‹ Mystiques et réalistes anglo-saxons d'Emerson à Bernard ShawChapitre 23 sur 44 · La Coupe d'or · texte numérisé non relu

La Coupe d'or

l'art de HENRY JAMES 125

humoriste pour la circonstance, file pour nous amuser. Plus de mystère alors, plus de symboles, mais, comme dans The School for Scandais d'un Slieridan, de l'esprit à Temporte-pièce, un feu roulant de réparties, une verve de dialogue qui révèlent soudain chez James un talent comique de premier ordre. Ce n'est plus la vie secrète de mondains raffinés qui nous est représentée à force de divination. Ses personnages, cette fois, tiennent tout entiers dans leurs paroles et, si c'est encore dans l'esprit les uns des autres que nous les connaissons le mieux, le miroir du moins s'est singulièrement éclairci. Il nous renvoie enfin de vrais vivants au lieu de visages indécis dans une plaque de cire. A ces personnages armés de masques, il ne manquait qu'un tréteau pour nous donner la comédie i. Ils la jouent souvent : The Sacred Fount, par exemple, est une comédie d'un bout à l'autre, The Awkward Age un dialogue ininterrompu entre mondains peints par eux-mêmes de la façon la plus divertissante. Dans les romans les plus graves, les situations comiques ne sont pas rares-. Nombreux sont les personnages de premier et de second plan qui réalisent la définition du comique donnée par Meredith : « La Comédie est une partie qui se joue pour mettre en lumière la vie de société. Elle a pour objet la nature humaine dans le salon des hommes et des femmes civilisés. » James

1. Plusieurs romans de James furent d'abord destinés à la scène, mais sans succès.

2. L'opposition des comparses dans Ce que Maysie savait par exemple, de mémo les données de Les Dépouilles de Poynton. Voir dans Les Ailes de la Colombe le rôle de Morton Densher, prétendant, malgré lui, à la main de Milly Theale, et le rôle de Mrs. Assingham dans La Coupe d'or.

excelle à ce jeu et , avec ses dons d'analyste , son humour est à tout prendre le plus net de son talent.

Subtils et raffinés, sérieux ou comiques, ces romans aux beaux méandres sont donc tels que les pcrsonnag-es qu'ils mettent en scène. Aristocrates de naissance ou de fortune, James a voulu constituer, avec Londres pour capitale, un royaume des beaux esprits, une sorte de high-llfe du raffinement et de l'intelligence. C'est son ambition avouée. Milliardaires américains, noblesse britannique, princes italiens anglomanes refont outre-Manche l'essai de la vie de cour et de salon, qui fut longtemps exclusivement française. « Rien ne me plaît autant, avoue James, en ma quahté de critique de la vie dans toute l'acception du terme, que la plus belle de toutes les conquêtes de la civilisation... je veux dire les symptômes se multipliant parmi les personnes d'éducation, de quelque part qu'elles viennent, d'une communauté d'intelligence, d'une fusion sociale tendant à atténuer les anciennes rigueurs de séparation i. » Et il poursuit : « Derrière toutes les petites tragédies et comédies de la société internationale, s'est délicieusement révélée à moi l'idée d'un groupement, d'une entente éventuelle et sublime des personnes d'éducation. Au point de vue intellectuel, moral, émotif, sensuel, social, politique, et en présence des difficultés et des dangers sentis, cette idée exquise peut fournir des situations capables de faire pâlir bon nombre des

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