Plut. De Pyth. orac
Dans VIliadey quand la peste décime le camp des Grecs, c'est Apollon qui frappe de ses traits les bêtes de somme d'abord, les guerriers ensuite, dont les bùcbers s'amoncellent et s'accumulent. La mort envoyée par le dieu est, il est vrai, la plus prompte et la plus facile de toutes. Les Grecs la tenaient pour un bienfait. Hécube, en présence du cadavre d'Hector que la mort n'a pas défiguré et à qui un miracle d'Apollon a conservé toute sa beauté, ne peut s'empêcher, dans sa douleur, de comparer ce noble corps à ceux des mortels « qu'Apollon à l'arc d'argent a atteints et a tués de ses douces flèches ^ » Les douces flèches d'Apollon ou d'Artémis, telle est la poétique expression qui servait aux Grecs à désigner et à expliquer les morts subites. Ainsi, par un contraste fréquent dans la mythologie grecque, Apollon, dieu de la vie, de la joie et de l'harmonie dans la nature, devenait un dieu de la destruction et de la mort. 11 prenait place parmi les divinités fatales; il était le conducteur des Parques (Msipavé-nQç) qui président à la destinée humaine et qui en tranchent le fil ; mais, en même temps, il ne revêtait pas le caractère sombre et lugubre des divinités infernales, et sa nature de dieu heureux et lumineux s'exprimait encore par le bienfait de cette mort facile et douce dont il était l'auteur.
D'ailleurs, s'il est le dieu qui tue, il est aussi le dieu qui guérit et qui sauve. Le soleil d'été frappe de mort ceux qui s'exposent imprudemment à ses traits ; il fait naître les fièvres ; il déchaîne la peste. Mais ce même soleil répare les maux qu'il a causés ; c'est lui dont les rayons purifient l'atmosphère ; c'est lui qui, en desséchant le sol, dissipe les miabmes putrides qui s'en échappent ; c'est lui qui rend la force aux corps exténués par la maladie. Apollon, dieu de la mort, est donc, à un autre point de vue, un dieu de la santé et de la vie. Il a le pouvoir de mettre un terme aux épidémies qui déciment les mortels. C'est à lui surtout qu'on s'adresse dans ces pressantes nécessités. Il est, en effet, le dieu 'AXsçixaxsç dont les Athéniens consacrèrent la statue sur l'Acropole, à la (in de la peste de la guerre du Péloponèse*; il est le dieu secourable ('Exixoupio;) auquel les habitants de Phigalie élevèrent, dans les mêmes circonstances, le temple de Bassae ^, Dans VŒdipe Roi de Sophocle, quand la maladie ravage la ville de Thèbes, on entend partout retentir les péans qui invoquent la protection du dieu de Dèlos contre le fléau destructeur. Apollon est donc, par exceU lence, le médecin céleste qui vient au secours de l'humanité malade.