‹ Mystiques et réalistes anglo-saxons d'Emerson à Bernard ShawChapitre 35 sur 44 · When ihe Trail forks · texte numérisé non relu

When ihe Trail forks

aventuriers de tous les pays, que Tor attire dans les solitudes. Autrefois, la vie primitive y déroulait ses liturgies. Les hordes de loups dépeçaient en liberté les troupeaux de caribous. De rares indigènes obéissaient à leurs chefs et à leurs sorciers. Ils dressaient en paix dans les carrefours leurs totems grimaçants. La fin de l'âge de pierre avait sonné. Les aventuriers blancs arrivèrent, sans que personne sût d'où ils venaient, où ils allaient. « Comme Peau se déverse d'un réservoir immense, ils se glissèrent dans la forêt ténébreuse, par les passes des montagnes, remontant les rivières dans les canots d'écorce, traçant avec leurs mocassins une piste pour les chiens-loups. » Maintenant les Indiens d'Alaska boivent l'alcool du blanc, jouent leur salaire aux cartes et se laissent débaucher leurs femmes.

Les hommes sont rudes, les ambitions ardentes, chacun est à soi seul sa loi; un homme est souvent un loup pour l'homme. La rareté des enjeux explique Tâpreté des convoitises, qu'il s'agisse d'une femme ou d'un sac de pépites d'or. Pour un rien, on s'insulte et se défie; on sort les revolvers. Il y aura mort d'homme, le whisky aidant, poursuite à mort, vendetta implacable et justice aussi sommaire que le crime.

Tel est le fond des Contes de Jack London. La portée philosophique en est considérable. Ils font réfléchir sur l'origine et la valeur de la morale et des conventions sociales, sur les rapports des hommes entre eux. Le respect dû au code serait-il unique-

ment question de latitude et de longitude? L'éthique varierait-elle avec la couleur de la peau? C'est à quoi Ton songe, en lisant La Justice du Blanc par exemple où deux Peaux Rouges sont, pour le même crime, l'un pendu haut et court, Tautre engraissé dans la « maison du blanc » (lisez la prison). Dans Vlnallendu, deux prospecteurs, mari et femme, perdus dans la steppe glacée, se trouvent tout à coup en face d'un criminel. Ils représentent à eux seuls la société. Ils jugent et pendent le coupable, et voilà une forme bien imprévue de la justice et du devoir. Jack London a composé sur un sujet analogue un de ses contes les plus émouvants : Thistoire de Fortune la Perle,

Fortune la Perle est un prospecteur d'Alaska qui a tué son partner au jeu de cartes. Il fuit dans le désert de neige et rencontre Uri Bram, qui consent à le cacher. Uri prend Fortune dans sa hutte et le soustrait plusieurs mois aux recherches de la police, puis un beau jour il propose au meurtrier de le conduire à la frontière canadienne. Uri Bram est un ami de l'homme assassiné, il a « son idée personnelle de la justice ». Arrivé à la frontière où la loi de l'homme finit et celle de Dieu commence, Uri s'explique. S'il a dérobé Fortune aux recherches de la justice, c'était pour s'arroger à soi seul le droit de justicier. La frontière est là, le code criminel ne va pas plus loin, mais la justice immanente n'a pas de frontière. Uri va faire appel au jugement de Dieu. Un duel au revolver décidera si les innocents doivent payer pour les coupables. Fortune accepte. Le revolver le con-

naît et il sourit de cette étrange épreuve qui lui donne, à lui le criminel, les droits du juge et peut-être du bourreau. Y aurait-il encore une justice sous pareille latitude? Les voici face à face :

Du Dieu d'Uri, Fortune ne savait pas grand'chose, mais il croyait à la Chance et la Chance avait été pour lui depuis le soir où il s'était sauvé, dans la neige, le long du fleuve. « Mais il n'y a qu'un pistolet! objecta-t-il. — On tirera chacun son tour », répliqua Uri, en train de faire jouer le barillet du revolver de l'autre pour l'examiner. Aux cartes de décider !

Et la Chance favorise une fois de plus la Perle. A lui de faire feu le premier :

L'issue lui parut bien proche quand ils se mirent à cinquante pas. (( Si Dieu retire sa main et que tu m'abattes, à toi les chiens et l'attelage. Tu trouveras un acte de vente tout préparé dans ma poche », expliqua Uri, en faisant front, droit au vent de la balle, debout et présentant sa poitrine. Fortune écarta de ses yeux la vision du soleil étincelant sur l'océan et il mit en joue.

Il prit son temps. Deux fois il abaissa l'arme, à cause de la brise printanière qui faisait trembler les sapins. La troisième fois il mit un genou à terre, saisit fermement le revolver des deux mains et fit feu. Uri pirouetta sur luimême, tendit les bras, chancela terriblement un instant et s'effondra dans la neige. Mais Fortune savait qu'il avait tiré trop à côté, sans quoi l'homme n'aurait pas fait la pirouette.

Quand, imposant silence à la chair, Uri péniblement se remit sur pied et fit signe qu'il voulait l'arme, Fortune eut l'idée de tirer de nouveau. Mais il écarta cette pensée, La chance lui avait déjà été bien bonne, lui semblait-il, et, s'il trichait, il faudrait sûrement payer plus tard. Non, mieux valait jouer franc jeu. Et puis, Uri en avait pour son compte et ne pourrait pas tenir assez longtemps le lourd revolver pour tirer :

« Où donc est ton Dieu? » lança-t-il, en tendant le revolver

au blessé. Et Uri répondit : « Il n'a pas encore parlé, Dieu, prépare-toi à l'entendre ».

Fortune se mit face à lui, en effaçant légèrement la poitrine, de façon à présenter moins de champ, Uri s'en fut chancelant et comme ivre, mais il attendit, lui aussi, un moment de calme entre deux bouffées de brise. Le revolver était bien lourd et, comme Fortune, Uri doutait à cause du poids. Il tint l'arme à bras tendu par-dessus sa tête, puis l'abaissa lentement devant lui. Au moment où le flanc gauche de Fortune et le point de mire se rencontrèrent à l'alignement de l'œil, il pressa sur la gâchette. Fortune ne fit pas de pirouette, mais le gai San-Francisco s'obscurcit, s'éclipsa, et, tandis que la neige, cependant toute baignée de soleil, se faisefit sombre, encore plus sombre, Fortune vomit sa dernière malédiction contre la chance qui l'avait triché.

(Le dieu de ses pères.)

A Fautre extrémité de la terre, aux Fijis anthropophages, aux terribles Salomons, dans les mers du typhon et du requin, Jack London suit l'appel du large, the call of the wild. Ce monde là est à peine acquis à la littérature; nos imaginations Font déserté depuis les voyages de Gook, « terres malignes de la dysenterie et de la fièvre, où l'air est empoisonné et sème sur la peau et dans le sang d'ignobles ulcères », où, comme à Malaita, « les gains et les pertes se chiffrent en têtes humaines, avec prime pour les têtes de blancs » :

Des maisons de branchages se cramponnaient aux flancs à pic de la montagne ou surplombaient la bouillonnante Rewa. Des deux côtés, pyramidait un précipice gigantesque. Trois heures de soleil tout au plus pénétraient jusqu'au fond de la passe. On ne voyait ni cocotiers ni bananiers, bien que la végétation tropicale envahît tout, coulant ses festons aériens

par-dessus les lèvres du précipice, débordant les crevasses des parois. A l'extrémité de la gorge, d'une seule enjambée, la Rewa faisait un saut de huit cents pieds ; autour de la forteressej|de rochers l'air vibrait, au tonnerre rythmé de la chute.

Dans ce décor de Mélanésie s'acheminent, vers des destinées souvent tragiques, le missionnaire que guette un coup de casse -tête, le négrier en quête de gibier, le juif brocanteur de perles, toute une humanité de raercantis, de trafiquants anglo-saxons, que Tambition du gain promène sur la vaste terre. Puis se déroule l'Océan Indien, éventré par les typhons. Jack London dans plusieurs de ses contes a refait, d'une touche complètement réaliste, la ballade de l'Ancien Marinier de Coleridge où passait déjà, mais comme un fantôme, Tâme puissante du large.

Voici une description de cyclone dans les mers du Sud. Nous sommes dans un village de pêcheurs polynésiens. Cramponné au tronc d'un palmier, l'un d'eux a échappé à la catastrophe. Jack London nous aide à revivre ses impressions :

II se trouvait bien seul dans les ténèbres. Par moments il lui semblait que c'était la fin du monde et qu'il était, lui, le seul survivant. Encore le vent augmentait d'heure en heure. Sur les onze heures, sa force était devenue incroyable. C'était quelque chose d'horrible, de monstrueux, des hurlements de fureur, quelque chose comme une muraille qui vous frappait, puis passait, frappait et passait encore, — une muraille à n'en plus finir. Il lui semblait qu'il était devenu pour sa part quelque chose d'impondérable et d'éthéré; que c'était lui qui se mouvait, et qu'avec une rapidité inconcevable il était emporté sans lin dans quelque chose de solide et de plein. Le vent n'était plus de l'air en mouvement, mais quelque chose d'aussi dense que l'eau ou le mercure. Il avait la sensation de pouvoir entrer là-dedans, de pouvoir

déchiqueter cela en morceaux, comme la chair dans la carcasse d'un daim ; il lui semblait qu'il pourrait saisir le vent et s'y accrocher comme à la paroi d'un roc [Contes des mers du Sud).

Jack London nous fait revivre les affres des voyages à la dérive, des bateaux immobilisés par les calmes ou flambant en vue de la terre, Fagonie des naufragés cramponnés à un débris de mât. Il nous donne la sensation du temps et de Tespace infinis, de la force humaine et presque surhumaine aux prises avec les éléments et malgré tout victorieuse. Cet Américain ignore le préjugé des races. Il excelle à dépayser les civilisés, à les rajeunir au contact des primitifs, que ses héros dominent d'ailleurs de toute leur intelligence pratique, à peine émoussée par une ombre de rêverie.

Dans V Appel du large (The Call of the Wild), Jack London célèbre la puissance mystérieuse qui rapproche le civilisé du sauvage, pousse à Taventure et attire Fhomme au fond des soUtudes, toujours plus avant vers le nord. Les bêtes cèdent à son attrait comme Thomme, et c'est dans Thistoire du chien Buck que London nous montre à l'œuvre cette âme de la nature.

Buck est un saint-bernard que des trappeurs emmènent en Alaska. A mesure qu'il se dépayse en avançant vers le Cercle Polaire, le chien Buck se transforme. Il dépouille peu à peu sa domesticité, sous l'influence de la force mystérieuse qui fait rétrograder les civilisés vers leurs origines, cette force

qui est dans les livres de London comme Fâme du Nouveau-Monde. Buck commence à se plier à la loi de riiomme. Des coups, de rares caresses, de non moins rares repas constituent tout son salaire. Le socialiste Jack London semble avoir voulu nous donner une allégorie poignante du travail humain en décrivant les souffrances du chien Buck. Mais les villes disparaissent, la solitude se creuse, le désert de neige s'étend. Buck tire son traîneau en tête du convoi; c'est un vaillant ouvrier. L'horizon s'élargit, les instincts primitifs se réveillent. Buck s'initie à la loi de la steppe qui est celle de la jungle : « œil pour œil, dent pour dent ». Les hôtes ni les hommes ne se soustraient à la lutte pour la vie, à la loi de survivance du plus apte, que .Jack London édicté avec une solennité et une rigueur toutes bibliques. Buck fait le coup de dent pour gagner sa pitance, son trou dans la neige, et pour garder sa place de chef de file du convoi. Plus le Nord est proche, plus Buck se fait féroce; Buck est en train de devenir loup :

Une nuit, Buck se réveilla en sursaut et s'élança, l'œil ardent, les narines frémissantes, le poil hérissé. De la forêt, plus précis et plus distinct que jamais, arrivait l'appel, — un hurlement prolongé, pareil au hurlement du chien husky et pourtant différent. Et I3uck le reconnut, comme d'habitude, pour un cri déjà entendu. Il s'élança à travers le campement endormi, et silencieux, rapide, il se précipita vers les bois. A mesure qu'il approchait du cri, il ralentit sa marche, calculant chacun de ses mouvements, jusqu'à son arrivée dans une clairière parmi les arbres. En regardant autour de lui, il vit, dressé sur son séant, le mufle pointé vers le ciel, efllanqué et maigre, le Loup...

Buck a rejoint son frère sauvage et il s'abandonne à l'appel :

R. MicuAUD. — Mystiques et Réalistes. 12

Côte à côte, à travers le sombre crépuscule, ils coururent droit dans le lit du torrent, par le défilé d'où le torrent sortait, et par delà le roc isolé où il prenait sa source... Buck ressentait une joie sauvage. Il savait enfin qu'il répondait à l'appel. D'anciennes réminiscences lui revenaient rapidement et il leur obéissait, comme autrefois aux réalités qui en étaient l'ombre. Il avait déjà couru ainsi, quelque part, dans cet autre monde de brumes, et c'était de même à présent ; Buck courait en plein large, la terre molle sous ses pieds, le vaste ciel sur sa tête.

Buck n'a pas en vain entendu l'appel qui Ta ramené à des millénaires en arrière. Buck rentre au campement donner à l'homme ses dernières caresses, puis un jour, pour toujours, il retourne dans la forêt :

Et, quand revient l'été, un visiteur descend dans la vallée. C'est un loup de haute taille, à la toison magnifique, pareil aux autres loups et toutefois différent. Il traverse la friche, descend dans une clairière parmi les arbres. Une traînée d'or jaunâtre s'échappe de sacs de peau de rêne pourris et s'enfonce dans le sol. Il s'attarde là un instant et avant de repartir pousse un hurlement long et mélancolique. Il n'est pas toujours seul. Quand viennent les longues nuits d'hiver et que les loups poursuivent leur proie dans les vallées inférieures, à la pâle clarté de la lune ou à la lueur boréale, on peut le voir galoper en tête de la meute, bondissant gigantesque par-dessus ses compagnons, tandis qu'à plein gosier il entonne le chant de Punivers primitif qui est le chant delà horde...

Ce loup de haute taille, c'est le chien Buck, repris par l'appel du large et qu'un reste de domesticité attire dans la clairière où ses anciens maîtres les trappeurs du Klondike ont égaré leur poudre d'or.

Le Chien s'est fait loup, le civilisé est redevenu sauvage. Il n'y a pas là de miracle, cette transfor-

mation n'est qu'un retour aux origines, le réveil d'une âme assoupie qui se reprend à vivre à son rythme primitif. Le retour à la nature est, selon Jack London, un phénomène de nostalgie et de réminiscence ataviques.

Au contact de ces énergies primitives, une rude humanité s'agite dans les romans et les nouvelles de Jack London, humanité sympathique, en dépit de sa rudesse. Sa vigueur, sa force de résistance sont admirables. La lutte contre les éléments a beau ceindre d'un triple airain le cœur de ces surhommes, ils n'en restent pas moins, sous leur rude écorce, tendres et naïfs comme des enfants. A force de courir des dangers communs, ils se lient parfois d'une amitié primitive mais à toute épreuve, cimentée par les tribulations sans nom souffertes côte à côte. Ecoutez-les, ces « globe-trotters », ces coureurs de monde, évoquer leurs péryples, se retrouver et s'aimer dans leur vie vagabonde :

Dix sept ans nous fûmes ensemble, dit l'un d'eux en parlant d'un compagnon, dix sept ans il fut là derrière moi, me veillant pendant mon sommeil, soignant ma fièvre ou mes blessures, — oui, et même se faisant blesser en combattant pour moi. Sur les mêmes bateaux que moi il a laisgé sa signature. Ensemble nous courûmes le Pacifique, des Hawaï jusqu'au Cap Sydney, du détroit de Torrès aux Galapagos. Nous avons chassé le gibier noir, depuis les Nouvelles- Hébrides et les Iles-sous-le-Vent jusqu'en plein ouest, en passant par les Louisiades, la Nouvelle-Bretagne, la Nouvelle-Irlande, le Nouveau-Hanovre. Naufragés trois fois, — aux iles Gilbert, dans le groupe des Sainte-Croix et aux

Fijis, — trafiquant, faisant la traite, partout où il y avait chance de gagner un dollar en perles, en noix de cocos, en bêche de mer, en écaille de tortues ou en épaves {Contes des mers du Sud).

A ces Anglo-Saxons il faut des coups, des risques, la vie à la dure, les privations, la bataille avec les éléments. Ils savent que, pour triompher des forces formidables et anonymes qui se jouent de notre existence, il faut rendre coup pour coup et nous approprier leur énergie. La vie est rude, aimait à proclamer Emerson. Les héros de Jack London l'aiment telle quelle et ils sont rudes comme elle. C'est Tidéal de la race, et cela va loin parfois.

Il y a, parmi eux, des « bêtes blondes » selon Nietzsche. Tel ce Larsen le Loup, capitaine du Fantôme, et son équipage de forbans. Larsen le Loup est un dominateur, un mélange curieux, comme tous les héros de Jack London, de force brutale et de culture. Le code et la morale n existent point pour lui. Les troupeaux de phoques qu'il massacre annuellement et qui toujours se renouvellent, les étendues de substance phosphorescente que la mer charrie éternellement et sans but, ont inspiré à Larsen le Loup un mépris raisonné de la vie :

La valeur de la vie?... La sainteté de la vie?... Parlonsen!... La vie est un ferment, je ne sais quelle levure qui dévore ce qui vit pour le faire vivre... Allons donc ! si rien de tel existe que Toffre et la demande, la vie est ce qu'il y a de meilleur marché au monde. Nous n'avons qu'une quantité donnée d'eau, de terre et d'air, mais la vie qui veut naître est sans limites. La nature est prodigue. Prenez les poissons et les myriades d'œufs. Prenez-vous, vous et moi. Il y a, dans nos reins, la possibilité de milliers d'existences. Il ne nous manque que le temps et l'occasion d'utiliser

jusqu'au dernier atome la vie qui est h naître en nous, pour devenir pères de nations et peupler des continents. La vie? Bah ! elle est sans valeur. C'est, de toutes les choses bon marché, la meilleur marché. Elle mendie partout. La nature la répand à pleines mains. Où il y a place pour une vie, elle en sème mille, et la vie dévore la vie tant qu'enfin ce qu'il y a de plus vil survive... Pourquoi économiser la vie, qui est à bon marché et sans valeur? Il y a plus de matelots que de navires à flot pour les recevoir, plus d'ouvriers que d'usines et de machines... L'offre est plus grande que la demande ^

C'est au nom de celte morale nietzschéenne que Larsen le Loup supprime à coups de fusil ses concurrents, empoche les dollars de ceux qui ne savent pas les défendre, se jette sur la première femme que la tempête met à sa merci, et s'amuse, entre autres jeux, à jeter de temps en temps un homme au requin. — « Vous avez lu Darwin? » lui déclare un homme de lettres naufragé que Larsen le Loup a enrôlé de force dans son équipage et qu'il a nommé marmiton. Il a lu Darwin en effet, il a lu Browning et Swinburne. Larsen le Loup est un primitif touché par la culture. Il traduit ses lettres en action. « Quelle est votre profession? » demande-t-il à l'écrivain naufragé qu'il recueille et qui courait le monde, en quête d'impressions, sans se poser d'autres problèmes. « Pareille question, je l'avoue, nous confie Ihomme de lettres, ne m'avait jamais été posée jusqu'ici et je ne l'avais jamais discutée. Je fus tout ébahi et, avant d'avoir pu me répondre à moi-même, j'avais balbutié sottement : « Je suis... je suis gentleman. » Ses lèvres prirent immédiatement un pli ironique : u J'ai travaillé et je travaille, m'écriai-je impétueu-

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