‹ Mystères inédits du quinzième siècleChapitre 109 sur 140 · LES PRESTRES · texte numérisé non relu

LES PRESTRES

Dame , bien y voulons aler Puisqu'il vous plaist; priez pour nous.

Seigneurs, Diex soit garde de vous!

Cy voise à Paris, et en alant dan Genoiz die : ' (On pùet léssier de ey jusquescy(i).)

Dan Bessus, avez-vous dit nonne?

(1) Le copiste a voulu faire entendre , par cette indication, qu'on pouvait passer cette scène, depuis ces mots : Dan Bessus, avez-vous dit nonne? jusqu'à ceux-ci (p. 257) : Alons nous n'avons que tarder, La preuve eu existe dans le jusques ey qu'il a placé de nouveau avant

DAN MÊSSUS.

Dan Genèse, par ma couronne, Je n'en ay mot dit 6e tfié semble.

(Lisiez ces te escripture fausse , car el est bien notable pour gens

rfe'glise.)

DAN GENÈSE

Or la disons nous .11. ensemble :

Deus in adjutorium..... .

En soy segnant,

DAN BESSUS.

Domine ad adjuvandum. ....

Sire, savoir nous con vendra Se Robin Gauthier nous vendra Pour lez ouvriers ,u bon chatrv- Dy-je bien : Gloria Patry?

Qu'en dites^voos ? e$ Filio , Hon ! et Spiritu sancto . u .*■;,• Vous ne me dites hca ne beu.

DATÇ GENÈSE.

Monsseur Bessus , adieu le veu ! »

Vostre honneur sauf, c'est twaise guise De? jabglcr au devip servise , Quand on éore ou parle à Dieu ■ - Ou à sez sains; ce n'est pas gieu De parler à Dieu comme homme yvrc, En ourant par ^uer o« par ly Vre ; Et vrayement le roy de France ,

ce dernier vers : Alons, etc. — Parla seconde indication qu'on rencontre un peu plus bas, il engage cependant à lire cette stiène, dont les plaisanteries sont en effet assez singulières , placées qu'elles se trouvent dans la bouche de gens appartenant à l'église.

Prendroit en moût grant des plaisance

Se supplier ly alliez ;

S'en suppliant vous parliez

Puis au roy, puis à .1. porchier,

Puis de boire, puis de maschier;

Je cuide que vostre langage

Ne seroit n'onneste ne sage,

N'agréable au roy ne au siens,

Ne à vous profitable en riens :

Par quoy vostre pétition

N'aroit point de exaudicion.

Pour ce dit le bon roy Daviz

En son psaultier ce m'est aviz :

<( Chantez, ce dit- il, sagement;

<( Sagement, non pas folement.»

Folement chante qui parole

A Dieu comme oisel en jaiole,

Qui est tout plain de janglerie ,

Et sy n'entent chose qu'il die,

Ou comme homme yvre en son dorment

Qui parle ou françois ou norment,

Dont riens ne scet quant il s'esveille,

Et s'on ly dit il s'en merveille;

Car l'entente point ne visoit

A cen que la bouche disoit.

Aussy est-il d'omme qui eure

Se sa parole n'assaveure

En cuer ; car la devocion

Poise Diex et l'entencion

Que vault chose que bouche die,

Quant le cuer fait chastiaus en Brie :

Pour ce doit l'ourant mètre paine D'entendre à sa puissance plaine Et cen qu'il dit et cen qu'on dit ; Autrement ne vault riens son dit.

Sy vous en chastiez biau-frère.

DAN BESSUS."

Jhésucrist le vueille , biau-père!

Dore en avant m'en vueil garder.

Jusques cy •• DAN GENÈSE.

Alons , nous n'avons que tarder.

Cy volsent aprezles porchiers , et là se tiennent .1. pou en estant

sanz parler ; puis die dan Genèse :

Que faisons-nous cy?

DAN BESSUS.

Nous musons.

DAN GENÈSE

Il semble que nous càbusons

Ou que vueillions lez gens compter.

DAN BESSUS.

J'oscy .1: porchier raconter Qu'il a trouvé une aventure J '

En menant sez pors en pasture :

Escoutons, s'il vous ptaist, son dit.

DAN GENÈSE

Or nous séons , c'est trop bien dit.

Cy se sient.

TlÉBAULT , porchier.

Foucault, veijlz-tu oïr nou vêles?

258 tKS MIRACLES

FOUCAULT

Oii bien, mez qu'elz soient teles Que mon ventre breneus s'en sente.

TIÉBAULT.

Je te dy que hier par une sente Menay mez pourceaulz et mez truies Mains de l'errereure de ai. luies En pasture enmy a. larris, Ne trop joieus, ne trop marris, Teste nue, lez piez deschaux :

Sy trouvay a. fournel de chaux D'aventure en a. reculet.

Pour la teste d'un sour mulet, Je croy que tu resves, Tiébault.

TIÉBAULT.

Non faiz, non faiz, maistre Foucault; J'ay beu, je sçay bien que je dy.

FOICAULT.

Foy que tu dois le mecredy , Me joues-tu de la trompeté?

TIÉBAULT.

Vilaine honte te soit faite!

Ne suis-je pas bon crestien ?

FOUCAULT

Par monseigneur saint Julien , Tiébault, je ne sçay, je m'en doubte.

TIÉBAULT.

Je t'ostasse hors de la doubte

Se nous fussiens dessous Montmartre.

DE SAINTE GENEVIÈVE. ^Sj)

FOUCAULT

Comment? me donroies-tu tartre Ou ciboules en porions?

TIÉBAULT.

Par saint Lou, niez bons horions De ma maçue suz ton chief. .

Je seroie à trop grant meschief, Se tu ne r'avoies du mien.

TIÉBAULT.

Du tien ?

FOUCAULT

Du mien.

•TIÉBAULT.

Àhay du tien.

Et qu'as -tu ?

FOUCAUtf.

J'ay assez pour tpy.

TIÉBAULT.

Hé , pour Dieu , mon amy , tour toy !

Tu as le cul tourné au prone, Foy que je doy saint Grisogone.

Se tant ne quant tu m'atouchoies , Jamaiz ne heurtebilleroies Famé qui soit desuz la Lune.

FOUCAULT

Jamaiz homme ne fraperoies Qui soit vivant dessouz la lune.

C'est chose qui est trop commune, Dan Ticbault, que de soy vanter;

2ÔO LES MIRACLES

Mez tu scez bien que fort venter Chiet souvent par une pluiete, Et aussy une cogniete Abat bïen souvent .1. grant arbre.

. ■** TIÉBÀULT.

Tien-te la pique comme .1. marbre :

Je ne suis pas tel com tu pensses.

FOUCAULT

Je te pardonne tez offensses; Tu dis.vray comme pâtre nostre.

TIÉBÀULT.

Dan Foucault , le pardon soit vostre :

Je n'ay cure de vos raserdes.

FOUCAULT

C'est guise de merdeurs et merdes De soy sans raison courroucier.

Que vas-tu grondir ne groucier Contre moy par espécial , Qui suis ton droit compains loyal?

Et, par Dieu, il n'est nul avoir Qu'il vaille bon amy avoir; Par Dieu , c'est mal fait, ïiébauz.

TIÉBÀULT.

Foy que doy le roy des ribauls , Foucault, biau compains, ce faiz-tu?

Mais scez-tu quoy? maistre festu , Sy a engendré une fille Qui maint porteur de f'eustre essille.

Alons-y, nous serons trop aise.

• • — • • .—-■■■ . il.. ■ » ■ ,. ^ .-■... . . . — ■ ■■11... . , 1 1

Qui est-el , Tiébault?

TIÉBAULT.

C'est cervaise.

FOUCAULT

Alas! je n'en fu pas nourry.

TIÉBAULT.

Foucault, tu n'ez pas champ pourry :

Tu as plus chier jus de roisin.

FOUCAULT

Par foy, tu dis voir, biau voisin*.

TIÉBAULT.

Sy a Tiébault, le lilz mon père.

FOUCAULT

Or ne mens pas, mon bon compère \ As- tu trouvé le dit fournel?

TIÉBAULT.

As-tu bien teste d'estournel , Ventre beu! ne me croiz-tu mie?

FOUCAULT

Tu m'as mis en mélencoiie.

Je ne sçày ce s'est droit fantosme

Ou tout certain , car, par saint Cosme ,

Tiébault, trestout autel te chante :

Ou bois où tu scez que je hante,

Trouvé la veille de la teste

.1. arbre chestpar la tem peste,

Et droitement soubz les racines

Avoit de chaux plus de .c. mines

En .1. fournel ; c'est grant merveille,

DAN GENÈSE se liève et die :

Doulz Jhésucrist , dor-je ou je veille ?

Qui oncques mezoït tel chose?

DAN BESSUS.

Par m'âme , je croy et suppose Que c'est grâce et euvre divine.

DAN GENÔIZ.

N*en doubtez; la sainte meschine Lez a envers Dieu empêtrés; Car il n'est homs laiz ne letrés Qui des fourneaulx sceust nulle rien.

DAN BESSUS

En vérité , je vous en croy bien ; Il fust bon de savoir le lieu.

dan GENÈSE , au porchiers.

Biaus seigneurs, pour l'amour de Dieu, Dites-nous où sont cez fourneaus?

TIÉBAULT.

Alez la vois aux estourneaux.

En hault, en bas, avant, arrière, Ou près ou loing de la carrière , Là lez trouverez s'il y sont.

DAN GENÈSE

Tez paroles et tez diz ont Double entente ; par tel langage , Tu es ou trop fol ou trop sage.

Oncques homme de bonne guise Ne se moqua de gens d'église.

Dy-nous où il sont sanz moquier ?

TIÉBAULT:

Courez corn feroit .!. cloquier, Et puisiez, tout est à bandon.

FOUCAULT

< Il fut né à Ghasteau-Landon ,

Sire, pour Dieu ne vous desplaise.

Jamais il ne dormiroit aise

S'il ne moquoit, c'est sa nature.

DAN BESSUS.

Se dit avez vérité pure , Dy-nous où lez pourrons trouver.

Sire, près sommes du prouver Et monslrer au doit lez fourneax Plains et combles, frez et nouveax , Dont je croy en ma conscience Qu'onques homme par la science N'y mist la main au mains qui vive.

Les fours sont grans, la chaux est vive :

Assis sont en estranges places ; De pié d'orame n'y voit-on traces.

Le sien est en my .1. larris.

Dedens ront, dehors esquarris, De bonne pierre à gros piliers , Au-dessous de Haubervilliers.

L'autre trouvé en .1. bocage Outre Saine, en lieu moult sauvage, Entre grans ronces et espines , Droitement dessoubz lez racines D'un grant arbre à terre abatu.

Sire , je vueil estxe batu

S'il n'est ainssy , et lez quérez.

DAN BBSSUS.

C'est bien dit, compaing; vous bérez Une autre fois.

LES prestres, ensemble.

Adieu, adieu:

LES PORCHIERS.

Alez 3 Saint-Bartelemeu.

Lors voisent où ils vourront.

Cy retournent les prestres à sainte Geneviève.

DAN GENÈSE

Dame, sachiez que .11. porchiers, .11. fourneaulx de chaux tous entiers Nous ont ensegniez d'aventure.

sainte Geneviève, à jointes mains.

Doulz Dieu, qui à ta créature Es largos et abandonné, Honneur te soit sanz fin donné.

Or suis-je bien reconfortée.

Cy die à dan Genèse :

Nous yrons nous .11. à Lettrée Et y mènerons des ouvriers.

Puis die à dan Bessus :

Et vous prendrez dez charetiers

Sy lez mènerez à la chaux.

dan bessus.

Tost en arez, se je ne faux.

Cy voise dan ttessus avec l'évesque de Paris pour ly tenir

conpaignie.

sainte Geneviève, aus ouvriers.

Seigneurs, venrez-vous avec nous? ;

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