Vol. I, p. VI
2. « Il y a à Londres plus de choses qu'en aucun lieu du monde. »
l'art de HENRY JAMES 107
miers romans, c'était leur individualité américaine et l'étude du monde cosmopolite. A une époque qui ignorait les transatlantiques géants et l'exode périodique du nouveau monde vers l'ancien, James suivait en milieu européen l'élite de ses compatriotes. Il étudiait les résultats du déplacement sur ces intéressants déracinés. Ce James-là se laissait lire sans préface. Sa veine était même si facile qu'il lui arrivait de tomber du roman de caractère dans le romanfeuilleton (The American, 1877), parfois dans le mélodrame [Princess Casamassima^ 1886). Dès lors, cependant {The portrait of a Lady, 1881; The Boslonians, 1886), la tactique des romans postérieurs s'esquissait. James dédaignait les scènes à faire et substituait à la recherche des incidents « l'attention d'une critique scrutatrice », the vigil of searching criticism. Dans ces livres déjà, Tanalyse se faisait envahissante. Il s'y trouvait, sinon entièrement le regard oblique de la dernière manière, du moins l'observation tournée en dedans, le parti pris de créer les personnages à partir de leur conscience.
Dès lors, au lieu de plier la vie au cadre du roman, James modèle le roman sur la vie. Il le veut vaste, touffu, énigmatique comme elle. Il se compare à la brodeuse assise devant la trame et qui, apercevant le vaste espace à couvrir, s'effraie de ce que « le développement de la fleur et du dessin implique un calcul immense ainsi qu'un choix scrupuleux dans le quadrillé du canevas^ ». Le dramaturge, le roman-