‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 13 sur 550 · XIX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIX INTRODUCTION

d*abord comme dieu de la mer par les Ioniens habitants des cdtes et des iles« n*a pénétré que plus tnrd dans Fintérieur du continent où il est devenu le dieu des lacs et des fleuves. Ce morcellement originaire des croyances religieuses a dû avoir ceUe conséquence que des divinités de nature analogue ont pu être adorées simultanément, mais sous des noms diiTcrents et «vec des légendes variées» par chacune des tribus helléniques. Les mythes qui se rattachent à ces divinités, présenteront donc nécessairement certaines ressemblances que le mythologue devra s'appliquer à saisir. Si nous rencontrons, par exemple, plusieurs circonstances identiques dans l'histoire de l'Hercule thébain, dans celles de l'Athénien Thésée et de rArgienPersée,nous pourrons en conclure que ces héros, malgré les diflerenccs apparentes qui les distinguent, sont de la même famille^ Ces analogies entre les mythes particuliers à chaque race ont-elles leur source dans le fonds commun légué à toutes indistinctement par les ancêtres ariens? Ou bien, s'expliquent-elles par l'identité des lois de l'imagination populaire, qui, se trouvant en présence des mêmes phénomènes, en recevait partout la même impression, les racontait de la même façon et créait à leur svget des histoires semblables ? C'est ce qu'il est souvent difUcile de déterminer. Mais, quel que soit le résultat où l'on arrive, il est incontestable que comparer entre elles, pour en découvrir les ressemblances , les fables grecques de diverses provenances , c'est ^'assurer un puissant moyen d'information. Il faudra, en outre, fixer son attention sur les détails locaux que chaque mythe renferme, sur la place que la tradition et les récits des poètes qui la suivent fidèlement, assignent à chacune de ces merveilleuses histoires. Toute action divine a eu, sur le sol de Grèce, un théâtre connu, déterminé; et le choix de ce théâtre indique ordinairement que c'est là que tel mythe a été le plus anciennement raconté, là qu'il s'est développé, là peut-être qu'il est né. Le savant et ingénieux Forchhammer, un des vétérans de la science hellénique, a depuis longtemps^ montré l'importance de l'étude de la nature de la Grèce pour l'intelligence de sa mythologie. Hais est-il besoin de dire qu'il s'est souvent complètement égaré en érigeant cette observation en système, en bornant volontairement sa vue à ces lumineux, mais étroits horizons, et en prétendant hardiment qu'aucun des dieux helléniques n'a pu prendre naissance ailleurs que sur cette terre privilégiée. 11 sera donc bon d'avoir les yeux fixés sur la Grèce, d'observer son ciel, ses montagnes et ses mers qui pourront nous donner

i. Ses Helienika (Berlin, Nicohi) datent de 1837. Il a publié à Kiel, en 1875, un ouvrage conçu dans le même esprit : Dfiduchos, Einleilung in das Yerstàndniss der heUeniachen Mythen, etc. (Cr. Revue critique, 22 juillet 1876).

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la clef (le quelques-unes de ses fictions mythologiques ; mais il faudra aussi savoir s*arracher à propos au plaisir de cette contemplation, potir aller plus loin et pour regarder au delà.

Gomment n*être pas frappé, en effet, des analogies que présente la poésie mythique de la Grèce avec celle de l'Inde et peut -on raisonnablement soutenir que cette poésie ne dépend absolument en rien des origines communes à tous les peuples de race arienne? Pour citer un seul exemple, il n*est personne aujourd'hui qui consente h reconnaître dans Prométhée ce qu*y voyaient les Grecs : le type de l'homme prévoyant auquel son frère Epiméthée (celui qui prend conseil après l'événement) s'opposerait comme contraste. Chacun sait parfaitement que le nom de ce héros, expliqué par la langue des Védas, nous montre en lui le ravisseur du feu céleste, bU le producteur du feu terrestre par le procédé primitif de Varani, Quelques-uns des rapprochements institués par les fondateurs de la mythologie comparée sont sans doute encore trop contestables pour qu'on les prenne comme fondements d'une interprétation solide, et une étude plus approfondie de la poésie des hymnes fera peut-être justice d'un certain nombre de fausses hypothèses et de vaines conjectures où a dû nécessairement s'égarer à ses débuts une science encore occupée à se frayer sa voie. Il y aura toujours une foule de personnages divins dont on chercherait inutilement l'explication directe dans le texte des Védas. Mais si le génie grec, en mythologie comme dans le reste, a eu une large part d'originalité qui ne saurait lui être contestée, il n'en est pas moins certain qu'en transformant tout à son image, il n*a pas tout crée, et que la meilleure manière de rendre compte de quelques-unes de ses fables consiste à remonter, quand on le peut, par l'intermédiaire de la littérature sanscrite, jusqu'à la source plus ancienne dont elles dérivent.

En passant des légendes des dieux à celles des héros qui n'en sont que la ^orme secondaire, un vaste champ de comparaison s'ouvre encore devant nous. Ce ne sont pas seulement les grandes épopées indiennes qui nous offrent certains rapports avec celles de la Grèce ; c'est toute la poésie héroïque dé TEurupe. Si les histoires d'Achille, de Paris, d'Hélène et d'Ulysse se retrouvent, dans leurs éléments essentiels, au sein des légendes populaires dont la poésie s'est emparée en Scandinavie, en Allemagne et en Russie S sans qu'il soit

[ ossible de supposer qu'elles se sont répandues, par voie de communication, dans ces divers pays, ne faudra-t-il pas en conclure que ces histoires sont l'héritage poétique commun à tous les enfants d'une même race, et

i . Voir l'ouvraj^e de M. Airrcd Rambaud sur la Hussie épique (liv. III, chap. y). Pari», Maisonneavc, 1870.

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