‹ Mythes & légendes [microform]Chapitre 3 sur 57 · IJ · texte numérisé non relu

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La Dkii'i cation d'HomÎ'.re iVaprcs un bas-relief attribue à Archaelaus de Prienne

sa vie à une période bien déterminée de l'histoire, c'est à dire sous le règne de Philippe II. Nous connaissoîis son père, sa inere^ la ville ou il naquit^ les villes ou il passa, r itinéraire de ses pérég?'i?iations, etc. Qui oserait émettre l'hypothèse que tout cela est vrai ? Il inspira une quantité d'auteurs comme l'avait fait le " Juif-Errant " et serait peut-être devenu le . dieu des Gueux, si ceux-ci n'avaient eu déjà un autre.

Ulenspiegel eut ses évangélistes comme tant d'autres, et le plus beau, de ces évangiles, je veux dire le plus complet que nous possédions le concernant, fut écrit 300 ans après sa prétendue existence, par le- poète-romancier belge Charles De Coster, lequel fut pour Till Ulenspiegel, un véritable saint Jérôme, car il réunit tous les évangiles d'Ulenspiegel en un seul. \

La légende "f "Tne autre lésfcndc est celle de la vie d'Homère. Tout le

75 7'Twî ^

\^ monde connaît l'histoire de l'aède aveugle, allant. chanter de ville en ville les exploits des héros de la Guerre de Troie. Quelques citations de ^^ V Aveugle'' d'André Cheivler démontreront mieux comment se développe naturelkruerst cette tournure de l'esprit consistant à déifier les grands hornrnes :

" Quel est ce vieillard blanc, aveugle et sans appui ? Serait-ce un habitant de Fc^nplre céleste ?

Ses traits sont grands et fiers, de sa ceinture agreste ' . Pend une lyre informe, et les sons de sa voix Emeuvent Pair et Vondc^ et le ciel et les hoïs. "^

(Si plutôt, sous un corps terrestre et passager,

La Déification d'Homîîre d'après un bas-relief attribue à Archaelaûs de Prienne

Tu nés point quelque dieu protecteur de la Grke^ Tant une grâce auguste ennoblit ta vieillesse !) ;

etc.

Homère a-t-il réellement vécu ? Scaliger, Perrault, Vico et Wood sont d'un avis négatif. Le grand poète se trouve par conséquent un peu dans le cas de Jésus. On prétend qu'Homère est l'auteur de "Zy'/^Wf" et de ^^ P Odyssée '\ qu'il aurait chantées dans toutes les villes où il passait, comme Jésus aurait dit " les Paroles " ou " Discours ", c'est-à-dire " la Logia dont on trouve des fragments éparpillés dans les différents Evangiles.

Déjà en 1795, Wolf fit remarquer dans ses " Prolégomènes " qu'à l'époque à laquelle on fixe l'existence d'Homère, les aèdes récitaient leurs poèmes qu'ils avaient appris de mémoire. C'étaient de simples improvisations comme celles de nos troubadours et ménestrels du moyen âge. On s'apprenait ces récits mutuellement, à la manière des brahmanes et des druides. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'on songea à les écrire. Ces textes étaient souvent obscurs par suite des altérations résultant des défauts de mémoire ou des erreurs d'interprétation. Au fur et à mesure qu'un copiste intelligent les transcrivait, celui-ci ajoutait un peu du sien, changeait la tournure des phrases, retouchait le style, modifiait des passages, mettant le tout à neuf: si bien qu'à l'époque de Solon et de Pisistrate, qui jouèrent ici le même rôle que Saint Jérôme pour les Evangiles, on se vit forcé de former une commission, dont faisait partie Onomacrite, afin d'établir une version définitive des œuvres attribuées à Homère, pour qu'il

fût possible d'en donner lecture lors des Panathénées. Cette version fut critiquée par les Aristarques d'Alexandrie et de Pergame, ce qui donna pour résultat d'épurer encore les textes. Enfin Zénodote d'Ephèse divisa " riliade " ainsi que " r Odyssée ", en vingt-quatre chants. On attribua encore à Homère " la 'Bactrachomyo?nachie " et quelques hymnes.

Ce qui s'est passé avec les œuvres d'Homère, se passa avec les Evangiles. Au lieu de deux épopées, on choisit dans le tas, et l'on prit les quatre Evangiles qui semblaient les plus vraisemblables, c'est-à-dire, les Evangiles selon Matthieu, éMarc, Luc et y ean ; on y ajouta " Les <iActes des zApâtres ", quelques '"'' Epitres " et " P^pocalypse " attribuée à St. Jean, personnage plus " hermétique " encore que le Christ lui-même. Le reste fut jugé " apocryphe " comme le furent les autres œuvres d'Homère, c'est-à-dire : " le éMargites ", " la Thébaïde ", " la "^Petite Iliade ", " la ^hocéïde ", " le Kaminos ", " rEirésioné ", " la 'Prise d'Œchalie ". etc., etc.

Ainsi que je l'ai déjà dit, Homère, comme Jésus, ne tarda pas à être élevé au rang des dieux. Argos célébra des fêtes en son honneur tandis que sept villes prétendaient être sa patrie. Exista-t-il jamais } Nul n'oserait l'affirmer. On croit généralement, aujourd'hui, que " riliade " et " F Odyssée " sont l'œuvre des Homérides de Chios, des Créophiliens de Samos et de plusieurs générations de rapsodes. Je n'analyserai pas ici le cas d'Homère d'après ce qu'en pensent les modernes ; ce n'est pas mon but et si je l'ai cité comme exemple, ce n'est que pour que l'on puisse songer à comparer l'œuvre qu'on lui attribue aux paroles " prétendument " dites par le Christ.

Car il y a une différence entre les deux personnages. Homère

aurait vécu à une époque tout à fait légendaire, tandis que l'existence du Christ est placée à une période historiquement connue. Si nous ne pouvons rien affirmer de positif ayant trait à la vie d'Homère, ^ nous pouvons cependant établir, d'après les documents historiques, ce qui se passa réellement au temps où vivait le Christ, de qui nous ne trouvons aucune trace sérieuse chez les auteurs non chrétiens de cette époque. Si le Juif Flavius Josèphe avait parlé en mal de Jésus au lieu d'en faire l'éloge, on pourrait invoquer ses calomnies comme un témoignage certain de son existence sous le procuratat de Ponce Pilate. Mais l'allusion élogieuse que fait cet auteur au fondateur du Christianisme, est trop en contradiction avec ses propres idées, pour que l'on puisse croire que ce Juif ait eu des sympathies pour le plus grand ennemi de sa race.

CITONS aussi la légende de Roland. Il est possible que ce l^ légende héros de roman ait été réellement tué à Roncevaux, en ^^^ Roland jj'è ; mais on a entouré son nom de tant d'aventures, qu'il est très souvent presque impossible de distinguer le Roland historique du Roland légendaire. De la " Chanson de Roland'\ qui est son évangile, le comte Bojardo tira en 1495 ^^ " Roland amoureux'' duquel naquirent de 15 16 à 1520, le ^'Roland furieux " d'Arioste, puis un grand nombre d'autres poèmes, de contes, de tragédies et d'opéras.

I . Arnold Van Gennep, " La Question d'Homère. " Bonitz, " Ueber den Ursprung der

Homerischen Gedichte. " W.-E. Gladstone, « Studies on Homer and the homerïc Age. " —

" HomerkSynckronicum. " A. et M. Croisset, " Histoire de la Littérature grecque . " G. Bertrin,

" La Question Homérique. " Terret, ''Homère. " Gilbert Murray, " TAe Rise of the Greek Epïc. "

Quantité de tragédies grecques étaient dues à Homère,, des " mystères " avaient été tirés des Evangiles ; l'épopée de Roland ne devait-elle pas inspirer également le génie des. poètes ?

AUSSI la " yérusalem délivrée " pourrait-elle servir comme un exemple de la fantaisie mêlée à l'histoire; et beaucoup de lecteurs crédules seraient facilement tombés dans le piège, s'ils n'avaient pas été prévenus. Supposez un instant que cette épopée ait été écrite à l'époque des Croisades ? II n'y a pas à en douter, un grand nombre de faits qui sont, aujourd'hui reconnus par tout le monde comme légendaires, auraient été acceptés et crus comme réellement historiques.

UNE légende plus moderne encore et à laquelle beaucoup de personnes attachent foi, est celle de Guillaume Tell, le de Gui/- héros de la Suisse. Cette légende ne remonte pourtant qu'au laume Tell -^^ye g-^^j^^ jg^^ ^^^ pour évangéliste Tschudi et est d'origine

islandaise. Ce qui n'empêche pas qu'il y ait trois chapelles de Guillaume Tell et qu'à Altorf, il existe une fontaine et une tour qui lui sont consacrées.

N personnage qui est aussi entré dans la mythologie

romantique de l'Occident est bien le Docteur Faust.

La légende F^ust aurait été un thaumaturge-alchimiste du XVF siècle. Le

du Docteur lihrsiire Spiess, de Francfort s/Mein, en 1587, fut le premier

qui nous donna " le Livre populaire de r Histoire du Docteur

Jean Faust ^ le fameux Sorcier et éMagicien. " ^ De même que le premier Evangile de St. Matthieu a engendré toute une littérature évangélique, le premier évangile de Faust •' lequel vendit son âme au diable en échange de la science et de la volupté, eut un fils Justus Faustus avec Hélène de Sparte et fut finalement mis en pièces par le démon ", ce premier évangile, dis-je, a subi de nombreux remaniements qui furent publiés successivement, en 1599, par Widman ; et par Pfitzer, en 1675. Parut ensuite : " le Qroyant Qhrétien'\ au début du XVIIP siècle. Il faut citer à côté de ces œuvres, " les mystères " — si je puis m'exprimer ainsi, — de Marlov\re ^, de Lessing, de Goethe ; les opéras de Gounod, de Spohr, de Berlioz ; un roman par Klinger, paru en 1791, et un poème épique, sorte de " SVLes stade ", -— mais plus poétique que cette dernière épopée, — par Lenau, qui parut en 1836. Je ne parlerai pas des modifications qui ont été apportées au texte, cela n'a que très peu d'importance, mais combien modifiée n'a pas été la légende. Celle-ci en passant par la plume de ses divers " nouvellistes " a été complètement transformée, au point qu'on pourrait presque dire qu'il n'y a que deux personnages qui subsistent tels qu'ils étaient primitivement, et encore !... tout en changeant de caractère par l'évolution, ce sont : Faust et Méphisto... phélès. Même le nom de ce dernier a été tronqué et raccourci suivant les us et coutumes

Historta von D. Johann Fausten, dem zoeitheschreWjen Xauberer und Scktvartzkilnstkr, ^ " The Tragkall Hisiory ofD. Faustus] As ït hath bene Acted by the Right\ Hono-rabk the Earle ofNottingkam hïs servants. Writen by Ch. Mar/.j London Printed by V. S. for Thomas Bushe/l, 1 604. " Cette pièce fut faite d'après la traduction d'un étudiant anglais séjournant à Wittenberg. Aucun exemplaire de cette traduction qui doit avoir paru vers 1588/89 n'est arrivé jusqu'à nous.

de notre temps. Du XVF siècle au XIX^ il n'y a pourtant que 300 ans ; or, l'imprimerie existait déjà à cette époque \. Combien de modifications ne doit donc pas avoir subies durant quatre siècles, le roman du fondateur du Christianisme, alors que l'imprimerie n'était pas encore connue et que la plupart des copistes étaient des Orientaux î Nous verrons plus loin jusqu'à quel point alla leur fantaisie.

UNE autre épopée, intéressante sous ce rapport, est a. x^»o»c*. ^^r Enéide''. Composés par Virgile sur la demande

d'Auguste, les récits de " P Enéide ", sont en grande partie empruntés à " r Iliade " et à " F Odyssée ". Homère a été pour Virgile ce que les prophètes juifs ont été pour les auteurs des. Evangiles. Son principal personnage peut en quelque sorte être comparé à Jésus, et les héros qui l'entourent, aux différents, apôtres et disciples qui jouent un rôle dans la vie du Christ.. Comme Jésus, Auguste fut déifié, mais sous le nom de ^Jupiter Indiges ; et de même que Jésus serait descendu de la race de David, les Jules prétendaient descendre de Vénus par Enée :

Tourne maintenant les yeux de ce côté ; contemple cette nation, ce sont les Romains. Voilà César, et toute la postérité de Jules, qui doit paraître sous la voûte des cieux. Celui-ci^ c'est h héros promis par tant d'oracles^ César-Auguste, le fils d'un dieu.

(Enéide. Livre VI).

" UEnéide " inspira une foule d'autres auteurs. C'est d'elle que sortirent ces apocryphes, comme " PEnéas " attribué à Benoît de Sainte-More et qui parut en France, en

II 60, donnant ensuite naissance entre 1 170 et 11 90 à une nouvelle " Enéide ", cette fois en allemand par Henri de Veldeke. Enfin Charles IX, ayant voulu imiter Auguste, ne commanda-t-il pas à Ronsard de faire une " Enéide " française, qui fut cette malheureuse " Franciade " mort-née ?

COMME si " r Enéide " n'avait pas été suffisante, Ovide nous donna un autre exemple de la formation à.t^Le^'-'-Métalégendes dans ses ^^ ^Métamorphoses''. Les ^^ <3/Iétamorphoses''^°IV°^.^J ont vu le jour à la suite de " P Enéide " et sont pour cette épopée ce que la " Vie des Pères de P Eglise, la " Qhronique de Gènes " de Jacques de Voragine, sont à la " Vulgate ". Elles se composaient de deux cent et quarante-six récits mythologiques, ce qui peut nous donner une idée de la crédulité et du rôle que le merveilleux jouait à Rome au temps oîi l'on place l'existence du Qhrist. Les " Héroïdes " sont à la mythologie païenne, ce que sont au Christianisme, "Zs: Correspondance de y é sus- Qhrist avec le roi Abgare ", " l'Evangile de Joseph le Charpentier " et les soi-disant " Actes de Pilate ", conservés par les quarto-décimanes. " Les Fastes " ainsi que les " 'Métamorphoses " peuvent être considérés comme " le Bréviaire " ou le " Livre éMitral " des païens de cette époque.

CECI nous porte en pleine mythologie. Je pourrais aussi vous parler des légendes des divers dieux de l'Olympe ; mythokJides bruits qui couraient au sujet de certaines divinités, de la W^ mer, des eaux, des montagnes, des bois, des champs, des villes, de Rome, de la patrie, de la famille, de la vie, du royaume

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infernal dont un grand nombre de vestiges se retrouvent encore aujourd'hui dans nos légendes chrétiennes \ Je pourrais vous parler du déluge de Deucalion ; et de Pyrrha, d'Europe, de Gadmus, d'Antiope, d'Hercule ; des héros et héroïnes de la Légende Thébaine ; des légendes athéniennes, étoliennes, thessaliennes, aryennes ; des Labdacides, des Pélopides, des Tyndarides et des Atrides, en passant par la mythologie germanique et Scandinave et vous montrer la grande fantaisie avec laquelle on les inventa. La crédulité des gens qui accep- Les légendes tèrent toutes ces légendes n'était pas plus grande que celle chrétiennes ^^ nos Contemporains qui vénèrent St. Antoine, Ste. Marguerite, Ste. Catherine, St. Macaire, St. Liévin, St. Amand et St. Louis de Gonzague, pour ne citer que quelques noms.

La légende du Ghrist et de ses apôtres est loin d'être aussi bien échafaudée que celle de la Guerre de Troie ou de l'Expédition des Argonautes. Nous verrons plus loin que les " mythologiens ", je veux dire ceux qui créèrent les mythes, et les mythologues païens ont su aussi bien que les scribes des premiers temps de l'Eglise, attribuer leurs écrits à des person- /ij ^. .■ nap:es de leur invention, et cela dans le but de les rendre plus

adaptation o ' r

ail milieu admissibles, tout en ayant soin, comme ces derniers, de fixer l'action de leurs récits à un endroit géographiquement connu et les faits à une période plus ou moins historiquement déterminée. C'est au bon sens du lecteur qu'il convient de distinguer la fable littéraire de l'histoire pure, et cela est surtout

^ Lire à ce sujet : " Le Rameau (TOr " (Golden Bough) par Frazer, " La Magie et la Sorcellerie en France " par Th. De Cauzons. Tome 4. " Religions, Moeurs et Légendes " et " La Formation des Légendes " par Van Gennep, " Les Saints successeurs des Dieux " par Saintyves, " Les Arbres Fétiches de la Belgique " par Jean Châlon.

LIFRE I. CHAPITRE I. 41

nécessaire quand il s'agit d'écrits venus d'Orient où les historiens sont plutôt des conteurs d'histoires que les chroniqueurs des événements de leur temps.

A légende d'Athys, naquit en Phrygie, on ne sait pas fort bien comment \ Les baptes racontaient qu'Attis ou d'Athys Athys était l'amant de Rhéa, la " Grande Déesse ", épouse de Saturne ; d'autres affirment que c'était d'Agdittis, fille de Méon et de Dindymne ; d'autres disent qu'Athys aima la nymphe Sangaride et fut changé en pin par Rhéa.

Il serait très difficile de déterminer s'il y a un fond de vérité dans cette histoire ou si comme on le prétend, il y a ici un conte allégorique créé» pour expliquer les quatre saisons de l'année. Méon et Dindymne existèrent-ils ? Nous n'affirmerons rien.

Les historiens d'alors étaient trop souvent des poètes et ressemblaient beaucoup à cette catégorie de journalistes ^^^^^~ historien% tuellement dans la presse américaine on appelle " Hers " (c'est- po^u à-dire : " menteurs ") et qui sont chargés de " corser " les événements pour les rendre plus sensationnels ; ces historiens, dis-je, savaient fort bien accommoder leurs " nouvelles " au goût du public. Hérodote, comme historien, est surtout un conteur, et du moment qu'il parle mythologie, il tombe inévitablement dans les travers de son temps et de là dans des erreurs d'interprétation. Ce qui n'empêche pas que cet historien ait une

Consulter à ce sujet : Cumont, " Les Mystères de Mithra " ainsi que " Les Religions orientales dans le Paganisme romain " et J. Toutain, " Les Cultes païens dans l'Empire Romain. "

grande valeur, pour qui sait discerner le vrai du faux. Cette phrase d'Euripide, citée par Henri Estienne dans son ^^\Intro-

Krshna-Gôvinda

duction au Traité de la Conformité des Merveilles anciennes avec les Modernes "ou " Traité pré par atif a P Apologie pour Hérodote ";

" Si du pouvre & du riche vn mesme mot tu ois En. ton endroit pourtant, il n'est de mesme poids ".

est des plus vraies. L'historien n'avait très souvent pour être informé que le peuple grossier. Ce peuple était crédule ; il exagérait naturellement et déformait la vérité encore plus facilement. De cette façon, naissent les légendes.

LIFRE I. CHAPITRE I. 43

iNSi, à côté d'un grand nombre d'autres, naquit la légende

d'Orphée, qui eut une influence indiscutable sur les ^^ légende origines du Christianisme. La preuve, c est qu on a retrouve plusieurs scènes de sa vie peintes à côté de celles de la vie du Christ, dans les catacombes et divers monuments reconnus d'origine " chrétienne".

Orphée, le poète divinisé, eut son œuvre reconstituée par l'Ecole d'Alexandrie. Nous ne pouvons affirmer qu'il ait existé ; l'histoire de sa vie comme celle de Krshna a beaucoup de ParalUk traits de ressemblance avec celle de Bacchus et du Christ, ^ntre D'après Apollonius de Rhodes, il était le fils d'Apollon et krshna de la muse Calliope, suivant d'autres, il serait le fils d'Eagre, Bouddha roi de Thrace. Il fut donc humain, par suite des rapports ^/pl^^ i qu'eut un dieu avec une mortelle, comme le furent Jésus, d'Asshe Krshna et Bouddha. Les dieux aimaient beaucoup trop les

Krshna, vainqueur du serpent kalouya

mortelles en ce temps-là. La vie d'Orphée est donc légendaire, si pas tout à fait, du moins en grande partie. Il prit part, dit-on, à l'expédition des Argonautes ; mais il semble

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qu'ici on l'ait confondu avec Philamon, le chantre de la nef Argo ; à cette occasion, il sut, ainsi que Jésus et Bouddha, calmer la tempête. Comme Jésus, il descendit également aux Enfers, non pas pour y délivrer les âmes des patriarches, — quoique les Juifs aient ignoré jusqu'à cette époque que les âmes des patriarches attendissent en " enfer ", — mais pour en ramener Euridice. Ainsi nous conte Ovide. De même qu'Horus, Krshna et Saint François d'Assise, Orphée par ses paroles d'amour charmait hommes et bêtes ; il devait naturellement souffrir le martyre et être mis en pièces par les bacchantes, qui l'auraient certainement crucifié si le supplice de la croix avait été courant à l'époque légendaire où l'on place sa mort. Bien que son Z7w^/rrt- existence ait été des plus douteuses, on lui attribua plusieurs non ^^- hymnes. C'était alors de mode d'attribuer à un dieu ou génie

Ion et des •' ^ ^ ^ o

Muses quelconque les œuvres artistiques que l'on faisait. Cela s'appelait être inspiré par Apollon ou par une Muse. L'expression nous est restée dans les poèmes qui commencent par : " O Muses^ inspirez-mou.. " Aussi les auteurs d'Alexandrie ne se faisaient-ils pas toujours connaître, et afin de voir mieux apprécier leurs œuvres, ils les attribuaient généralement à un personnage mort ou encore inconnu. Cela se remarquait davantage et faisait alors autant de bruit que le ferait, aujourd'hui, la découverte d'un Rubens ou d'un Breughel ignoré. Supposez un Chatterton, publiant, par exemple, une pièce qu'il attribuerait à Shakspeare. C'est alors que vous entendriez la voix de la presse anglaise retentir jusque sur le continent ! Et pourtant les littératures égyptienne et copte, si elles nous étaient tout à fait connues, nous offriraient des milliers d'exemples semblables. Pourquoi les Evangiles et leô Epîtres, trouvés pour la plupart

LIFRE I. CHAPITRE I. 45

par des " Grecs'' d'Alexandrie ou d'Antioche, feraient-ils dans ce cas, exception à la règle ? Mais il n'y a pas encore lieu d'émettre ici un avis à ce sujet. Poursuivons notre étude.

JE disais que la légende d'Orphée ressemble sous beaucoup de ^^ u^ende rapports à celle de Krshna [le Noir). Il est fort possible, en deKrshna effet, qu'elle soit née en Bactriane et qu'elle ait été importée, à Alexandrie, comme beaucoup d'autres, par des Indous ou des marchands hellènes revenant des Indes ; à moins que ce ne soient des grecs qui l'aient apporté aux Indes, ce qui est moins vraisemblable, vu que la légende de Krshna se retrouve ailleurs, dans le ^^ SVLahâbharata'' sous la forme de celle de Karna, fils de Prithra, fille de Kountibhôja et du Soleil. Ainsi que Moïse, il est caché à sa naissance, puis jeté à la rivière et sauvé. Krshna, comme Phébus, conduit le char du soleil ; il est le protecteur des Pândavas ; il fait des miracles, il change les joncs en massues et est maudit par Gandhâri. Un chasseur lui transperce le talon. ^ Il meurt, monte au ciel et Dvâraka, sa capitale, est engloutie par l'Océan. Dans le " Bhagavata-Pourana ", Vichnou renaît sous l'avatar de Krshna. Il est prédit à Kamsa, ainsi qu'à Hérode, qu'il sera détrôné par un de ses neveux. — D'après A. Heulard, ^ Jean-Baptiste, qui était le premier Christ, était parent d'Hérode. — Krshna eut cette fois pour mère Devaki et son père adoptif fut Vasoudéva. J'analyserai plus loin les ressemblances de sa vie avec celle de Jésus.

Rappelez-vous Paris frappant Achille au même endroit. ^ " Le Mensonge Chrétien ".

Comment \ .

EPENDANT d'où sont soi'ties toutes ces légendes ? Y a-t-il - ^^ chez elles un fond de vérité ou sont-ce simplement des

urent com- ^

posés les mythes ou des symboles inventés par des prêtres ? A la base de

Fédas la littérature sacrée des Indes, nous trouvons les " Védas ",

Le prêtre souvent Comparés aux poèmes orphiques. Les prêtres — chefs

chef de clan de famille ou de clan — sont, tout d'abord, des poètes inter-

prétateurs de la nature. Petit à petit, de génération en

génération, les croyances se transforment. Ignorant les lois

météorologiques et cosmogéniques, le clan attribue ce qu'il ne

peut expliquer à des forces surnaturelles qui prennent des

noms de divinités. Les premiers " Védas " raconteront la

puissance des dieux. Les commentaires formeront leur vie.

Cette vie sera entourée de mystère. Chacun expliquera ensuite

le mystère comme il l'entend et ainsi naîtra la première

Z^/m//z>r^niythologie. ^ La prière est la première forme de la formule

mythologie . ^ a ^ • \ r i • • i •

magique — ou plutôt la première rormule magique devient

La prière^ une prière, — par laquelle l'homme essaye d'obliger le déva

formue ^^'^ invoque, à exécuter son désir. Une de ces formes est

magique ^ ^ '

l'hymne. Une autre, est le sacrifice qui n'est autre chose

qu'un trucage ou échange d'une marchandise contre une autre :

Le Sacrifice — "7^ ^^ dontie ceci^... dieu^ donne-moi cela... en échange''.

^ . Max Muller : " Nouvelles Etudes de Mythologie. " H. Holdenberg : " La Religion du Véda. " Annales du Musée Guimet : Tome VII.

Bibliothèque d^ Etudes du Musée Guimet : Tome I, " Le Rig-Véda ", par Regnaud. ^ Emile Durkheim : " Les Formes élémentaires de la Vie religieuse. " Le Comte Goblet d'Alviella, " Vidée de Dieu d'' après V Anthropologie et PHistoire. " Frazer, " Le Rameau d^Or. "

Arnold van Gennep, " Les Rites de Passage. " — " Religions, Mœurs et Légendes " — " Mythes et Légendes d^ Australie. "

Sorcier Zoulou rendant les soldats de son clan invincibles

46 LIFRE I. CHAPITRE I.

CEPENDANT d'où sont sorties toutes ces légendes ? Y a-t-il chez elles un fond de vérité ou sont-ce simplement des

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posés les mythes ou des symboles inventés par des prêtres? A la base de

Fèdas \2^ littérature sacrée des Indes, nous trouvons les " Védas ",

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chef de dan de famille ou de clan — sont, tout d'abord, des poètes inter-

prétateurs de la nature. Petit à petit, de génération en

génération, les croyances se transforment. Ignorant les lois

météorologiques et cosmogéniques, le clan attribue ce qu'il ne

peut expliquer à des forces surnaturelles qui prennent des

noms de divinités. Les premiers " Védas " raconteront la

puissance des dieux. Les commentaires formeront leur vie.

Cette vie sera entourée de mystère. Chacun expliquera ensuite

le mystère comme il l'entend et ainsi naîtra la première

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magique — ou plutôt la première formule magique devient La prière, une prière, — par laquelle l'homme essaye d'obliger le déva fo-imue q^j'jj invoque, à exécuter son désir. Une de ces formes est

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l'hymne. Une autre, est le sacrifice qui n'est autre chose

qu'un trucage ou échange d'une marchandise contre une autre :

Le Sacrifice — " ^^ ^^ do?me cect,... dieu^ donne-moi cela... en échange''.

' . Max Muller : " Nouvelles Etudes de Mythologie. " H. Holdenberg : " La Religion du Véda. " Annales du Musée Guimet : Tome VIL

Bibliothèque d^ Etudes du Musée Guimet : Tome I, " Le Rig-Vèda''\ par Regnaud. ■ Emile Durkheim : " Les Formes élémentaires de la Vie religieuse. " Le Comte Goblet d'Alviella, " Vidée de Dieu d'' après F Anthropologie et l'Histoire. " Frazer, " Le Rameau d'Or. "

Arnold van Gennep, " Les Rites de Passage. " — " Religions, Mœurs et Légendes " " Mythes et Légendes d' Australie. "

SORCIKR ZûULOU RKNDANT LES SOLDATS DE SON CLAN INVINCIBLKS

mes

jB sorcier

Les cèrèmo- Poui' arriver à se faire écouter d'un être supérieur, il fallait évidemment quelques cérémonies ; les premiers prêtres ne manquèrent pas d'en pratiquer. Le vulgaire croyant que c'était surtout grâce à celles-ci que le dieu devenait favorable, essaya de faire comme le prêtre, mais en ne donnant rien en sacrifice, parce qu'il avait déjà remarqué probablement que les vrais bénéfices de celui-ci allaient toujours au prêtre, tandis que le dieu n'en recevait que l'odeur, la fumée, les entrailles ou le simulacre ; le croyant adopta donc en secret ces rites, fit la concurrence au prêtre et devint ainsi sorcier. Le sorcier, à un moment donné, inspira plus de confiance que le prêtre et le remplaça dans ses fonctions, d'où le prêtre-sorcier. De ces cérémonies, sortirent trois signes élémentaires que l'on retrouve dans tous les rites, le cercle, le triangle et la croix ; à ceux-ci s'ajoutèrent les croisements de mains, les divers gestes des bras, les génuflexions, les inclinations, etc. Beaucoup demandèrent ensuite à connaître les difi^érentes significations de ces signes et leurs Théories propriétés particulières ; il en naquit des théories ésotériques

ésotèriques et . . . . , , ^ ,,,. ,.

exotèriques pour les inities et les prêtres, et des théories exoteriques pour " le vulgaire ". Les prêtres jetèrent ainsi les bases de la théo- LaPhiloso-\og\t^ Qt plus tard les laïques créèrent la philosophie qui ^ déchaîna la lutte entre la " vérité révélée " et la ''''raison ".

Victor Henry, " La Magie dans Pînde Antique ". L. De Milloué, " Le Brahmanisme ".

Bibliothèque de f Ecole des Hautes Etudes : T. XI, " La Doctrine du Sacrijîce dans les Brâhmanas ", par Silvain Lévi.

T. XV. " La Magie Assyrienne " par C. Fossey.

T. XVII, " Tabou et Totémisme " par Arnold Van Gennep.

H. Beuchat, " Manuel d'Archéologie Américaine ".

N de ces théologiens primitifs s'appelait Manou. Il

conçut un vaste projet. Comme Moïse et tant d'autres, il prétendit avoir été en relation avec les dieux et avoir reçu leurs lois. Manou composa le code de la théocratie indienne, , l"f" ^ le '-^ Dharma-Sasù'a''' ^ ^ qui est en même temps l'histoire de la Naîtra genèse du monde. En réalité " éManou " veut dire : ^^ penseur " et cette épithète était déjà depuis longtemps celle qui désignait Agni. A l'époque où furent rédigés les " ^râhmanas ", il fut question de douze " manous " dont sept seraient seulement nés ^^^ ^^P^ jusqu'à présent, ce sont : Svâyambhouva, Svârotchicha, Auttami, Tâmasa, Raivata, Tchâkchouka et Vairvaçvata.

xnous

C'est au temps où cette littérature était dans toute sa splendeur, que naquit le grand philosophe appelé le Bouddha. Probablement, l'histoire du Bouddha, comme celle du Christ, n'est qu'un mythe, ce qui n'a pas empêché " les évangélistes du Bouddha de fixer sa vie à une période déterminée de l'histoire.

" Bouddha " veut dire le " Connaissant " ou " P Illuminé ", " PEveillé '*, " P Inspiré ", " le Sage ", " Qelui qui a compris ". Entre sa mort et le Concile des Sept cents Anciens à Vêsâlî, (vers l'an 380 av. J.-C.) il y aurait eu un siècle. Comme ceux de Jésus, ses discours n'ont pas été copiés de son vivant. On ignore totalement la chronologie des événements de sa vie. Chaque récit commence par " Un jour.... " ou par " En ce

Bouddha

Lois de Manou,^'' (traduction française de Loiseleur-Deslongchamps). 5/i5/w//5^fa^ d'Etudes du Musée Guîmet : Tome II, "Les Lois de Manou, " (traduction de G. Strehly.). Victor Henri, « Les Littératures de Plnde " Georges Frilley, " Vlnde et la Littérature sanscrite. "

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