne le greveray , Ainçois moult de biens ly fer*y.

Pour l'amour de rostre personne , Et dèz maintenant ly pardonne Forfais et quant que me devoit.

Et Dieu, qui puet, scet et voit,

S'il est ainsi santé votas d'oint,

Et tous Vos péchiez vous pârdoint !

In nomine Patris, et Filiiet Spiritûs sancti.

LE BOURGOIS

Amen, Dame, Diex le vous rende.

sainte Geneviève, au varlet. Bîaii filz , mal vit qui ne s'amende!

Avec vostre maistre en yrez Et loyaument le servirez.

Soiez prest et obédian t , ..-.•" Doulz et courtois et pacient, Ne soiez fel , ne orgueillieus, Ne rechinant, pe pareceus ; Parlez pou, mez bonnes paroles; Fuiez garpsqns et garsses foies ; .

Honnestement, vous contenez Et sagenpeqt vous démenez.

Honnourerç et maistre et mais tresse, Oiez les sermons et la messe Quant vous pourrez par , leur licence; Dieu vous oc£r ( Qit grâce «t science En tout bien. Adieu, mez amis.

25â LES MIRACLES

LE BOURGOIS

Dieu , qui paix entre nous a mis Par vous , en sa grâce vous tiegne.

LE VARLET

Le doulz Jhesucrist vous maintiegne En toute bonté sans faillir, Car vous m'avez fait hors saillir De fort pas et de grant misère.

LE ÇOURGOIS ET LE VARLfeT.

Dame, àDieu/

Alez à sa mère.

Gy Toisent où ils vourront.

Cjr après est comment madame sainte Geneviève fist faire une église à Lectrée, suz lez corps sains de mon seigneur saint Denjrs et sez compaignons; et dez miracles de la chaux et du vin que Nostre-Seigneur y fist par lez prières de la dicte fierge , et par lez mérites des diz g lo ri eus martyrs.

sainte Geneviève , à genous , les mains tendues. Très doulz Jhesucrit , roy de gloire , Bien devons avoir en mémoire Lez honneurs et lez courtoisies Que vous feistes en sez parties Quant sainct Denis y envoiastes ; Par qui d'erreur nous délivrastes, Donc le corps repose à Lectrée Dessus une pierre lettrée, Sans avoir moustier ne maison Comme il deust avoir par raison.

Halas! grans manoirs ont et cointes

Ceulx qui pas ne sont vos acointes ,

Et lez corps sains de vos afais

Sont ou dit lieu long-temps a mis

Petitement logiez. A lasse!

Volen tiers y édé fiasse

.1. moustier se j'eusse finance!

Doulz Dieu, en qui est ma fiance,

Donnez-moy bon confort et aide

Par quoy puisse trouver qui m'aide

A faire ledit oratoire

A vostre honneur, loenge et gloire!

Cy voise parler à .11. prestres et die :

Mes révérens pères en Dieu ,

Moût est à honnourer le lieu

Où lez sains sont, qui la créance

Jadis apportèrent en France.

Ce fut monseigneur sainct Denis,

Et ses .11. autres bons amis

Sainct Eleuthère et sainct Rustique,

Lez quelz pour la foy catholique

En occist en ceste contrée ,

Dont lez corps, gisent à Lectrée ,

Au vent, à la nège, à la pluie,

Sans honneur y dont forment m'ennuie.

Si vous vueil pour Dieu supplier;

Que prenons à édifier

Sus lez dis corps sains .1. moustier.

DAN GENÈSE

Dame, ce fait eussions moutchier,

354 LES MIRACLfifS

Mais il serait trop fort à faire. .

Diex est et large et débonnaire A cuer de bonne vol en lé ; Diex nous donnera à plenté De quant que mestier nous sera.

Commançons, Diex nous aidera ; Mez qu'en ly sur tous nous fions.

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