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l'art de HENRY JAMES 115
James prend un personnage, il le place an centre de son sujet. C'est sur lui que porte le poids du roman. Il met tout dans ce plateau de la balance. Dans l'autre plateau, il place ce qu'il y a de moins important, — et qui est précisément l'essentiel pour les romanciers ordinaires, — incidents, intrigue. Sur la conscience des comparses, hommes surtout, il n'insiste pas. L'important, c'est le caractère central. Tout dépend de lui, ensemble et détail; c'est à lui qu'il s'en remet de la composition de son hvre^.. Le reste constitue seulement ce que James appelle the machinery of diversion, les accessoires divertissants. Telle est cette méthode des reflets, ce procédé « indirect » par lequel James nous offre ses personnages dans la conscience les uns des autres, oîi nous les voyons comme par réfraction et plans successifs. Aussi la connaissance que nous avons des personnages les plus en profondeur des romans de James est-elle, non une conscience immédiate, mais de deuxième ou de troisième main, comme il convient aux princesses, nous dit l'auteur, aux princesses lointaines retranchées dans le saint des saints d'un vaste palais intérieur où nul profane n'aborde 2.
C'est en excitant la sympathie, la curiosité ou l'imagination de ses amis, nous dit-on, que Milly Theale se révélait à eux et finissait par se connaître elle-même, et le romancier ajoute : « Il serait difficile pour nous de les pénétrer autrement qu'en res-