People of ihe Abyss
Nous devons à London le roman de la vie primitive. Les forces formidables de la Nature, le jeu des énergies élémentaires, ce qui entre de violence inconsciente dans la plupart des actes humains, tel est le sujet de ses livres. Jack London a entendu Tappel des « ailleurs », l'invite du large, qui pousse les pionniers vers des horizons sans cesse en recul, cet intraduisible call of ihe wild auquel nul Anglo-Saxon ne résiste et qui fait vibrer toutes les cordes de l'être comme l'armature tendue d'un voilier.
Jack London s'abandonne à l'appel de la Nature. Il sait peindre des paysages en traits concis et évocateurs, mais il se refuse dans ses livres à dérouler des toiles de fond trop étendues qui feraient diversion aux drames qu'il raconte. La contemplation poétique de la nature, la recherche des beaux paysages sont des raffinements de civilisés. Pour London, le monde est un champ d'action. C'est la hache à la main, le fusil au poing, qu'il veut faire honneur aux bois et aux montagnes. Sur mer il brandit un harpon; il se fait prospecteur au bord du Klondike. Nul ne connaît le Nord lointain, selon lui, s'il ne s'est perdu dans le désert de neige, nul n'a le droit de décrire le typhon s'il n'a failli périr dans la tourmente. Jack London célèbre la vie intense, non dans les villes surpeuplées, mais en plein air, le retour à la Nature, l'homme aux prises avec les éléments, la violence des gestes humains transposés sous certaines latitudes, « le besoin teutonique de mouvement qui, au cours de sa grande aventure, pousse sans cesse la race vers l'Ouest ».
d70 MYSTIQUES ET REALISTES ANGLO-SAXONS
Dans les romans et les nouvelles exotiques de Jack London, la Nature encadre strictement les actes de rhomme. Ses paysages sont des forces naturelles déchaînées : la tempête de neige, la trombe de sable, les calmes où s'enlisent les bateaux, la poursuite du requin, les cyclones équatoriaux, la débâcle des glaces sur le Yukon au printemps, tels sont les tableaux qu'il évoque.
Voici le trappeur sous la tente, « le visage rasé de frais, les yeux brillants de joie », surveillant la cuisson du fricot que guettent les chiens-loups. C'est un Saxon « aux yeux bleus, aux cheveux dorés, tout luisant de jeunesse ». Au dehors, « la lune projette son mince croissant entre les sapins qui ploient sous la neige et isolent le campement de tout le reste du monde. Très haut dans la claire nuit froide les étoiles scintillent en vibrations rapides. » Une lueur d'un vert évanescent annonce l'aurore boréale au sud-est. Sous la tente, des trappeurs de Souabe dorment sur une peau d'ours. Un autre raccommode ses mocassins à la clarté du brasier. Il chante, et « le chant souabe résonne étrangement sous ces froides étoiles du nord. Il ne vaut rien aux hommes étendus autour du feu après avoir peiné tout le jour. 11 leur met au cœur le mal et la langueur, une langueur pareille à la faim, qui vous prend aux entrailles et qui lance leurs âmes au sud, par delà les monts, vers les régions de soleil... ^ » London ne voit pas la forêt sans l'homme. Elle est pour lui « la scène de comédies bruyantes, de tragédies silencieuses ». Ses paysages sont toujours très humains. Il nous montre la sylve envahie par les