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Chapitre III, livre I de ses " Antiquités Judaïques

" Les Arméniens ont nommé ce lieu descente ou sortie, et les habitants y

Version de montrent encore, aujourd'hui, quelques restes de l'Arche. Tous les historiens, même

Flavius barbares, parlent du déluge et de l'Arche entre autres Bérose le Chaldéen. Voici ses

Josephe paroles : " 0?i dit que Pon voit encore des restes de P Arche sur la montagne des Gordiens en

Arménie, et quelques-uns rapportent de re lieu des morceaux de bitume, dont elle était enduite,

et s'en servent comme d\in préservatif. Jérôme l'Egyptien, qui a écrit des antiquités des

Phéniciens, Mnazéas et plusieurs autres en parlent aussi ; et Nicolas de Damas dans le

nonante-sixième livre de son histoire en écrit en ces termes \ Il 'j a en Arménie, dans la

province de Miniade, une haute montagne nommée Baris, oîc Pon dit que plusieurs se sauvèrent

durant le déluge ; et qi^une Arche dont les restes ont été conservés pendant plusieurs années et dans

laquelle un homme s'était enfermé, s'arrêta sur le sommet de cette montagne. Il y a de P apparence

que cet homme soit celui dont parle Moi se le législateur des Juifs. "

LIFRE I. CHAPITRE IL 93

" étrangers " et auxquels il était défendu de croire pour des raisons politiques ; ceci, afin de bien séparer " l'esprit de la race " de " l'esprit des races voisines. " Ce Dieu, disait-on, avait donné ses lois, sur le Mont Sinaï, à Moïse. — Moïse devint ainsi le Manou des Israélites.

Primitivement, croyait-on, on avait adoré ^^ P Unique^' en Egypte, mais comme on avait oublié son nom, on lui donna celui de " En-lir' qui devint " Eloha " ; ^ quant à " Adonaï, " ^ linguistiquement ce n'est qu'une transformation du dieu phénicien ^^ Adonis '' \ pour ce qui regarde ^^ Tahvé '' "^ il n'y a ici peut-être qu'une évolution du nom d'"£^". Comme ces trois dieux gênaient l'unité et risquaient de former trois cultes différents, on décréta que ces trois dieux — Seigneurs — ne seraient plus désignés que sous le pluriel de " Eloha^ " soit " Elohim. Ainsi : " Au commencement Elohim créa les cieux et la

terre " La phrase de la Genèse: " Faisons l'homme à notre

image," (1.26) trahit également l'adaptation à un milieu nouveau. Il ne faut pas oublier non plus que les Israélites à leur retour de Babylone, n'avaient pas apporté le texte babylonien avec eux, ils en avaient tout simplement gardé le récit dans leur mémoire. Ainsi le premier scribe juif qui écrivit l'histoire du déluge, n'en put rapporter que ce qu'il en connaissait. A

^ En-lil = Bel = le Seigneur, " En-te-me-na " = le Père des dieux. " Bel " se transforma en " Baal '' que l'on sait avoir été adoré par les Hébreux.

^ Ce mot prit également le sens de " Seigneur ".

^ Ce nom était d'ailleurs " tabou " et ne pouvait se prononcer qu'une fois l'an, par le grand prêtre. Ea était " la Demeure du Savoir, " le " Seigneur de l'Hîimmnté. " Celui qui avait fait l'homme, motif pour lequel on l'appelait encore " k grand Potier. " Ea était aussi le " Seigneur de la Terre. " Hammourabi en fait " la grande Epouse du Seigneur. '^ Cette troisième personne devint " Sophia" et finalement '■'• V Esprit-Saint'''' . Voilà peut-être aussi l'origine de la Trinité chrétienne.

cette version de nouveaux copistes, se croyant mieux renseignés, ajoutèrent quelques interpolations, jusqu'au jour où le texte fut enfin considéré comme définitif.

Origine 1 A'ou est sortic Cette légende? Jusqu'à présent on a cru à supposée de \J ^ne inondation due à l'une ou l'autre cause naturelle. du déluge ^^ lecture de la version chaldéenne me fait croire cependant à une tout autre origine. Ces dieux, dont il est ici question, ne sont autres que des princes primitifs. Un de ces princes voulant se débarrasser d'un rival, lui aurait conseillé par l'intermédiaire de son grand prêtre, de se faire un bateau, de préparer tout ce qu'il fallait pour déguerpir, parce que les dieux avaient décidé de noyer toute l'humanité. De ce temps, les rois étaient aussi crédules qu'aujourd'hui, et ne voulant pas périr, celui-ci aurait jugé bon de suivre les conseils qui lui étaient donnés confidentiellement par le mage bien informé. Le bateau est poussé à la mer, et au premier orage qui se déchaîne le voilà voguant sur la mer durant la saison des pluies. Finalement il aborde en Arménie. Tous les autres commentaires qui l'entourent ne sont en réalité que de la littérature. Ceci n'est qu'une hypothèse.

Rapports Les rapports entre les difi-erentes versions existantes sont à

entre les pç^ pj-^S CeUX-ci :

différentes versions Version Version Version

Egyptienne Chaldéenne Indoue

Version Version Version

grecque phénicienne du

to

Zend-Avesta

Versions des Habiris

LIFRE I. CHAPITRE H. 95

Version des Habiris Emtgrants-}léh\-Q\xx Version Elohiste Version Jéhoviste

Version des Septante.

Version de la Vulgate.

Mon but n'est pas d'exposer ici à quelle période de l'histoire ces légendes ont eu une influence l'une sur l'autre. Cela serait d'ailleurs assez difficile à établir, attendu que nous n'avons plus les récits originaux et que même si nous les possédions, nous n'aurions encore dans ce cas que des versions écrites d'après des légendes qui existaient peut-être déjà depuis bien longtemps, à moins qu'elles n'aient été inventées de toutes pièces par l'un ou l'autre scribe.

Mon dessein est simplement de montrer ici la liaison et les relations existantes entre les différentes versions, ce qui forme un argument bien plus positif qu'une simple affirmation, très souvent non vérifiable.

Les ressemblances de fond entre ces récits sont indéniables.

Le dragon Tiamat de la version babylonienne ne se i:etrouve- ^^ drason t-il pas ailleurs au psaume 74 et n'y voyons-nous pas aussi une Tiamat et le allusion aux dieux amphibies; on y lit, en effet, aux versets ^^^^^^^^^ 13 et 14:

Tu as fendu la mer par ta force, tu as cassé la tête des haleines (F) sur les eaux.

Tu as brisé les têtes du Léviathan^ tu l'as donné pour pâture au peuple des habitants des déserts.

La Défaite 1 "V ANS le " Rîg Véda " (1.32) nous trouvons un récit ana-

de Vrtra J^ j^ ^^.^ |^g détaillé :

d aprh le -"-^^ & r

Je veux publier les exploits d'Indra, les premiers qu'il accomplit armé de la foudre : il a frappé le serpent, il a frayé la route des eaux, il a fendu le ventre des montagnes.

// a frappé le serpent qui gisait sur la montagne. Pour lui Tvashtar a forgé la foudre qui bruit. Comme des vaches mugissantes, les eaux se sont hâtées, tout droit elles sont descendues à la mer.

Comme un taureau assoiffé, il a souhaité le soma, et il a bu le pressage aux trois cuves. Il a saisi le javelot, le foudre, lui qui dispense les trésors, // a frappé le premier-né des serpents.

Quand tu le frappas, ô \nàv?i, le premier-né des serpents, quand tu anéantis les artifices de V artificieux, créant le soleil, le ciel et l'aurore, alors en vérité, tu ne trouvas point d'ennemis.

Vrtra, le malin Vrtra, le Vyamsa, Indra l'a frappé du foudre arme formidable : comme des ramures coupées à la cognée, le serpent gît étendu a terre.

Comme un avorton ivre, Vrtra défiait au combat le grand héros, le guerrier robuste et fougueux. Il n'a pas tenu contre le choc de ses armes : // a été fracassé, il a été broyé, lui P ennemi d'Indra.

Sans pieds, sans mains, il avait osé combattre Indra. Le dieu lui lança le foudre dans les reins. Eunuque qui se mesurait au taureau, Vrtra fut gisant sur place, brisé en mille pièces.

Il fut gisant comme roseaux broyés, par-dessus son corps passent les eaux, accomplissant leur vouloir. Elles que Vrtra avait enveloppées de sa grandeur, voilà que le serpent gisait à leurs pieds.

La vie la quitta aussi, celle qui avait enfanté Vrtra ; du haut en bas Indra la frappa de son arme. Au-dessus gisait la mère : au-dessous, le fils : Danou était couchée là comme une vache avec son veau.

Au milieu des courants, qui ne connaissent ni trêve ni repos, son corps est étendu : les eaux traversent de Vrtra les organes les plus secrets : il a plongé aux ténèbres éternelles, lui l'ennemi d'Indra.

Devenues les épouses du barbare, les eaux gardées par le serpent, demeuraient enfermées dans leur prison, comme les vaches chez le Pani. L'orifice des eaux qui était obstrué, il l'ouvrit, celui qui frappa Vrtra.

Tu fus là une queue de cheval ^, 6 Indra, alors que le dieu unique te frappa sur l'arme. Tu conquis les vaches, ô héros, tu conquis le soma ; tu lâchas dans leur lit les sept rivières.

Eclair ni tonnerre ne lui ont de rien servi, ni le brouillard ni la grêle qu'il avait suscité. Quand Indra et le serpent combattirent, le dispensateur des trésors remporta la victoire pour le présent et les temps à venir.

Quel vengeur du serpent as-tu donc vu, ô Indra, pour que la crainte ait ému ton cœur après le meurtre, pour que tu te sois enfui par delà les nonante-sept rivières, comme un aigle épouvanté à travers l'espace ?

Celui dont le bras porte le foudre, Indra, est roi de tout ce qui va et de tout ce qui repose, de ce qui est cornu et de ce qui est sans cornes. Roi, il gouverne les peuples. Comme la jante les rais, il tient tout embrassé ^.

Il n'y a pas à en douter, les légendes de Shou, Satan, Légendes Léviathan, Tiamat, Vrtra ont été puisées à une même source. ^""^"^"'^^

■^ même source

^ Queue de cheval : " Sayana ". En Orient on chasse les mouches avec une queue de cheval. On sait que Belzébuth (Baal-zebub : dieu des mouches) était un démon fort ancien d'origine chaldéenne. Son nom vient d'ailleurs de " Bel " dont on a fait •* Baal ". Peut-être y a-t-il ici une autre origine qui fait que Léviathan et Belzébuth ont été souvent confondus et représentés sous l'aspect d'un serpent ou dragon.

^ H. Oldenberg, " La Religion du Véda. " (Trad. de Victor Henri). 7

Ailleurs nous avons la lutte d'Indra contre les Dasas, Asuras, dévas, fils d'Asura, Astaroth, les démons ou diabolos, diables, c'est-à-dire les mauvais esprits ou " esprits des ténèbres ". Partout nous retrouvons le mythe du Soleil, du jour, de la lumière, du bien contre la nuit, l'enfer et le mal; de la vérité contre le mensonge. Mais ne nous arrêtons pas et n'entrons pas dans trop de détails afin de ne pas nous égarer. Revenons donc à la création du monde que nous avons abandonnée et sur laquelle il reste encore beaucoup à dire.

Les versions de la création du monde qui nous sont données par la littérature ancienne de l'Inde, ont des variantes et des ressemblances avec celles des autres peuples.

LaCrèatîon 1 AÉJA l'hymne 129 du 10^ livre du " Rig-Véda " nous fait

a'aprh le J^y savoir que :

Rig-Véda ^

Le Tout, c'est-à-dire l'immensité des eaux, était recouvert de ténèbres.

Ensuite naquirent la nuit et la mer agitée. La mer agitée engendra le Temps qui détermina la durée des jours et des nuits, le Temps qui régit tout ce qui frappe la vue. Le Créateur créa l'un après l'autre, le soleil et la lune, le ciel et la terre, l'atmosphère et la zone réservée à l'éther.

CELA ressemble incontestablement à la version grecque, et dans le Temps, nous reconnaissons facilement Saturne ;

grecque . . '

malheureusement la fantaisie des poètes a tant embrouillé la version primitive, qu'il n'est plus possible de faire la lumière sur ce qui sortit du Chaos, pour comparer l'ordre des faits

LIFRE I. CHAPITRE IL 99

de la version grecque avec celui de la version indoue. Hésiode nous a laissé dans sa " Théogonie " une version où l'on sent l'origine védique ; celle-ci a passé par la Chaldée et la Phénicie. On pourra s'en rendre mieux compte en comparant les récits des luttes entre Indra et Vrtra, entre Apsou et Tiamat avec celui de la lutte entre Jupiter et le géant Typhée, .que voici :

Lorsque Jupiter eut chassé du ciel les Titans, la vaste Terre, La chute de s'unissant au Tartare, grâce à Vénus à la parure d'or, engendra Typhée Typhée, le dernier de ses enfants : les vigoureuses mains de ce dieu travaillaient sans relâche et ses pieds étaient infatigables ; sur ses épaules se dressaient les cent têtes d'un horrible dragon, et chacune dardait une langue noire ; des yeux qui armaient ces monstrueuses têtes, jaillissaient une flamme étincelante à travers leurs sourcils ; toutes hideuses à voir, proféraient mille sons inexplicables et quelquefois si aigus que les dieux mêmes pouvaient y entendre, tantôt la mugissante voix d'un taureau •sauvage et indompté, tantôt le rugissement d'un lion au cœur farouche, souvent, ô prodige ! les aboiements d'un chien ou des clameurs perçantes dont retentissaient les hautes montagnes. Sans doute le jour de la naissance de Typhée aurait été témoin d'un malheur inévitable ; il aurait usurpé l'empire sur les hommes et sur les dieux si leur pire souverain n'eût tout à coup deviné ses projets. Jupiter lança avec force son rapide tonnerre qui fit retentir horriblement toute la terre, le ciel élevé, la mer, les flots de l'océan et les abîmes les plus profonds. Quand le roi des dieux se leva, le grand Olympe chancela sous ses pieds immortels ; et la terre gémit. La sombre mer fut envahie à la fois par le tonnerre et par la foudre, par le feu que vomissait le monstre, par les tourbillons des vents enflammés et par les éclairs au loin resplendissant. Partout bouillonnait la terre, le ciel et la mer ;

loo LIFRE I. CHAPITRE IL

SOUS le choc des célestes rivaux, les vastes flots se brisaient contre leurs rivages ; un irrésistible ébranlement secouait l'univers. Le dieu qui règne sur les morts des enfers, Pluton, s'épouvanta, et les Titans, renfermés dans le Tartare autour de Saturne, frissonnèrent en écoutant ce bruit interminable et ce terrible combat. Enfin Jupiter, rassemblant toutes ses forces, s'arma de sa foudre, de ses éclairs et de son tonnerre étincelant, s'élança du haut de l'Olympe sur Typhée, le frappa et réduisit en poudre les énormes

Jupiter foudroyant les géants {D'après une pierre graduée du Musée de Naples)

têtes de ce monstre eflfrayant qui, vaincu par ses coups redoublés,, tomba mutilé, et dans sa chute fit retentir la terre immense. La flamme s'échappait du corps de ce géant foudroyé dans les gorges d'un mont escarpé et couvert d'épaisses forêts. La vaste terre brûlait partout enveloppée d'une immense vapeur ; elle se consumait, comme l'étain échaufi^é par les soins des jeunes

LIFRE I. CHAPITRE II. loi

forgerons dans une fournaise à la large ouverture, ou comme le fer le plus solide des métaux, dompté par le feu dévorant dans les profondeurs d'une montagne, lorsque Vulcain, sur la terre sacrée le travaille de ses habiles mains : ainsi la terre fondait, embrasée par la flamme étincelante. Jupiter plongea avec douleur Typhée dans le vaste Tartare.

oici maintenant comment Hésiode dans le même Le Comba ouvrage rapporte le Combat des Titans :

Un grand combat s'engagea entre tous les dieux et toutes les déesses, entre les Titans et les enfants de Saturne que Jupiter tira des abîmes souterrains de l'Erèbe, pour les rappeler à la lumière ; armée formidable, puissante, douée d'une force prodigieuse. Ces guerriers avaient, chacun cent bras ^ qui s'élançaient de leurs épaules, et cinquante têtes, attachées à leur dos, planaient :sur leurs membres robustes. Opposés aux Titans dans cette guerre désastreuse, tous portaient dans leurs fortes mains d'énormes Tochers. De l'autre côté, les Titans, pleins d'ardeur, affermissaient leurs phalanges. Les deux partis déployaient leur audace et la vigueur de leurs bras. Un horrible fracas retentit sur la mer immense. La terre poussa de longs mugissements ; le vaste ciel gémit au loin ébranlé, et tout le grand Olympe trembla, secoué jusqu'en ses fondements par le choc des célestes armées. Le ténébreux Tartare entendit parvenir dans ses abîmes l'épouvantable bruit de la marche des dieux, de leurs tumultueux efforts et de leurs coups violents. Ainsi les deux troupes ennemies lançaient l'une sur l'autre, mille traits douloureux ; tandis que chacune s'encourageait à l'envi, leurs clameurs montaient jusqu'au ciel étoile et de grands cris retentissaient dans cette mêlée terrible.

^ Ces cent bras et cinquante têtes n'ont rien d'hellénique, l'influence indoue ou /aryenne est manifeste.

Alors Jupiter n'enchaîna plus son courage ; son âme se remplit soudain d'une bouillante ardeur, et il déploya sa force tout entière. S'élançant des hauteurs du ciel et de l'Olympe, il s'avançait armé de feux étincelants ; les foudres, rapidement jetées par^ sa main vigoureuse, volaient au milieu du tonnerre et des éclairs, redoublés et roulaient au loin une divine flamme. La terre fécondemugissait partout consumée et les vastes forêts pétillaient dans, ce grand incendie. Le monde s'embrasait ; on voyait bouillonnerles flots de l'Océan et la mer stérile. Une brûlante vapeur enve-. loppait les Titans terrestres; la flamme immense s'élevait dans ; l'air céleste, et les yeux des plus braves guerriers étaient aveuglés ; par l'éblouissant éclat de la foudre et du tonnerre. Le vaste • incendie envahit le chaos. Les regards semblaient voir, les oreilles, semblaient entendre encore ce désordre qui agita le monde dans., ces temps oii la terre et le ciel élevé s'entre-choquaient avec un;, épouvantable fracas, lorsque la terre allait périr et que le cieli cherchait à la détruire en l'écrasant, tant ces dieux rivaux faisaient;partout retentir un belliqueux tumulte.

Tous les vents déchaînant leur rage, soulevaient des tourbillons^ de poussière, mêlés au tonnerre, aux éclairs et à l'ardente foudre,, traits enflammés du grand Jupiter ; ils répandaient au milieu des,, deux armées le bruit et les clameurs. Cette effroyable lutte continuait avec un fracas immense. Partout se déployait une égale vigueur. La victoire se déclara enfin. Jusqu'alors, l'un et l'autre partis en s'attaquant, avaient montré le même courage dans- cette violente bataille : mais habiles à soutenir au premier rang un combat acharné, Cottus, Briarée et Gygès, insatiables de.- carnage,^ de leurs mains vigoureuses lancèrent coup sur coup trois cents, rochers, ombragèrent les Titans d'une nuée de flèches, et, vainqueurs de ces superbes ennemis, les précipitèrent tout chargés de douloureuses chaînes sous les abîmes de la terre aux. larges flancs,.^ aussi loin que le ciel s'élève au-dessus de la terre.

Cette lutte se retrouve dans la mythologie chrétienne sous La Chute la forme du récit de la chute des mauvais anges. des mauvais

Lorsque les Grecs apprirent à connaître la mythologie Géhenne et égyptienne, ils confondirent Typhée ou Typhon avec Shou ou -^«'"^«^^ Seth ; et lorsque les chrétiens d'Alexandrie vinrent en Grèce, ils prirent le Tartare pour la Géhenne qui en réalité n'était pas ce qu'on croyaient. Le même fait se produisit avec les Grecs qui s'étant rendus à Alexandrie, s'y convertirent au Christianisme.

Voici comment se forma cette conception nouvelle.

Les anciens Egyptiens croyaient que l'Enfer, le " Tuàou " était un lieu sous la terre.

Les anciens Hébreux ne connaissaient que le ^^ SchéoV\ endroit souterrain, où allaient se reposer pour l'éternité les bons comme les méchants. Les auteurs de la ''^ Septante^' — ils étaient septante Juifs, plus grecs que juifs, — ayant parlé " du feu de la Géhenne " les nouveaux commentateurs crurent qu'il s'agissait de l'enfer d'après la conception greco-égyptienne d'Alexandrie, alors qu'en réalité, la " Géhenne " signifiait : " Gué-ben-Hinnon ", c'est-à-dire : la " Vallée du Fils de Hinnon,'' une vallée située au sud-ouest de Jérusalem, où les Cananéens brûlaient les enfants devant la statue de Moloch et où le roi Josias, ayant brisé l'idole, décréta que cette plaine devait être maudite.

Ce furent surtout l'imposteur inconnu qui composa le '■'Livre d'Hénoch " et les prophètes qui causèrent cette confusion.

Dans la " 'Pistis Sophia " nous trouvons l'enfer divisé en douze parties et en un grand nombre d'archons. Le Christianisme, comme les autres religions qui l'avaient précédées,

I04 LIFRE I. CHAPITRE IL

adopta en partie les croyances des religions existant avant lui et c'est ainsi que la Géhenne devint, pour les Chrétiens, le Tartare des Grecs avec ses flammes, ses chaudières et ses lacs de feu éthiopiens.

Et maintenant que nous nous sommes de nouveau égarés revenons à la création du monde selon les Indous.

La Création I 1

selon la JL^ANS la " Chândôgyd-JJpanishad (III, 19, I) on peut lire :"

Chândôgya-

Upanishad L'œuf s'ouvrit. Les deux moitiés étaient l'une d'argent, l'autre

d'or. La moitié d'argent devint cette terre ; celle d'or, le ciel ; l'épaisse membrane, l'obscurité des nuages ; les petites veines, devinrent les rivières ; la partie liquide, la mer. Et ce qui en naquit fut le soleil. ^

La Création 1 ^ selon le B Ë

ANS le '■^ Kalévala"", l'Edda finlandaise, nous trouvons :

Kalévala

La moitié inférieure de l'œuf sera l'hémisphère terrestre ; la partie supérieure de l'œuf deviendra la voûte du ciel ; tout ce qui est blanc dans l'œuf brillera comme le soleil dans le ciel ; tout ce qui est jaune dans l'œuf, luira doucement comme la lune. Les autres parties de l'œuf deviendront les astres des cieux. ^

LaCréationir Toici maintenant comment Manou raconte la création du

ujl/^ ^ y monde, d'après le " ^Manava-Dharma-Sastra " (Chap.

Dharma- I, V. 5 et suivants :) Sastra''^

^ Mac Muller, '' Nouvelle! Etudes de Mythologie. " ^ Idem.

LIFRE I. CHAPITRE II. 105

Ce inonde était plongé dans l'obscurité; imperceptible, dépourvu de tout attribut distinctif, ne pouvant ni être découvert par le raisonnement, ni être révélé, il semblait entièrement livré au

sommeil.

Quand la Pralaya {la durée de la dissolution) fut à son terme, alors le Seigneur existant par lui-même et qui n'est pas à la portée des sens externes, rendant perceptible ce monde avec les cinq éléments et les autres principes, resplendissant de l'éclat le plus pur, parut et dissipa l'obscurité, c'est-à-dire développa Prakriti (la 'Nature).

ViCHNOU Narayana Statue de basalte ?ioir. {Musée Guimet)

Celui que l'esprit seul peut percevoir, qui échappe aux organes des sens, qui est sans parties visibles, éternel, l'âme de tous les êtres, que nul ne peut comprendre, déploya sa propre splendeur.

Ayant résolu dans sa pensée, de faire émaner de sa substance les diverses créatures, il produisit d'abord les eaux dans lesquelles il déposa un germe.

Ce germe devint un œuf brillant comme l'or, aussi éclatant que l'astre aux mille rayons, et dans lequel l'Etre suprême naquit lui-même sous la forme de Brahmâ, l'aïeul de tous les êtres.

Les eaux ont été appelées Nârâs^ parce qu'elles étaient la

io6 LIVRE I. CHAPITRE II.

production de l'esprit divin Nârâ ; ces eaux ayant été le premier lieu de mouvement (ayana) de Nârâ, il a en conséquence été nommé " Celui qui se meut sur les eaux : " Nârâyana.

Par ce qui est, par la cause imperceptible, éternelle qui existe réellement et n'existe pas pour les organes, a été produit Pouroucha^ ce divin mâle célèbre dans le monde sous le nom de Brahmâ.

Après avoir demeuré dans cet œuf une année de Brahmâ, ^ le Seigneur par sa seule pensée, sépara cet œuf en deux parts :

Et de ces deux parts, il forma le ciel et la terre ; au milieu, il plaça l'atmosphère, les huit régions célestes, et le réservoir permanent des eaux.

11 exprima le Paramâtmâ, âme de l'univers, le Manas, c'est-àdire le sentiment qui existe par sa nature et n'existe pas pour les organes des sens ; et avant la production du Manas, l'Ahankara, c'est-à-dire " le moi " moniteur et souverain maître.

Et avant le sentiment et la conscience, il produisit le grand principe intellectuel, Mahat, appelé encore Bouddhi^ et tout ce qui reçoit les trois qualités, et les cinq organes de l'intelligence destinés à percevoir les objets extérieurs, et les cinq organes de l'action, et les rudiments (Tanmâtras) des cinq éléments.

Ayant uni les molécules imperceptibles émanées de ces six principes doués d'une grande énergie, savoir, les rudiments subtils des cinq éléments et la conscience, à des particules de ces mêmes principes, transformés et devenus les éléments et les sens, alors il forma tous les êtres.

Et parce que les six molécules imperceptibles émanées de la substance de cet Etre suprême, savoir, les rudiments subtils des cinq éléments et la conscience, pour prendre une forme, se joignent à ces éléments et à ces organes des sens ; à cause de

' On sait qu'un ^^ jour de Brakmà'^ équivant à 4.320.000,000 années humaines de 360 jours.

LIFRE I. CHAPITRE IL 107

cela, les sages ont désigné la forme visible de Dieu sous le nom de Sarira (qui reçoit les six molécules).

Les éléments y pénétrèrent avec des fonctions qui leur sont propres, ainsi que le sentiment (Manas) source inépuisable des êtres, avec des attributs infiniment subtils.

Au moyen des particules subtiles, et pourvu d'une forme de ces sept principes (Pourouchas) doués d'une grande énergie, l'intelligence, la conscience, et les rudiments subtils des cinq éléments, a été formé ce périssable univers, émanation de l'impérissable source.

Chacun de ces éléments acquiert la qualité de celui qui le précède, de sorte que, plus un élément est éloigné dans la série, plus il a de qualités.

L'Etre suprême assigna aussi, dès le principe, à chaque créature en particulier, un nom, des actes, et une manière de vivre, d'après les paroles du Véda.

Le souverain Maître produisit une multitude de Dévas (dieux) essentiellement agissants, doués d'une âme, et une troupe invisible de Sâdhyas (génies) et le sacrifice institué dès le commencement.

Du feu, de l'air et du soleil, il exprima pour l'accomplissement du sacrifice, les trois Védas éternels, nommés Ritch, Yadjous Sâma.

Il créa le temps et les divisions du temps, les constellations, les planètes, les fleuves, les mers, les montagnes, les plaines, les terrains inégaux.

La dévotion austère, la parole, la volupté, le désir, la colère, et cette création, car il voulait donner l'existence à tous les êtres.

Pour établir une diiférence entre les actions, il distingua le juste et l'injuste, et soumit ces créatures sensibles au plaisir et à la peine, et aux autres conditions opposées.

Avec des particules (mâtrâs) ténues des cinq éléments subtils, et qui sont périssables à l'état d'éléments grossiers, tout ce qui existe a été formé successivement.

io8 LIFRE I. CHAPITRE II.

Lorsque le souverain Maître a destiné d'abord tel ou tel être animé à une occupation quelconque, cet être l'accomplit de luimême, toutes les fois qu'il revient au monde.

Quelle que soit la qualité qu'il ait donnée en partage au moment de la création, la méchanceté ou la bonté, la douleur ou la rudesse, la vertu ou le vice, la véracité ou la fausseté, cette qualité vient le retrouver spontanément dans les naissances qui suivent.

De même que les saisons, dans leur retour périodique, reprennent naturellement leurs attributs spéciaux, de même les créatures animées reprennent les occupations qui leur sont propres.

Cependant pour la propagation de la race humaine, de sa bouche et de son bras, de sa cuisse et de son pied, il produisit le Brahmane, le Kchatriya, le Vaisya et le Soûdra.

Ayant divisé son corps en deux parties, le souverain Maître devint moitié mâle, moitié femelle, et, en s'unissant à cette partie femelle, il engendra Virâdj.

Apprenez, nobles Brahmanes, que celui que le divin mâle, appelé Virâdj, a produit de lui-même, en se livrant à une dévotion austère, c'est moi, Manou, le créateur de tout cet univers.

C'est moi, qui désirant donner naissance au genre humain, après avoir pratiqué les plus pénibles austérités ai produit d'abord dix Maharchis (saints éminents), seigneurs des Pradjâpatis, (créatures) savoir :

Marîtchi, Atri, Angiras, Poulastya, Poulaha, Kraton, Prachétas ou Dakcha^ Vasichtha, Bhrigou et Nârada.

Ces êtres tout-puissants créèrent sept autres Manous, les Dévas et leurs demeures, et les Maharchis doués d'un immense pouvoir ;

Ils créèrent les Yakchas (gnomes), les Râkchasas (géants), les Pisâtchas, (vampires), les Gandharbas (musiciens célestes), les

LIFRE I. CHAPITRE IL 109

Apsarases (nymphes), les Asouras (titans), les Nagas (dragons), les Sarpas (serpents), les Souparnas (oiseaux), les Pitris (dieux totémiques : ancêtres) des différentes tribus.

Les éclairs, la foudre, les nuages, les arcs colorés d'Indra, les météores, les ouragans, les comètes et les étoiles de diverses grandeurs ;

Des Kinnaras, ^ les singes, les poissons, les différentes espèces d'oiseaux, le bétail, les bêtes sauvages, les hommes, les animaux carnassiers pourvus d'une double rangée de dents ;

Les vermisseaux, les vers, les sauterelles, les poux, les mouches, les punaises, et toute espèce de moustiques piquants ; enfin les différents corps privés du mouvement.

Ce fut ainsi que d'après mon ordre ces magnanimes sages créèrent, par le pouvoir de leur austérité, tout cet assemblage d'êtres mobiles et immobiles, en se réglant sur leurs actions. ^

Ce chapitre est des plus instructif, et montre comment les législateurs religieux allaient parfois jusqu'à composer de véritables systèmes philosophiques, en les attribuant à des auteurs qui n'étaient autres qu'eux-mêmes.

VOICI maintenant un chapitre du Livre II de " P Aitarêya^^^^^^!!°^^ A'rariyaka " montrant l'évolution' de la même version rêyaA'ran dans le même pays. ^ y^k<^

' Musiciens attachés au service de Kouvéra, dieu des richesses et qui ont une tête de cheval.

' Lois de Manou, traduction de Loiseleur-Deslonchamps. — Comparez aussi ce chapitre avec les difFérentes théories des gnostiques, dont l'analogie est frappante.

^ " UJitarêya J^ran'yaka " fait partie du " Rig Vèda " et comprend 18 chapitres divisés en 5 livres {A^rmt^yaka). Le chapitre II en comprend 7. Son titre ^'^ Aitareya (Uran'ya " lui vient du nom du " sage " Aitarêyâ qui l'aurait récité le premier.

iio LIVRE I. CHAPITRE II.

Originairement ceci n'était qu'âme ;' rien n'existait d'actif. Il eut cette pensée : Je veux créer des mondes ; c'est ainsi qu'il créa ces éléments : l'eau, la lumière, les mortels et les eaux. Cette eau est au-dessus du ciel, que le ciel soutient ; l'atmosphère contient la lumière ; la terre est mortelle ; et les régions au- dessous sont les âpas (eaux).

11 eut cette pensée : Voilà donc des mondes : je veux créer des gardiens des mondes. Ainsi il tira des eaux et forma un être revêtu d'un corps, Paroucha. Il le vit, et de cet être ainsi contemplé, la bouche s'ouvrit comme un œuf ; de la bouche sortit la parole ; de la parole procéda le feu. Les narines s'étendirent ; par les narines le souffle de la respiration passa ; par le souffle de la respiration l'air fut propagé. Les yeux s'ouvrirent, des yeux sortit un rayon lumineux ; de ce rayon lumineux fut produit le soleil. Les oreilles se dilatèrent ; de ces oreilles vint l'ouïe ; de l'ouïe, les régions de l'espace. La peau s'étendit ; de la peau sortit le poil ; du poil furent produits les herbes et les arbres. La poitrine s'ouvrit ; de la poitrine procéda l'esprit, et de l'esprit la lune. Le nombril s'épanouit ; du nombril vint la déglutition ; de celle-ci, la mort. L'organe de la génération apparut ; de cet organe s'écoula la semence productive ; de là les eaux tirent leur origine.

Ces déités étant ainsi formées, tombèrent dans ce vaste océan ; et elles vinrent à lui avec soif et faim, et elles s'adressèrent ainsi à lui : " Accorde-nous une dimension moindre dans laquelle dimension habitant, nous puissions manger des aliments.

Il leur offrit la forme d'une vache : elles dirent ce n'est pas suffisant pour nous. Il leur montra la forme humaine : elles s'écrièrent : "Très bien ! Ah ! admirable 1 C'est pourquoi l'homme seul est bien formé. "

Il leur fit occuper leurs places respectives. Le feu devenant la parole, entra dans la bouche ; l'air devenant le souffle, pénétra dans les narines. Le soleil devenant vue, pénétra dans les yeux ;

l'espace devint ouïe, et occupa les oreilles. Les herbes et les arbres devinrent les cheveux et les poils, et remplirent la peau. La lune devenant l'esprit, entra dans la poitrine. La mort devenant la déglutition, pénétra par le nombril ; et l'eau devint la semence productive et occupa l'organe de la génération.

La faim et la soif s'adressèrent à lui en disant : Assigne-nous nos places. 11 répliqua : " Je vous distribue parmi les déités ; et je vous fais participer à leur puissance. " C'est pour cela que, à quelque déité que ce soit qu'une oblation soit offerte, la faim et la soif y ont leur part.

11 fit cette réflexion : Ce sont là des mondes et des gouverneurs de mondes ; pour eux, je donnerai une forme à l'aliment. Il observa les eaux ; des eaux ainsi contemplées, la forme sortit ; et l'aliment est la forme qui fut ainsi produite.

Étant ainsi formé, il se détourna et chercha à fuir. L'homme primordial s'efforça de le saisir par la parole, mais il ne put l'atteindre par sa voix ; l'eût-il saisi par la voix ; la faim eût été satisfaite en nommant l'aliment. Il tenta de l'atteindre par son souffle, mais il ne put le respirer par insufflation ; l'eût-il atteint par son souffle, la faim eût été satisfaite en odorant l'aliment. Il chercha de l'atteindre par un coup d'œil, mais il ne put le surprendre par un regard ; l'eût-il saisi par la vue, la faim eût été satisfaite en voyant l'aliment. Il chercha à le saisir par l'ouïe, mais il ne put le saisir en l'écoutant ; l'eût-il saisi en l'écoutant, la faim eût été satisfaite en écoutant Vdliment. Il s'efforça de le saisir par sa peau, mais il ne put le retenir par son toucher ; l'eût-il saisi par son contact, la faim eût été satisfaite en touchant l'aliment. Il désira l'atteindre par l'esprit, mais il ne put y parvenir par la pensée ; l'eût-il atteint par la pensée, la faim eût été satisfaite en méditant sur l'aliment. Il essaya de le saisir par l'organe de la génération, mais il ne put le tenir ainsi ; l'eût-il tenu ainsi, la faim eût été satisfaite par émission.

Enfin il tâcha de l'atteindre par la déglutition, et ainsi il

l'avala ; cet air qui est ainsi attiré à l'intérieur, saisit l'aliment ; et cet air véritable est le lien de la vie.

L'àme universelle se fit cette réflexion : " Comment ce corps pourrait-il exister sans moi ?" — Elle considéra par quelle extrémité elle pourrait pénétrer. Elle se dit : " Si la parole s'articule,'le souffle s'exhale et la vue voit ; si l'ouïe entend, la peau sent et l'esprit réfléchit ; si la déglutition avale et l'organe de la génération remplit ses fonctions, alors que suis-je ? "

Séparant la suture du crâne, elle pénétra par sa voie. Cette ouverture est appelée la suture du crâne et elle est le chemin qui mène à la béatitude.

Les places de récréation de cette âme sont au nombre de trois, et les modes de sommeil aussi nombreux. Cet œil droit est un lieu de récréation, ce gosier est un séjour de joie, ce cœur est une région de délices.

Ainsi née, elle distingua les éléments, remarquant : De quel autre puis-je ici afl[irmer l'existence ; et elle contempla ce Paroucha pensant, le grand Brahmâ étendu, s'écriant : C'est lui que j'ai vu 1 C'est pourquoi c'est lui qui est nommé Idamdra (Ce-Voyant) : Idamdra est donc son nom, et lui, étant ce voyant, ils l'appellent par une dénomination éloignée : Indra ; car les dieux se plaisent généralement dans le mystère de leur nom. Les dieux se plaisent dans le mystère.

Ce vivant principe est d'abord dans l'homme un foetus, ou une semence productive, qui est l'essence extraite de tous les membres du corps ; ainsi l'homme se nourrit lui-même de luimême ; mais quand il émet sa semence productive dans la femme, il procrée ce foetus ; et telle est sa première naissance.

Le foetus devient identifié avec la femme ; et étant ainsi identifié avec elle, comme s'il était son propre corps, il ne la détruit pas. Elle chérit, caresse son lui-même reçu dans son sein ; et comme elle le nourrit, elle doit être chérie par lui. La femme nourrit ce foetus : mais lui aima antérieurement l'enfant, et

plus tard il en fit de même après sa naissance. Puisqu'il entretient, ' qu'il soutient l'enfant avant et après sa naissance, il s'aime luimême ; et cela pour la perpétuelle succession des personnes ; car c'est ainsi que ces personnes sont perpétuées. Telle est sa seconde naissance.

Ce second lui-même devient son représentant dans les saints actes ; et cet autre lui-même ayant rempli ses obligations et complété ses périodes de vie, meurt. Parti de ce monde, il renaît de nouveau sous quelque autre forme : et telle est la troisième naissance.

Ceci fut déclaré par le saint sage : " Dans la matrice, j'ai reconnu toutes les naissances successives de ces déités. Une centaine de corps, comme des chaînes d'airain, me mettent en rapport avec la terre: cependant comme un faucon, je m'élève doucement. " Ainsi parla Va'madéva, reposant dans la matrice; et possédant cette connaissance, il s'éleva, après avoir rompu cette prison corporelle, et montant à l'heureuse région du ciel, il atteignit le but de tout désir et devint immortel. Il devint immortel.

Quelle est cette âme pour que nous puissions l'adorer } Qu'est-ce que l'âme } Est-ce par quoi un homme voit ? par quoi il entend '^. par quoi il savoure les odeurs ? par quoi il émet la parole ? par quoi il discerne un goût agréable d'un autre désagréable ? Est-elle le cœur ou l'entendement .f' le sentiment ou la volonté } Est-elle la sensation } ou le pouvoir d'agir } ou le discernement ? ou la compréhension ? ou la perception ? ou la rétention ? ou l'attention ? ou l'application ? ou l'activité inquiète ? ou la mémoire } ou l'assentiment ? ou la détermination } ou l'action animale ? ou le penchant ? ou le désir }

Ce ne sont là que des noms variés de la conception. Mais cette âme consistant dans la faculté de conception est Brahmâ. Il est Indra, il est le Seigneur des créatures, Pradja'pati ; ces dieux sont lui ; et tels sont ces cinq éléments primitifs, la terre, l'air, le

fluide éthéré, l'eau et la lumière ; ces éléments sont seuls, soit associés avec des objets de petite dimension et d'autres semences d'existence et de nouveau avec d'autres êtres produits par des œufs, ou nés dans des matrices, ou procédant de l'humidité échaufi^ée, ou sortant des plantes ; qu'ils soient chevaux, ou vaches, ou hommes, ou éléphants, tout ce qui vit, marche et vole, ou tout ce qui est immobile, comme l'herbe et les arbres: tout cela est l'œil de V intelligence. Toute chose est fondée sur l'intelligence ; le monde est l'œil de l'intelligence, et l'intelligence est sa base, l'intelligence est Brahmâ, le grand UN.

Par cette intelligence intuitivement, ce sage monte du monde présent à la religion bienheureuse du ciel ; et obtenant l'accomplissement de tous ses vœux, devient immortel. Il devient immortel. ^

J'ai trouvé que ces admirables pages de théologie védique ne pouvaient pas être oubliées et c'est pour ce motif que je les ai jointes aux autres récits de la création qui se trouvent dans ce livre.

Versions du X A version persane devait inévitablement tenir le milieu '^^^^~ J j entre le récit chaldéen et le récit indou. Le créateur,

Avesta

comme celui des habitants de la Mésopotamie, est un '■'■fondateur de villes. " Ainsi que dans toutes les autres religions, celui-ci trouva un prophète, qui est, ici, Zarathoustra.

' Notes sur les Védas par H. T. Colebrooke, trad. de l'ang. par G Pauthier. (Asiatic Researches, vol. FUI, p. 369-474^. — Cette traduction étant trop littérale, ce qui la rendait parfois obscure, je l'ai retouchée, sans en changer le sens, dans l'intérêt du lecteur.

Voici donc l'histoire de la création de l'univers d'après " rAvesta, " (Fagard I) :

Ainsi parla Ahura-Mazda au Saint Zarathoustra : Lci Création J'ai créé, ô saint Zarathoustra, un univers là où rien

Zarathoustra d'après un bas-relief persan

n'existait; si je ne l'avais fait, le monde entier serait allé vers l'Airjana-Vaeja.

En opposition à ce monde, qui est toute vie, Angra-Mainjus en créa un autre qui est toute mort, où il n'y a que deux mois d'été, où l'hiver est long de dix mois, qui refroidissent tellement

ii6 LIVRE I. CHAPITRE II.

la terre que même les mois d'été sont glacés, et le froid est le principe de tout mal.

Puis je créai Ghaon, demeure de Sughdra, qui est le lieu le plus ravissant de la terre ; il est semé de roses ; là naissent les oiseaux au plumage de rubis.

Angra-Mainjus alors créa les insectes nuisibles aux plantes et aux animaux.

Puis je fondai Mouru, la ville sainte et sublime, et Angra- Mainjus y introduisit les méchants propos et le mensonge.

Puis je créai Bachdi l'enchanteresse, où flottent cent mille étendards, entourée de gras pâturages. Angra-Mainjus y fit venir les fauves et les animaux qui dévorent le bétail utile à l'homme.

Ensuite je créai Niça, la ville de la prière ; et Angra-Mainjus y insinua le doute qui ronge la foi.

Je créai Haroju, la ville aux riches palais ; Angra-Mainjus y fit naître la paresse, et bientôt la ville fut misérable.

Ainsi chacune des merveilles que je donnais aux hommes pour leur bonheur, Angra-Mainjus la combattait par un don néfaste ; c'est à lui que la terre doit d'être infestée des mauvais instincts ^ c'est lui qui établit l'usage criminel d'enfouir les morts ou de les brûler, et tous les maux qui désolent la race des hommes.

Zarathoustra demanda à Ahura-Mazda :

" A quel homme as-tu appris la loi sainte .? "

Ahura-Mazda répondit : " Je l'ai enseignée à Yma le Spendide qui toujours s'entoure d'hommes bienfaisants. " ^

^ L. H. Mills et J. Darmesteter : " Sacred Books of ihe East. " Anquetit-Duperron : " Xend-Avesta. " A. Hovelacque : " VJvesta, Zoroastre et le Mazdéisme. " James Darmesteter : " Etudes iraniennes. "

C. De Harlez : " La Bible etPAvesta. " Victor Henri : " Le Parsisme. "

D. Menant : " Les Parsis. " (Annales du Musée Guimet). Nathan Sôderblom : " La Fie future diaprés le Mazdéisme. " (Idem)

Yma n'est pas le premier homme selon cette version ; mais voici comment se trouve narrée dans le " Bûndahish, " l'histoire de l'Adam avestique :

Ormazd ^ dit à Mashya et à Mashyâna : " Vous êtes hommes, Mashya et vous êtes les maîtres du monde ; je vous ai créés les premiers des Mashyâna êtres dans la perfection de la pensée ; pensez le bien, dites le bien, faites le bien ; n'adorez point les Dêvs. "

Leur première pensée fut : " Celui-ci est Dieu. " Ils se réjouirent l'un au sujet de l'autre, se disant : " Voici un être humain.

Leur premier acte fut de marcher. Puis ils mangèrent et dirent : " C'est Ormazd qui a créé l'eau, la terre, l'arbre, le bœuf, les étoiles, la lune, le soleil et toutes les autres créations du bien, fruit et racine. " Alors une réaction du démon tomba sur leur pensée, et ils dirent :

" C'est Ahriman qui a créé l'eau... fruit et racine. " Ils dirent et ce mensonge fut à la convenance du démon et Ahriman par là tira d'eux sa première joie.

Par ce mensonge, ils devinrent tous deux les darvands, et leur âme sera en enfer jusqu'à la résurrection finale.

YiMA ou Yma Khshaêta, (le roi) fils de Vivasvant le j-^-^^ Resplendissant a régné mille ans durant lesquels la terre n'a connu ni maladie ni mort ; trois fois elle est devenue trop étroite et trois fois elle s'est élargie d'un tiers, de deux tiers, de trois tiers. Ce fut l'âge d'or. En ce temps-là, Hvareno, la Gloire Royale, cohabitait sur la terre avec Yima le Juste.

Voulant donner en même temps une idée de l'évolution des noms propres, j'ai donné ici la version persane. Ahura-Mazda = " le Seigneur Grand-Sage " ; en pehlvi : Aûhrmazd ; en persan : Ormazd ou Ormuzd,

ii8 LIVRE I. CHAPITRE II.

Pourtant l'âge d'or ne dura pas éternellement. Yima devint orgueilleux, se crut dieu et voulut qu'on l'adorât. Aussitôt sa gloire s'enfuit à tire-d'aile sous les apparences de l'oiseau Vâraghna. Il fut renversé de son trône, scié en deux par la druje Azhi Dahâka, le serpent à trois têtes, et ce fut le début du malheur qui poursuit la pauvre humanité.

Néanmoins il viendra un temps, après le millénaire d'Oshêdar, où la terre par la malice du démon Mahrkûsha sera ravagée par un déluge alternant avec les étés torrides. Alors tout périra ; mais Ahura qui a tout prévu, a ordonné à Yima de bâtir un vaste palais souterrain. La description de ce lieu ressemble assez bien à celle de l'arche de Noé, c'est pourquoi nous en donnons le texte, afin que l'on puisse également comparer les rapports qui existent entre les deux versions : ^

Fagard i : — Sur le monde des corps vont fondre les hivers qui apportent le froid mortel, qui font tomber la neige épaisse.

Tout ce qu'il y a d'animaux dans les lieux déserts, ou sur les montagnes, ou dans les plaines, se réfugiera dans des abris souterrains.

Avant l'hiver, il y avait pourtant des herbes, des plantes, mais après l'hiver, on considérera comme merveilleux l'endroit ou apparaîtra seulement la trace du pied d'un mouton.

Fais donc un Var, long d'une course de cheval, de largeur et de longueur égales. Porte là des représentants de chaque espèce de petit et de gros bétail, des hommes, des chiens, des oiseaux, des bœufs et des moutons.

Là tu feras couler des eaux ; tu mettras des oiseaux sur les arbres des rives, dans une verdure inépuisable.

^ Je n'ai pas cru nécessaire de donner la version Biblique du Déluge; tous mes lecteurs possèdent certainement une Bible.

Tu y apporteras des spécimens de toutes les plantes, des plus belles et des plus parfumées, de tous les fruits les plus savoureux ; toutes ces espèces de choses et d'êtres resteront là sans périr tant qu'elles seront dans le Var.

N'y mets aucun être difforme, ou impuissant ou égaré, ou méchant, ou trompeur, ou rancunier, ou jaloux, ni un homme aux dents inégales, ni un lépreux.

Dans la partie supérieure tu traceras neuf avenues ; dans la partie moyenne, six ; dans la partie inférieure, trois.

Dans les rues de la partie supérieure, tu mettras mille couples d'hommes et de femmes ; six cents dans les rues de la partie moyenne ; trois cents dans les rues de la partie inférieure.

Et sur ce Var, tu ouvriras une fenêtre pour la lumière.

Yima se demanda : " Comment ferai-je ce Var } "

Ahura-Mazda lui dit : " Tu pétriras la terre avec tes pieds et tes mains, comme font les potiers.

Yima fit ce qu'Ahura lui avait commandé et Ahura ajouta : "Les lumières qui éclaireront le Var seront des lumières artificielles, car la lumière du soleil, de la lune et des étoiles y sera invisible."

Tous les quarante ans un couple humain donnera naissance à un autre couple, et il en sera de même pour chaque espèce d'animaux.

LE mithriacisme, né aux Indes, a aussi sa Genèse, mais elle nous est mal connue parce que tous les documents écrits ayant trait à cette religion ont été détruits par les premiers chrétiens, qui voyaient dans celle-ci le pastiche du christianisme et croyaient qu'elle avait été créée par le diable expressément pour miner la " vraie religion. " ^ Quant au récit

^ Justin, au sujet de l'Eucharistie, dit dans sa " Première Apologie ".• " Les mauvais démons ont imité cette institution dans les mystères de Mithra : on présente du pain et

me

du déluge, voici comment il a pu être reconstitué par M. Fr. Cumont, l'éminent ex-professeur de l'Université de Gand, dont les études sur le Mithriacisme sont universellement connues.

Le Déluge

suivant le " •••• 1^ premier couple humain avait été appelé à l'existence,

mithriacis- et Mithra fut chargé de veiller sur cette race privilégiée. C'est en

vain que l'esprit des ténèbres suscita les fléaux pour la détruire,

le dieu sut toujours déjouer ses funestes desseins. Ahriman

désola d'abord les campagnes en y provoquant une sécheresse

persistante et leurs habitants, torturés par la soif, implorèrent le

secours de son adversaire toujours victorieux. L'archer divin

lança ses flèches contre une roche escarpée, et il en jaillit une

source d'eau vive à laquelle les suppliants vinrent rafraîchir

leurs gosiers altérés. Un cataclysme plus terrible avait ensuite,

disait-on, menacé toute la nature. Un déluge universel avait

dépeuplé la terre envahie par les flots des mers et des fleuves

débordés. Mais un homme averti par les dieux avait construit

une barque, et s'était sauvé avec son bétail dans une arche flottant

sur l'étendue des eaux. Puis c'était le feu qui avait ravagé le

monde, consumé les étables et réduit en cendres les habitations ;

mais les créatures d'Oromasdès avaient échappé à ce nouveau

péril, grâce à la protection céleste, et désormais le genre humain

avait pu croître et se multiplier en paix. " ^

une coupe d'eau dans les cérémonies de l'initiation et on prononce certaines formules que vous savez ou que vous pouvez savoir. " (LXVI, 4.)

' Fr. Cumont. " Mystères de Mithra. " Chap. IV. (H. Lamertin, Bruxelles.) Dans une note M. Fr. C. ne propose cette interprétation de la " scène de la barque et de Vétable " que sous réserves. J'en ai dit la raison plus haut. Voir aussi : " Textes et Monuments figurés relatifs aux Mystères de Mithra " et par le même auteur : " Les Religions orientales dans le Pagatiisme romain. "

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PASSONS maintenant à diverses autres versions : la Genèse, selon les Saggas Scandinaves et le Déluge selon les Indiens de l'Amérique.

Voici ce que nous rapportent les " Saggas: "

Prêtez l'oreille, vous tous de races divines, grands et petits, flls^'^^^'^''^^^^''" j TT • j 1 I ^ë^on les

deHeimdal! -Saggas^

Je vais relater les merveilleux travaux de Valfôdr, les plus anciens récits des hommes dont je me souvienne.

A l'heure du Temps, vivait Tmer; il n'y avait point de sable, point de mer, point de vagues rafraîchissantes ; la terre n'existait pas, ni le ciel sublime, il n'y avait que Ginungagap, mais il n'y avait pas d'herbes, (voluspa.)

Du sein d'innombrables hivers, avant que la terre ne fût formée, naquit Bergelmer ; Thrudgelmjsr était son père, son grand-père était Aurgelmer.

Du sein d'Elivagar jaillissaient des gouttes de poison qui grandirent jusqu'à ce qu'elles devinssent un géant; mais des étincelles s'échappaient du monde méridional : la glace remplaça le feu.

On vit grandir sous l'aisselle de Rhimthurs, dit-on, ensemble une fille et un garçon ; ce sage géant pied à pied engendra un fils à six têtes, (chant de vafthrudner.)

Nombre d'hivers avant que la terre ne fût créée, naquit Le Déluge Bergelmer : Je rappellerai tout au long comment ce rusé géant se sauva sur son bateau

CHANT DE VAFTHRUDNER : CHANT DE GRIMNER :

De la chair d'Ymer la terre fut De la chair d'Ymer la terre fut

formée, les collines furent faites avec créée, de son sang la mer, de ses os

ses os, le ciel avec le cerveau de ce les collines, de ses cheveux, les arbres

géant froid comme glace, et la mer et les plantes, de son cerveau le ciel,

fut formée de son sang et avec ses sourcils les nobles puis-

sances formèrent Midgard pour les

fils des hommes, mais de son cerveau

les nuages sont tous créés.

■'■ Les Ases se réunirent dans les plaines d'Ida ; ils élevèrent leurs autels et bâtirent leurs temples ; ils établirent des fournaises, forgèrent des objets précieux, mirent leur force à l'épreuve de maintes façons en faisant des pinces et confectionnant des outils.

Ils jouaient sur la verdure de joyeuse humeur et ne connaissaient nullement le besoin de l'or, quand vinrent trois filles géantes, très robustes de Jotunheim.

Alors toutes les puissances allèrent au trône des saints dieux et tinrent conseil sur le point de savoir quel serait celui qui des nains façonnerait la race avec les os livides et le sang du géant, (Ymer).

Modsogner, chef de la race des nains et Durin aussi, furent alors créés ; et de même que les hommes, les nains dans la terre furent formés en nombre ainsi que Durin l'ordonna.

Alors sortirent des rangs, puissants et beaux, trois Ases, et ils trouvèrent sur la plage abandonnés Ask et Embla, (Frêne et Orme) sans leur destinée.

Ils n'avaient pas encore l'esprit, ni l'âme, ni le sang, ni la beauté ni le beau teint. Odin leur donna l'esprit, Hoener leur donna l'âme, Loder leur donna le sang et le beau teint \ (voluspa.)

' Mythologie Scandinave par R. B. Andersen (trad. de Jules Leclerq).

LA légende d'Idun et de ses pommes dans les " 'Rddas " LaUgendi est peut-être apparentée, elle aussi, à celle des pommes "^' ^^ du Paradis Terrestre... car elles avaient le pouvoir de donner l'éternelle jeunesse à ceux qui en mangeaient.

Idun était l'épouse de Brage, fils d'Odin. Idun conservait dans un coffret les pommes dont goûtaient les dieux pour redevenir jeunes, dès qu'ils se sentaient vieillir.

Un jour, Odin, Loke et Hoener, dans leurs pérégrinations, arrivèrent dans une vallée où paissaient des bœufs. Comme ils avaient grand faim, ils en tuèrent un, et essayèrent de cuire sa chair. Mais leurs efforts furent vains. La viande restait crue. Tout à coup au-dessus d'eux, ils perçurent du bruit. Ayant levé les yeux, ils virent un aigle sur la branche d'un chêne. L'aigle leur dit : " Si vous me donnez ma part, la viande sera bientôt cuite. " On y consentit et il s'empara d'une jambe et de deux épaules du bœuf. Loke voyant ce sans-gêne, prit une lourde pierre, la jeta vers l'aigle qui la reçut dans le dos, tandis qu'en même temps il le frappait du pieu qu'il tenait à la main. Le pieu pénétra dans le dos de l'aigle, qui était le géant Thjasse et Loke se trouva au même moment dans l'impossibilité de lâcher son pieu et fut entraîné à travers l'espace, par les rochers et les forêts. Loke implora Thjasse, le priant de bien vouloir lui accorder la paix. Mais Thjasse ne voulut y consentir qu'à la condition qu'il lui jurât de lui amener Idun et ses pommes. Et Loke jura.

De retour à Asgard, la résidence céleste, Loke raconta à Idun, que dans une forêt, non loin des cieux, croissaient des pommes bien supérieures aux siennes. Idun le crut et suivit, avec ses pommes, Loke dans la forêt. A peine y furent-ils arrivés, que Thjasse, déguisé en aigle, vola vers eux, et que, saisissant Idun, il l'emporta avec son trésor vers Jotunheim.

Les dieux vieillissaient, leur visage se couvrait de rides et leurs cheveux grisonnaient. On découvrit que c'était Loke qui était sorti d'Asgard avec Idun. Aussitôt il fut condamné à la torture et à mort, à moins qu'il ne parvînt à ramener Idun et ses Pommes à Asgard. Loke promit.

Loke demanda à Freya de lui prêter son plumage de faucon. Freya le lui donna. Loke vola vers Jotunheim, et vit que Thjasse était parti pêcher en mer. Il changea Idun en noix et l'emporta. Et c'est ainsi qu'ldun et ses Pommes furent ramenées à Asgard.

Lorsque Thjasse s'aperçut du départ d'Idun, il entra en colère, prit sa forme d'aigle et vola vers Asgard. Mais les dieux prévoyants avaient allumé un feu de copeaux sur les murs. Et Thjasse y brûla ses ailes, tomba et fut tué par les dieux. ^

L'origine totémique de ce récit est manifeste. — En Amérique, les versions du déluge prennent une toute autre tournure :

Le Déluge -y ^g Iroquois racontent qu'un chien annonça à son maître

J j que la pluie allait tomber et noyer la terre et qu'il lui

indiqua le moyen d'échapper à la destruction universelle en se sauvant dans un bateau.

Le Délme T ^^ Mexicains représentaient dans leurs sculptures et

des J J peintures leur Noé, appelé Cocox, au milieu des eaux'

exicatns ^^^^ ^^^ barque avec sa femme Xochi-quetzall. Les hommes après le déluge restèrent muets jusqu'à ce qu'une colombe de la cime d'un arbre leur eût distribué des langues.

' Adaptation française de l'auteur.

oici maintenant la très étrange version tirée du " Topo l Le Déluge Vuh " des Indiens Quiche du Guatemala : d'aprhles

indiens

Quiche du " Il s'éleva une grande vague qui les submergea ; Ja chair des Guatemala

hommes était en bois de liège et les femmes étaient faites en moelle de roseau. Comme ils ne se souvenaient pas de leur créateur et ne le remerciaient pas de les avoir créés, ils furent tués et noyés. 11 tomba du ciel une grande quantité de résine et de poix, et un oiseau nommé Xecotcovach vint leur arracher les yeux ; un autre animal, nommé Cotzabalam, dévora leur chair et le Técumbalam brisa leurs os et leurs muscles et en fit de la farine. Et ce fut leur punition et leur châtiment pour n'avoir pas rendu grâce à leur père et à leur maître, celui qui est le cœur du ciel et s'appelle Huracan. La face de la terre s'obscurcit et une pluie de grésil tomba jour et nuit, et il vint des animaux de toute espèce, des petits et des grands, et il vint des arbres et des rochers qui les frappèrent au visage et les insultèrent, et tous se mirent à parler : les moulins, les rôtissoires, les plats, les assiettes, les marmites et les pots, les chiens ; tous les insultèrent, disant : " Vous nous avez très maltraités, vous nous avez mordus et nous vous mordrons à notre tour," dirent les chiens et les poules. Et les meules dirent : " Vous tous, vous nous avez bien tourmentées journellement, soir et matin ! — Maintenant nous vous ferons sentir notre force, nous moudrons votre chair et réduirons votre corps en farine. " Ainsi parlèrent les meules, mais les chiens dirent : " Vous ne nous donniez rien à manger, mais nous étions toujours là, à vous regarder et vous nous écartiez et vous nous chassiez et il y avait toujours un bâton tout prêt à nous frapper. — Maintenant vous sentirez la morsure des dents de notre gueule. Nous vous dévorerons, " dirent les chiens. Et les rôtissoires et les marmites parlèrent de la manière suivante : " Vous nous avez tourmentées et fait souffrir, notre bouche et notre visage étaient toujours couverts de suie ; sans cesse nous cuisions

sur le feu, vous nous avez brûlées et nous sentions la douleur ; vous allez éprouver tout cela à votre tour et nous vous brûlerons " dirent les marmites et elles leur brûlèrent le visage. — Et les hommes s'enfuirent épouvantés ; ils voulaient monter sur le faîte des maisons, mais les maisons s'écroulaient et les ensevelissaient ; ils voulaient escalader les arbres, mais les arbres les faisaient tomber d'une secousse ; ils voulaient se réfugier dans les cavernes, mais les cavernes se refermèrent et ainsi ils périrent tous.

Nous voilà en plein pays de merveilles. Ces récits ont pourtant trouvé des gens assez simples pour les croire. Ce sont des explications totémiques accumulées qui ont fini par former une légende. Mais il n'y a pas lieu de nous y arrêter dans cet ouvrage.

Légende de i | >ouT le monde connaît l'histoire de Deucalion et de sa femme etdeF r / -*- "yiTha, qui apres un déluge de neur jours abordèrent, selon les uns, sur le sommet du mont Parnasse, selon les autres sur le mont Athos ou sur le mont Etna. Les Grecs ont tant écrit et fait tant de légendes que dans la masse, il est difficile de s'y retrouver. Les " historiens " de la Grèce en déduisirent qu'une crue du lac Capaïs fut la source du mythe du déluge, crue qui noya tous les habitants de la Béotie, à l'exception d'Ogygès et de Thébé, fille de Zeus et d'Iodama,.... mais nous voilà de nouveau en pleine poésie.

Le Déluge -j- ^g phéniciens racontaient la victoire de Pont (la Mer)

des ■ '

Phéniciens I J sur Démarous (la Terre).

LES Syriens prétendaient que les eaux du déluge s'étaient Le Déluge écoulées dans un grand abîme qu'on montrait près ^" Syriens d'Hiérapolis.

PaN-KOU HOEN-TUN — YU-TCHI

V Adam chinois façonnant le monde. {D' après tme peinture chinoise)

LES Chinois rapportent que Foh-hi, à qui ils attribuent Le Déluge l'origine de leur civilisation, échappa à un déluge avec "^^ ^^"''''' sa femme, ses trois fils et ses trois filles.

sur le feu, vous nous avez brûlées et nous sentions la douleur ; vous allez éprouver tout cela à votre tour et nous vous brûlerons " dirent les marmites et elles leur brûlèrent le visage. — Et les hommes s'enfuirent épouvantés ; ils voulaient monter sur le faîte des maisons, mais les maisons s'écroulaient et les ensevelissaient ; ils voulaient escalader les arbres, mais les arbres les faisaient tomber d'une secousse ; ils voulaient se réfugier dans les cavernes, mais les cavernes se refermèrent et ainsi ils périrent tous.

Nous voilà en plein pays de merveilles. Ces récits ont pourtant trouvé des gens assez simples pour les croire. Ce sont des explications totémiques accumulées qui ont fini par former une légende. Mais il n'y a pas lieu de nous y arrêter dans cet ouvrage.

Légende de r ■ ^ouT le monde Connaît l'histoire de Deucalion et de sa femme

Deucahon l-ni • ^ j/i i r* ij^^

tl p,r-} -*- ryrrha, qui après un déluge de neuf jours abordèrent, selon les uns, sur le sommet du mont Parnasse, selon les autres sur le mont Athos ou sur le mont Etna. Les Grecs ont tant écrit et fait tant de légendes que dans la masse, il est difficile de s'y retrouver. Les " historiens " de la Grèce en déduisirent qu'une crue du lac Capaïs fut la source du mythe du déluge, crue qui noya tous les habitants de la Béotie, à l'exception d'Ogygès et de Thébé, fille de Zeus et d'Iodama,.... mais nous voilà de nouveau en pleine poésie.

Le Déluge -y ^g Phéniciens racontaient la victoire de Pont (la Mer)

des I ^ '

Phéniciens J J sur Démarous (la Terre).

LIFRE I. CHAPITRE IL 127

LES Syriens prétendaient que les eaux du déluge s'étaient Le Déluge écoulées dans un grand abîme qu'on montrait près ^^" ^v^m^ d'Hiérapolis.

PaN-KOU HOEN'-TU.\ YU-TCHI

V Adam chinois façonnant le monde. {D' après une peinture chinoise)

LES Chinois rapportent que Foh-hi, à qui ils attribuent Le Déluge l'origine de leur civilisation, échappa à un déluge avec^" sa femme, ses trois fils et ses trois filles.

Versions X ES versions indoues sont très importantes, surtout qu'elles

Jj j ont eu une influence sur les origines de l'idée messianique.

Nous verrons bientôt comment.

indoues du Déluge

Fersion du y^ECi est le récit du " Qatapatha Brâhmana " (I, 8. I)

Catapatha

Brâhmana

Voici qu'à Manou on apporta de l'eau pour rablutioii du matin ; sur ces entrefaites, et tandis qu'il se lavait, un poisson lui vint dans les mains. Le poisson lui dit : " Elève-moi, je te sauverai. — De quoi me sauveras-tu } — 11 viendra un grand flot, qui balayera tous les êtres : de ce flot, je te sauverai. — Mais comment t'élever } — Tant que nous sommes fretin, dit le poisson, nous n'avons que peu de chances de vie, car les poissons se mangent entre eux. Nourris-moi d'abord dans un vase ; quand je serai devenu trop grand pour ce vase, tu creuseras une fosse et tu m'y élèveras ; quand je serai devenu trop grand pour la fosse, tu me porteras à la mer : je serai alors à l'abri de tous risques. — Car c'était un de ces poissons qui deviennent de vrais monstres à l'état adulte. — Or en telle année, le flot viendra : tu construiras un navire et tu m'invoqueras ; le flot venu tu t'embarqueras, et moi, je te tirerai de là. " Manou donc l'éleva et le porta à la mer. Or en l'année désignée, il construisit un navire et invoqua le poisson ; le flot venu, il s'embarqua, et le poisson nagea vers lui ; à la corne du poisson, il attacha le câble de son navire, et ainsi il navigua jusqu'à la montagne du Nord. Le poisson lui dit : " Je t'ai sauvé : amarre ton navire à un arbre et prends garde que le flot ne t'emporte de la montagne ; puis à mesure que l'eau baissera, tu en descendras tout doucement. " 11 en descendit tout doucement : c'est pourquoi la pente de la montagne du Nord qui est de ce côté-ci s'appelle -.^^ La Descente de Manou " Or le flot avait balayé tous les êtres, et Manou demeurait seul. Il

vécut dans la prière et la pénitence, étant désireux de postérité. Un jour qu'il faisait une oblation d'aliments cuits, il fit dans l'eau libation des ingrédients requis : petit-lait, beurre, crème et fromage mou. Au bout d'un an, il en naquit une jeune fille : elle en sortit comme confite de beurre, car il y avait une flaque de beurre dans chaque empreinte de son pas. Mithra et Varouna la rencontrèrent : " Qui es-tu } "lui dirent-ils. — " La fille de Manou. " — " Dis que tu es à nous. " — " Non, celui qui m'a engendrée, c'est à lui que je suis. " — Ils lui demandèrent son amitié : elle la leur accorda, ou non, on ne sait, toujours est-il qu'elle aborda Manou. — " Qui es-tu? " lui dit-il. — " Ta fille." — " Comment ma chère, serais-tu ma fille V — "Cette libation d'antan que tuas versée dans l'eau, petit-lait, beurre, crème aigre et fromage mou, c'est d'elle que tu m'as engendrée. Je suis bénédiction : donnemoi donc place rituelle dans le sacrifice. Si tu me donnes place rituelle dans le sacrifice, tu te multiplieras en postérité et bétail, et quelque bénédiction que tu profères en m'y adjoignant, elle se réalisera toute. " Il lui assigna donc sa place au milieu du sacrifice, ce qui se trouve entre les oblations consécutives. Avec elle, il vécut en prière et pénitence, désireux de postérité, et par elle il engendra toute cette descendance qu'on appelle ^^ les enfants de Manou " (les hommes) et toute bénédiction qu'il proféra en l'y adjoignant, elle se réalisa* ^

Version du

MAIS voici la version du ^^ Hari-Tourana'' qui nous offre ^'■Haribien plus de traits de ressemblance avec celle de la ^°^^^^^ Bible :

C'est à peine si deux cents âges divins s'étaient écoulés ; le jour de Brahmâ ne s'était pas accompli, lorsque s'éleva la colère du mâle céleste (Pouroucha).

' Traduction de Victor Henry. " Les Littératures de Plnde. " p. 44-46. 9

I30 LIFRE I. CHAPITRE IL

Sa voix fit retentir l'univers, les astres pâlirent dans les cieux, les mers attentives écoutèrent.

La voix disait : Pourquoi en transformant ma substance divine, ai-je créé l'Ether ?

Pourquoi en transformant l'Ether, ai-je créé l'Air ?

Pourquoi en transformant la Lumière, ai-je créé l'Eau ?

Pourquoi en transformant l'Eau, ai-je créé la Matière ?

Pourquoi ai-je jeté dans la Matière le germe universel dont sont sorties toutes les créatures animées ?

Et voilà que les animaux se mangent entre eux ; que l'homme se dispute avec son frère ; qu'il méconnaît ma puissance, et qu'il ne s'occupe qu'à détruire mon œuvre ; que partout le mal triomphe du bien.

Sans attendre l'éclosion des mille âges divins, je vais étendre la nuit sur l'univers et rentrer dans mon repos.

Je vais faire rentrer les créatures dans la matière, la matière dans l'eau, l'eau dans la lumière, la lumière dans l'air, l'air dans l'éther, l'éther dans ma propre substance.

L'eau, d'où sont sorties les créatures animées, détruira les créatures animées.

Mais Vichnou entendant ces mots, s'adressa sans peur à l'illustre Brahmâ et lui dit :

" O Toi, maître de l'Univers, des dieux et des hommes, toi dont la puissance est infinie, ô grand Tout omniscient et omnipotent, à qui les Mondes, les Astres, les Vents et les Mers obéissent ;

Toi, qui ayant résolu de tout produire de ta substance, as jeté le germe immatériel dans l'œuf d'or, et t'es manifesté brillant de lumière ;

Toi, qui m'as fait sortir de ta pure essence pour conserver la Création, apaise ton courroux, accorde-moi grâce de l'Univers ; j'irai moi-même sous un jour visible prendre ton culte sur la terre et apprendre aux hommes à devenir meilleurs.

LIFRE L CHAPITRE IL 131

Et Brahmâ entendant ces paroles, jeta un regard plein d'amour sur Vichnou qui fut sa première forme manifestée en sortant de l'œuf d'or. "Sois sans crainte, " lui dit-il.

"Toi, qui es sorti de moi, tu ne rentreras plus dans le Néant ; et la nuit que je vais étendre sur l'Univers, te réserve dans mon sein d'ineffables jouissances.

— O Paramathma, répondit Vichnou, pourquoi m'avoir fait émerger sur le Fleuve du Lotus parfumé ; pourquoi m'as-tu ordonné de tirer de mon sein toutes les créatures animées, les plantes et les fleurs, si tout cela doit périr avant les mille âges divins }

Est-ce que la mère ne pleure pas, quand elle voit mourir ses enfants avant qu'ils n'aient atteint l'âge de transformation suprême } Pourquoi m'avoir donné, pour la nature entière, le cœur d'un père et d'une mère, et me faire assister avant l'heure, à la grande nuit du Pralaya }

— O Vichnou, ô mon fils, ne te désole pas : ce qui était bon est devenu mauvais ; et ce qui est mauvais doit être détruit, car la décomposition finirait par atteindre les Cieux.

— Pourquoi donc, ô maître souverain, détruire tous les hommes } N'est-il pas encore nombre de créatures dignes de vivre ; et pourquoi frapper aveuglément dans ta juste colère, sur le bien et sur le mal ?

— Rien ne saurait changer mon immuable dessein ; les hommes seront détruits, mais à cause de toi, je ferai grâce à la terre qui les supporte, si tu peux trouver une seule famille d'hommes vertueux pour la repeupler, lorsque ma colère sera apaisée. Va donc et ne tarde pas, car je vais bientôt déchaîner les eaux sur toute la surface du globe. "

Vichnou descendit alors sur la terre sous la forme de l'oiseau Garouda, et étant arrivé au pays de Camyaboudja, il dit au saint homme Waïswasvata : " Lève-toi, prends ta cognée et ordonne à tes fils de te suivre jusqu'à la prochaine forêt.

Choisis parmi les arbres les plus gros ceux que tu dois abattre, et hâte-toi de construire un vaisseau assez grand pour toute ta famille, un couple de tous les animaux et des graines de toutes les plantes ; car toi seul avec les tiens, que tu auras recueillis, échapperez à la colère de Brahmâ.

N'oublie pas d'emporter également les livres de la Loi que Swayambhouva lui-même a extraits de sa pure essence, et Manou fils de Pouroucha (mâle céleste).

Waïswasvata ayant compris que cet avis lui venait du ciel, et était la récompense de ses vertus, fit ainsi qu'il avait été dit ; il construisit le vaisseau dans lequel il fit entrer ses quatre fils, avec leurs femmes et leurs enfants, et les serviteurs de la famille.

Et il confia les Livres de la Loi, extraits de la pure essence, à Soma, son fils aîné, et de même, il lui donna à garder le Livre de Manou, fils de Pouroucha.

Et un couple de tous les animaux et des graines de toutes les plantes trouvèrent place également ; et Waïswasvata ayant fermé le navire, la pluie commença à tomber sans relâche, les mers à déborder, et le globe tout entier disparut sous les eaux.

Et cela dura ainsi des jours et des nuits et cela dura ainsi des années, car rien de ce qui était mauvais ne devait surnager, car ce qui était mauvais ne devait survivre, puisque ce qui était la corruption pouvait gagner les mondes supérieurs.

Enfin l'eau cessa de tomber, les mers et les fleuves rentrèrent dans leur lit, et le vaisseau de Waïswasvata s'arrêta au sommet de l'Hymavat (Himalaya).

Et Waïswasvata ayant ouvert les portes du navire, aperçut une traînée lumineuse aux mille couleurs qui partageait la voûte des Cieux.

Vichnou lui apparut de nouveau sous la forme de l'oiseau Garouda et lui dit : — " Ceci est la ceinture de l'immortelle déesse Lakmy ; c'est un signe de pardon ; lorsque la tourterelle ne

rentrera pas au navire, tu iras droit devant toi et tes fils repeupleront la terre ".

Et l'oiseau appelant ces derniers par leur nom leur dit :

— Soma, tu marcheras en gardant l'Orient à ta gauche ;

Vamadiva, tu marcheras en gardant l'Orient à ta droite ;

Sacra, tu marcheras à l'Orient ;

Tchandra, tu marcheras au Couchant.

Et mes enfants seront les seigneurs de la terre, et tous les peuples naîtront d'eux ".

Waïswasvata, ouvrant alors ses mains, laissa échapper la tourterelle, mais la tourterelle revint sur le soir, les pieds humides.

11 lâcha alors le Radjouvala ; mais le Radjouvala revint sur le soir avec de la boue aux ailes.

Et il lâcha alors encore une paire de Surakas (grues) et ils revinrent, le soir, voltiger autour du navire, mais ils ne rentrèrent pas. Et ayant lâché encore le balaca, le corbeau et le héron, ils ne revinrent plus.

.11 jugea que le moment était venu, et de nouveau, il laissa échapper la tourterelle qui revint sur le soir voltiger avec des cris joyeux autour du vaisseau, et elle reprit sa course vers l'Orient. Elle avait à son bec une tige de l'herbe sacrée du Cousa.

Waïswasvata comprit que la terre était de nouveau habitable, il ouvrit les portes du navire et ayant partagé le troupeau entre ses quatre fils, il leur divisa le monde, ainsi que l'avait dit l'envoyé céleste ; et les oiseaux s'élancèrent dans les plaines de l'air, et les bêtes fauves s'enfoncèrent en hurlant de joie dans la terre humide et l'herbe verte.

Waïswasvata, ayant retenu trois fois son haleine en murmurant à chaque fois le mystérieux monosyllabe AU M qui est l'invocation par excellence, fit une oflFrande aux dieux, en mémoire de l'événement et une libation aux mânes des morts frappés par la vengeance divine.

Puis ayant pris un jeune chevreau, à toison rouge, qui était

né dans le vaisseau, il l'égorgea en disant : *' que ce sang répandu soit un signe d' alliance éternelle entre la terre et les deux ".

Que mes descendants à perpétuité offrent ce sacrifice à Vichnou, âme du monde, esprit de la prière, essence subtile émanée de l'Incréé, pensée éternelle de ce qui est, manifestation perpétuelle du grand Tout, qui a sauvé le monde de la destruction par les eaux.

Suit cette invocation :

Immortel Vichnou, divin Pouroucha (mâle céleste) toi qui fécondes la nature entière, manifestation visible de l'immortel Brahmâ, père des dieux et des hommes, j'ai dit ta puissance, ta grandeur, ta bonté, pour qu'à tous ceiix qui répéteront ces chants excellents qui te sont consacrés, tous les péchés soient remis et que le Swarga (ciel) leur soit ouvert à l'heure de leur dernière transformation \

Fersion du ^ A vei'sion du déluge d'après le " Siva Pourana " resbtvaPou- I , ggj^bje fQi-t ^ celle qui précède, avec cette différence

rana "

que c'est Siva qui sauve le monde.

Fersion du T"^'après le " Mcihâbharâta " ^, Manou, fils de Vivasvat, est ,j a „ JL^ sauvé par le poisson, tout comme dans le " Catapatha 'Brâhmana ". Mais, ici, Manou embarque avec lui sept Richis et toutes les semences désignées par les brahmanes. Le navire pendant plusieurs années est remorqué par le poisson qui le guide au moyen d'un câble attaché à sa corne ; — on le

' Alfred le Dain : " VInde antique ".

^ Traductions françaises de Em. Burnouf, H. Fauche, Sadous, Foucaux.

représente généralement comme un grand espadon — le poisson se fait valoir comme Prjâpati Brahmâ. Il conduit le vaisseau jusqu'au sommet du Hymavat au pic duquel on l'attache et qui reçoit de ce fait le nom de Naubandhama (l'attache du navire).

LE récit du " ^SVLatsya-^ourana " ressemble beaucoup au Verùon du precedent, mais encore une tois le poisson est, ici, p^^^^^^ » l'incarnation de Vichnou

Aversion du " ^hagavata-Pourana " diffère assez bien ^«^^"^^ ^«

Bhaga'vata

des autres : p,^^^„^

A la fin du dernier Kalpa, Brahmâ est endormi. Hayagriva, le démon en profite pour s'emparer des Védas sortis de sa bouche. Vichnou s'en aperçoit, il prend la forme d'un poisson et tombe entre les mains du Richi Satyavrata. Satyavrata se comporte envers lui, à peu près de la même façon que Manou. Le déluge a lieu. La corde qui relie le vaisseau à la corne du poisson est remplacée ici par un serpent, le serpent Ananta. Le déluge dure une nuit de Brahmâ. Vichnou initie Satyavrata durant ce temps aux mystères de l'âme universelle. Brahmâ se réveille, Vichnou lui rend les Védas et tue Hayagriva, le prince des démons ^

Ressem-

N comprendra mieux les rapports existant entre ^ç.'^hlances entre

A. rri • 11 1 1 TV ^^ • la Version

dirrerentes versions et celle de la Mésopotamie, en se indoue et

celle de la Paul Regnaud : " Comment naissent les Mythes ". Mésopotamie

136 LIFRE I. CHAPITRE II.

rappelant que le dieu babylonien Ea était également un dieupoisson, c'est-à-dire, ichtyoïde. Peut-être cette légende trouvet-elle ses origines dans la découverte d'un ichtyosaure dont le squelette aurait été conservé dans un temple, aujourd'hui disparu. Ceci n'est qu'une simple supposition.

Plusieurs ^ ont voulu y voir un emprunt déformé du récit de la Bible, leur foi religieuse leur défendant de supposer le contraire. Je ne crois pas nécessaire d'insister sur cette erreur de raisonnement. Il a été assez suffisamment prouvé et démontré que les migrations aryennes sont antérieures (2500 ans av. J.-C.) à l'époque à laquelle la légende babylonienne aurait été écrite. (Vers le règne d'Ammizadougga, soit 2100 à 2200 av. J.-C.). Il est cependant possible que les deux légendes aient subi réciproquement, dans la suite, des transformations d'où les variantes ^.

Dans les dernières années un grand nombre de savants se sont occupés de la question ; tous sont d'accord, à part quelques-uns, pour reconnaître l'importation des idées aryennes.

J.Edmunds Ceci nous amène à parler également des origines du Chrisaux n-es ^i2i^\^,^ç. Un Savant américain s'est tout spécialement consacré à la question. Ce savant, M. A. J. Edmunds, est allé aux Indes mêmes, étudier les rapports existant entre le Bouddhisme et le Christianisme. Son travail achevé, il a été publié par un

1 Mgr. de Harlez : " La Bible dam Plnde ".

F. Laurent : Etudes sur V Histoire de l'Humanité, L " V Orient".

^ Les difterents " Pouranas " ont été écrits pendant notre ère, d'après les versions existant déjà depuis longtemps. Il y en a même qui ne remonteraient pas à plus de 400 ans.

savant japonais, M. Anesaki, professeur de sciences religieuses à l'Université de Tokio qui y a encore ajouté des éclaircissements d'après les sources chinoises et japonaises \

Le résultat ne fut pas celui auquel on s'attendait. Evidem- Ce qu est la ment on eut le grand tort de croire que le Christianisme chrétienne avait tout emprunté au Bouddhisme. Cheyne ^ n'a-t-il pas dit : " La religion chrétienne est une synthèse^ et seuls ceux qui ont les yeux faibles^ peuvent affirmer la chute de P empire intellectuel de ^abylone et de la Perse ", Mais ce n'est pas encore là qu'il faut aller chercher ses origines ; cherchons-les surtout dans les pays ou le Christianisme a pris naissance. Alors nous trouverons ; et les découvertes seront plus concluantes, au fur et à mesure que nous les approfondirons.

LES recherches en Asie ont eu leur bon côté. Ainsi a-t-on Origines du 1 / V , ,, . . 1 111 • symbole du

découvert, a peu près, 1 origme du symbole du poisson p^i^^^y^

<^^^ qu'on croyait signifier : lessous IQristos Theou Unios

Soter, c'est-à-dire : Jésus- Qhrist Dieu Fils Sauveur. Ce symbole

serait l'image de Vichnou.

Voici comment s'est faite cette découverte. " On a trouvé

tout récemment dans le Turkestan chinois, les ruines de villes

immenses, des manuscrits, des inscriptions, qui montrent qu'en

ces régions, aujourd'hui recouvertes de sable, il y eut jadis,

comme une sorte de grande foire des religions ; là prirent

^ A. J. Edmunds, " Biiddhist and Christian Gospels", Tokio, 1906- 1907. J. Réville, Revue de P Histoire des Religions, t. LIV (1905), pp. 248-254. L. de la Vallée-Poussin, "Z^ Bouddhisme et les Evangiles canoniques" . Dans la " Revue 5iMf«^" (Juillet 1906).

^ Cheyne, " B'^ble Problems ".

contact et influèrent l'un sur l'autre le brahmanisme, le zoroastrisme, le bouddhisme bactrien, le bouddhisme chinois, le christrianisme, etc. C'est dans cette région que le christianisme aurait, suivant M. Pischel \ emprunté au vichnouisme le symbole du poisson qui se répandit ensuite dans l'Europe orientale. Mais jusqu'ici dit M. A. Van Gennep ^, aucun fait probant n'est venu démontrer cette hypothèse et le plus qu'on puisse faire, c'est constater un curieux parallélisme et l'impossibilité d'en expliquer encore la raison d'être ".

Puisqu'il y a, ici, une hypothèse, démontrons qu'il est très

vraisemblable que ce symbole du ^Matsyas indou soit devenu

celui du éMessie^ c'est-à-dire du " Sauveur " attendu depuis

la captivité de... ^ahylone.

Comme?it le D'abord le éMatsyas est un Sauveur et un dieu-poisson qui

confondu sauva Manou du déluge et avec lui l'humanité.

avec le Manou fut pour les Indous, ce que Noé et Moïse furent

Meshiha- -, t t ' 1

Messias P°^i' l^s Hébreux. ^

Vichnou était dieu.

Ensuite il était la deuxième personne de la Trimourtî,

Son huitième avatar fut celui en Krshna^ le dieu fait homme pour affranchir le monde de la tyrannie du roi Kamça.

Son neuvième avatar fut celui en Bouddha^ " F Inspiré ", le " Prophète ".

Bouddha s'attaque aux prêtres et aux pharisiens de F Inde, il méprise les dieux, et supprime les sacrifices sanglants. Il est " rOint ", c'est-à-dire : " FaAppelé ", celui qui a été consacré.

Son dixième avatar sera celui de " Kalki " = la " Parousie ".

' Communication à l'Académie des Sciences de Berlin, 1905. ^ Arnold Van Gennep. " Religions, Mœurs et Légendes ".

LIFRE I. CHAPITRE IL 139

A la fin de ce Youga^ comme le Messie, il reviendra pour détruire le monde corrompu, châtier les impies et rétablir la piété et la pureté parfaites.

Il me semble que le Matsya indou ressemble beaucoup au Meshiha syriaque, au Mesha, B'^dlû, M-sch-i-h hébreu, au Messias latin, au Messie annoncé par les prophètes de... Babylone. Il deviendra donc plus facilement Christos (Oint), Christus : le Christ et on le représentera comme on représente le Matsya^ c'est-à-dire le " Sauveur de F Humanité " sous la forme d'un poisson, un dauphin tout d'abord, qui porte sur son dos la Symbole de

r ancre

Evolution du dauphin en ancre

barque de... Manou, ou de l'Eglise, se suspendant au trident comme à une croix. Puis ce trident perdra deux pointes et le dauphin deviendra plus petit. Il arrivera un moment où le bateau sera une ancre, image du Salut ç,t plus tard de P Espérance^ en souvenir de la charité de Manou récompensée par la béatitude céleste. C'est le symbole chrétien des trois premiers siècles de l'Eglise. Au IV^ siècle, la croix a la forme de la croix Evolution

de la croix

Evolution de la Croix

gammée \ Deux tuniques en toile jaunie, trouvées dans les ruines d'Antinoé, si je ne me trompe, et qui se trouvent au Musée Guimet, à Paris, au second étage où tout le monde peut les voir dans la galerie circulaire (Vitrine 3), portent: l'une.

Fy

^ ►I^ ^ fÀ

Cioix. De vo. paamic^i^ Lt/uiq/tui L/ixyoi De la t^cuxl^tèm^ uuttqiic

au milieu, la croix ansée égyptienne entre deux croix gammées (swantikas) ^ l'autre, une croix ansée entre deux croix d,e Malte.

La Croix telle qu'elle était vénérée en Crète quelques milliers d'années AV. J.-C. d'après les découvertes du D' Evans

La croix ne s'est vraiment affirmée nettement qu'au V^ siècle ^ Comme je l'ai dit plus haut, (page 139) Vichnou-Matsya ne

' Chez les Egyptiens le maillet à deux tètes * est devenu dans les hiéroglyphes une croix latine f avec la signification de " broyeur vengeur ".

" Comte Goblet d'Alviella, " Croyances, Rites, Institutions ", vol. I.

LIFRE I. CHAPITRE II. 141

se contente pas de sauver Manou, il le mène aussi auprès des dieux, ainsi qu'il est rapporté dans les " l^hagavata^ aAgni et Matsya-^ouranas ; " il n'y aurait rien d'étrange alors à ce que cette expression "P(?r/ ^w iS*(^/^/f" trouve son origine dans le mythe de Vichnou-Matsya.

MAIS revenons une dernière fois à la création du monde, et donnons une idée générale des diverses légendes ayant trait à la Genèse suivant les scribes juifs. Cependant avant cela, il est encore utile de faire le parallèle entre la Genèse d'après la version phénicienne et la Genèse., d'après la version élohiste et jéhoviste. Je résume plusieurs passages faciles à contrôler :

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