XX PREFACE
pour avoir des lieux propres aux représentations et subvenir aux dépenses qu'elles nécessitaient, tout porte à croire que les princes et les grands seigneurs, qui avaient, eux , des ménestrels attachés à leurs personnes, que les abbés, qui disposaient des vastes salles des cloîtres, en usèrent pour faire représenter de&'miracles ou des jeux (i). C'est ainsi que nous pouvons supposer que la charmante et fraîche pastorale de Hobin et Marion, due au trouvère Adam de la Halle, qui avait suivi Charles d'Anjou en Italie, fut représentée à Naples devant la cour de ce prince, qui était toute française:; que le miracle de Théophile et \ejeu de S. Nicolas étaient réservés aux clercs, et que le jeu de Pierre de la Broce fut représenté dans la demeure de quelque famille seigneuriale ennemie de ce ministre et satisfaite de sa chute.
Mais, si nous avons quelques renseignements sur le fonds et si la conservation des monuments nous autorise à prononcer affirmativement sur le fait de la représentation , nous sommes loin d'être aussi avancés sur les détails. Comment répondre, en effet, aux ques-
(1) Sur ces dénominations de jeu ou de miracle , voici ce que je pense. L'esprit du temps avait fait imaginer et écrire beaucoup de Vies de Saints en vers. Ces ouvrages étaient faits pour être déclamés, et on leur avait donné le beau nom de tragédies . Peu à peu Fart se perfectionnant par l'instinct , on resserra ce cadre trop vaste. On s'astreignit à un fait particulier (ordinairement c'était un miracle); on le mit en action , et , comme ces nouvelles pièces furent joutes, et qu'elles étaient faites pour l'être , on les nomma jeux , afin de les distinguer des tragédies qui n'étaient que déclamées. (Legrand d'Aussy, Contes et Fabliaux, t. II, p. 174, édit. Renouard.)