‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 10 sur 550 · Nouvelles leçons, t. II, p · texte numérisé non relu

Nouvelles leçons, t. II, p

2. Parmi les explications incontestées, il Taut citer celle de Zeuspar Dyatis, celle de Prométhéc par le mot pramantha. Les rapprochements établis entre Hermès et Sàramèya, Athèna et Ahânâ, Erinys et Saranyù, Bcllérophon et Vritrahâu, les Centaures et les Gan~ dharvaSy etc. bien que soulevant peu d'objections au point de vue de la linguistique, renferment bien des difficultés quant à l'interprétation, et ne sont pas acceptés par tous les indianistes. \\ osf à remarquer d'ailleurs que les collaborateurs de la Zeilxrhrifl fur vergleiehtmde

INTRODUCTION. xvn

Uue autre source de difficultés est dans la fréquence et dans la hardiesse des métaphores dont cette langue antique était émaillée. Au moment du premier épanouissement de la poésie instinctive de la nature, chaque phrase, chaque mot, pour ainsi dire, n'était qu'une vive et brillante image. En lisant les Yédas, ou comprend assez facilement comment les nuées chargées de pluies sont appelées les vaches célestes aux pesantes mamelles, comment Téclair est une flèche ou un serpent, comment le jour qui naît le matin est le frère jumeau de la nuit, à laquelle il succède avec une régulière alternance. En Grèce, il n*est pas difficile de voir non plus que les doigts de rose de l'Aurore désignent la teinte purpurine dont se colore le ciel avant le lever du soleil, et que les chevaux de Poséidon sont les vagues écumantes de la mer. Mais combien de ces métaphores, dont le sens s'est de bonne heure perdu, ne se laissent pas saisir d'une première vue I La science toute seule ne suffil pas à leur inlerprétation ; il faut y apporter encore un sentiment profond de la nature et une sorte de divination poétique. Or, qui ne voit qu'un tel procédé peut devenir un instrument dangereux, même entre les mains les plus délicates, et que l'imagination, une fois entrée dans le domaine scientifique, doit, par ses brilhnts mirages, entraîner les plus fermes esprits à de séduisantes erreurs? La mythologie comparée, quand elle entreprend d'expliquer les métaphores du langage poétique des Aryas, est souvent forcée de se départir de cette rigueur qui fait la force et la sécurité des études de pure philologie. Il ne s'agit pas, en effet, de déterminer le sens premier d'une racine et d'étudier les altérations que cette racine a pu subir, d'après des règles fixes dont plusieurs sont aussi sûres que les lois les mieux établies des sciences physiques. La sagacité du mythologue doit s'exercer, non plus sur des mots isolés, mais sur des expressions développées, sur des phrases tout entières, où s'est joué jadis le caprice d'imaginations neuves et vives, élevées par la nature à un degré de sentiment et d'exaltation poétiques que nous ne connaissons plus. Qui pourrait se flatter aujourd'hui de renouveler exactement en soi l'état d'esprit des créateurs in~ conscients de la mythologie et de reconstruire d'une main sûre la trame subtile et compliquée des rêves de l'enfance de l'humanité?

Rien ne saurait mieux démontrer la difficulté et la délicatesse infinie de pareilles études que la divergence de quelques-uns des résultats auxquels sont arrivés, sur ces questions, des savants d'une égale autorité. Quand il s'agit d'identifier, en suivant les règles de la philologie, le nom d'une divi. nité grectiue à celui d'une divinité védique, il leur eit facile de tomber d'ac-

Spravhfonchung où ces études avaient trouvé d'abord une assez large place, fcmblenl s*èUre arrêtés, depuis quel(|ues années, dans celte vuie périlleuse des étyuiologies mythologiques.

xfiii INTRODUCTION.

cord ; mais faut-il déterminer le sens primitif de cette divinité et expliquer les mythes où elle intervient, ces mêmes savants ne s*entendent plus. Pour ne citer qu'un exemple entre plusieurs, H. Millier et M. Kuhn considèrent tous les deux le mot grec Eviny s comme identique au mot sanscrit Saranyû, Mais quelle était la signiGcation de ce dernier mot? D'après M. Mûller, Saranyû désignait « la lumière qui court dans le ciel, c'est-à-dire F Aurore » ; d'après Ad. Kuhn, suivi par MM. Schwarlz et Rotb, Saranyû était « la sombre nuée d*orage qui, au commencement de toutes choses, planait dans l'espace inûni ». Le sens de Saranyû est donc assez vague, assez flottant, pour pouvoir se prêter à deux interprétations diamétralement opposées. 11 en est de même de plusieurs autres divinités védiques. En réalité, le texte du Véda étant rempli de difûcultés souvent impénétrables, les deux écoles qui se partagent aujourd'hui le domaine de la mythologie comparée font dépendre les interprétations qu'elles en donnent des théories qu'elles se sont faites sur le caractère de la religion première des Aryas. Or, ces deux théories diffèrent entre elles comme le jour diffère de la nuit. En eiïet, M. Max Muller considère, dit-il, (( le retour régulier des phénomènes comme ayant été une condition presque indispensable pour qu'ils fussent élevés par la magie de la phraséologie mythologique au rang des immortels ; et il attribue une importance proportionnellement laible aux phénomènes météorologiques, tels que les nuées, le tonnerre et l'éclair, lesquels, tout en causant pour un temps une violente commotion dans la nature et dans le cœur de l'homme, ne devaient pas être rangés à côté des êtres brillants et immortels, mais devaient plutôt être considérés soit comme leurs sujets, soit comme leurs ennemis* ». Pour M. Max Millier, la mythologie arienne presque tout entière ne sera donc que le brillant et poétique développement des impressions inépuisables qu'éveillait jadis dans l'âme de l'homme le spectacle du soleil et de la divine lumière. A cette théorie solaire s'oppose la théorie météorologique, dont M. Adalbert Kuhn et ses principaux collaborateurs se sont fait les défenseurs dans le Journal de philologie comparée^. A leurs yeux, ce ne sont point les phénomènes réguliers de la nature, mais au contraire ses convulsions irrégulières et ses capricieuses fureurs qui ont dû ébranler le plus fortement l'esprit des observateurs primitifs et laisser dans leur imagination l'impression la plus durable. Ils croient donc pouvoir afBrmer que « les mouvements ordinaires et

1. Nouvelles leçons sur la science du langage ^ t. II, p. 272 de la traduction de MM. Georges Perrot et HarriSé

2. Zeitschrifl fïir vergleichende Sprachforschung . Cette revue, fondée en 1851 par MM. Aufrecht et Â. Kuhn, avec la collaboration d'érudits tcU que Jncob (irimm» Pott, Schleicher, G. Curtius, etc., est un précieux répertoire pour les études de mythologie comparée.

INTRODUCTION. xjx

jouroaliers des corps célestes cessèrenl de bonne heure d*être pour l*hommc un sujet d'étonnement, et que, devenu indifférent à un spectacle qui lui était trop familier, il dût sentir surtout la présence divine dans Tapparition inattendue et toujours merveilleuse des orages, de la foudre et des tempêtes » .

Il est possible que les nuances de la vérité se rencontrent entre ces extrêmes. Hais, en présence de systèmes aussi opposés, le rôle des profanes qui ne sont point initiés à la langue des Védas n'est pas de juger, mais d'attendre. Ce ne sont point les théories qui doivent servir à expliquer les faits : ce sont les faits qui doivent aider à construire les théories. Or, que de faits mythologiques encoi*e inexpliqués dans ce premier monument religieux de notre race, dont l'étude ne sera pas de longtemps épuisée! Et si, de l'aveu même des indianistes, nous ne possédons pas encore aujourd'hui une traduction satisfaisante des Védas, qui pourrait douter que deux ou trois générations de savants suffiront à peine à en résoudre tous les problèmes? L'incertitude à laquelle la mythologie comparée semble encore condamnée dans quelquesunes des applications de sa méthode, ne peut évidemment infirmer en rien la ▼aleur de pareilles études, qui comptent parmi les plus nobles que notre siècle ait vu naître; mais elle doit inspirer à ceux qui traitent les mêmes questions, dans les limites plus restreintes de la Grèce, un sage esprit de réserve et une défiance vraiment scientifique qui les empêche d'accepter comme définitifs des résultats provisoires dont un avenir prochain démentira peut-être Texactitude.

Est-il possible d'ailleurs d'admettre sans réserves quelques-unes des affirmations de cette science nouvelle ? Rapporter Torigine de tous les mythes sans exception à un seul et même ordre de phénomènes, au soleil ou aux orages, n'est-ce pas s'écarter de la vraisemblance pour obtenir, à tout prix, dans l'explication des faits, une simplicité et une unité systématiques ? Rien ne démontre que les premiers observateurs aient été exclusivement frappés de tel ou tel aspect de la nature ; il est beaucoup plus probable que la nature tout entière, avec sa variété inépuisable, s'est réûéléedans la poésie de leur langage. Que les mythes solaires et les mythes météorologiques soient les plus nombreux, on en conviendra volontiers ; mais qu'ils soient les seuls, c'est ce qu'on ne saurait accorder. Pour ne parler que de la Grèce, comment les légendes de Demèter, de Perséphone, de Dionysos, seraient-elles rattachées, sans une extrême subtilité, aux phénomènes de la lumière et de la tempête? N'est^il pas évident pour tout esprit non prévenu, que ces légendes s'expliquent par les phénomènes de la végétation? 11 sudût d'avoir lu les remarquables travaux que M. W. Mannhardt a récemment consacrés aux divinités des champs et des bois^

1. Der Bawnkultus der Germanen und ihrer Nachbarslâmtne, Berlin, Bornti-âger, 1875. — Anlike Wald-iind FMkulte, i877.

Page 1