‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 102 sur 550 · Uyoïn. Honi., Apolt. Pyth., v · texte numérisé non relu

Uyoïn. Honi., Apolt. Pyth., v

ment une nature analogue à celle de ces deux monstres; il était, à Torigine, le nuage orageux, comme le serpent de la mythologie védique.

Mais, si les Grecs paraissent avoir reçu en héritage de leurs premiers ancêtres la tradition d*un dragon vaincu et détruit par le dieu de la lumière, cette tradition a revêtu chez eux une forme particulière, en se localisant. Il ne sufGt pas de dire, avec la plupart des mythologues, que la victoire d'Apollon est, soit au physique, soit au moral, le triomphe de la lumière sur l'obscurité, ou bien qu'elle exprime l'action exercée par les rayons solaires sur les exhalaisons de la terre humide^ : il faut encore expliquer comment cette victoire a en Grèce un théâtre déterminé. Un philologue danois , M. Forchhammer, après une observation attentive de la nature et du sol de Delphes, a cru en découvrir la raison*. D'après lui, le dragon est, à Delphes, le symbole du torrent, qui, au commencement du printemps, descend des pentes du Parnasse, forme cascade entre les deux roches Nauplia et Ilyampeia, bondit le long des terrasses superposées de l'amphithéâtre delphique, et va se précipiter dans la vallée du Pleistos. Ce torrent qui, grossi par les pluies d'hiver et par la fonte des neiges de la montagne, entraine et ravage tout dans son impétueuse fureur, ce torrent au cours tortueux comme la démarche du serpent, a pu être comparé par les Delphiens à un redoutable dragon, fléau du pays, terreur des hommes et de leurs troupeaux. Mais, en été, les eaux s'écoulent, tarissent et s'évaporent ; les rayons ardents du soleil dessèchent le lit du torrent. Le monstre est percé des flèches du dieu. Son corps commence à pourrir, et il prend désormais le nom de Python, qui veut dire « le pourrissant. »

Cette explication semble confirmée par les détails du récit de la victoire du dieu dans l'hymne homérique. « Apollon, le dieu qui frappe de loin, lance son trait puissant. Déchiré de cruelles douleurs, le monstre gît palpitant; il se roule sur un espace immense en poussant de longs et d'épouvantables cris. Il s'enfonce dans la forêt, contracte ses anneaux et se tord çà et là sur le sol, jusqu'au moment où il ex- I)ire, exhalant sa vie avec des flots de sang. Alors Phœbos-Apollon prononça les imprécations suivantes : « Pourris maintenant là où tu es, sur la terre nourricière des humains; tu ne vis plus; tu ne seras plus le fléau des mortels. Non, la cruelle mort ne sera écartée de toi ni par Typhoeus, ni par l'odieuse Chimère; mais tu pourriras ici sous Faction de la Terre noire et du brillant Ilypérion. » Telles furent les impréca-

}. c'était déjà l'interprétation d'Antipatcr le Stoïcien. V. Macrob., Sat., 1, 17. 2 Ann. Inst, Arch., X, p. 284. Cf. les Hellenika du même autem*.

lions (le Phœbos ; et les ténèbres couvrirent les yeux du monstre ; et la force sacrée du Soleil le putréfia, au lieu même que, depuis, on appelle Pytho. Et les hommes ont donné au dieu le surnom de Pythien, parce que là les rayons perçants du soleil ont fait pourrir le monstre*. — Ces derniers vers, comme on le voit, n'ont d'autre intention que d'indiquer et de faire ressortir la signification du nom de Python, et Tétymologie donnée par le poëte homérique est le fondement de Tingénieuse explication de M. Forchhammer. Mais cette étymologie, bien qu'elle soit très-régulière, n'est pas nécessairement la véritable. Le mot n60a)v doit être rapproché du mot IIuOg), qui est l'ancien nom de Delphes, et du mol Iluôtoç, épithète d'Apollon. Or, rien ne prouve que le dragon ait imposé son nom à la ville de Delphes et que le mythe de sa défaite ait été l'occasion du surnom qu'on y donnait au dieu. C'est le contraire qui parait le plus probable. D'après une tradition rapportée par Eschyle', longtemps avant la fondation de l'oracle d'Apollon, il y avait à Delphes un mantéion de Gaea : ce sanctuaire portait déjà le nom de Pytho, c'est-à-dire, d'après une étymologie trè&-vraisemblable du mot*, le lieu où l'on venait consulter l'oracle. Dans ce sanctuaire était nourri probablement un serpent qui en était le gardien, enfant de la terre, animal prophétique qui était le génie du lieu et qui, pour cette raison, portait le nom de Python. Quand le culte d'Apollon fut apporté à Delphes, il eut à détrôner celui de Ga'.a, à prendre possession du trépied fatidique et^ par conséquent, à tuer le serpent qui le gardait. Par cette victoire, Apollon devint le dieu Pythios, c'est-à-dire le dieu de Voracle, Sans méconnaître l'antique origine du mythe du dragon vaincu par le dieu, nous croyons donc que ce mythe s'est transformé en se localisant à Delphes, et que le nom de Python y rappelle sim[)lement l'existence primitive du sanctuaire prophétique de Ga^a. La défaite et la mort du serpent ne seraient ainsi que l'expression du fait de la fondation de Toracle apollinaire^.

Le mythe de Python tenait une grande place dans le culte d'Apollon à Delphes. La fête des Septèria, qui se célébrait tous les neuf ans, avait pour objet principal de représenter, d'une façon vivante et dans une sorte de drame hiératique, la victoire du dieu. Sur l'une des terrasses de Delphes, on élevait une cabane de bois et de feuillage, magnifiquement

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