XXXII INTRODUCTION
pour employer les expressions d'un mythologue anglais, M. Cox, « qu*elles sont les fruits d*un seul et même arbre dont les vastes branches se sont étendues sur toutes les terres ariennes »*.
A un degré inférieur, les traditions populaires, encore actuellement vivantes on Europe, pourront nous éclairer. Malgré Faction du christianisme, la mythologie n*est pas morte ; on en trouve de nombreuses traces dans les esprits que la science ou la réflexion n'ont point cultivés. Si le peuple altère volontiers les faits historiques pour les transformer en légendes, il conserve au contraire, avec une scrupuleuse fidélité, les fictions poétiques qui lui viennent des ancêtres. Ses histoires et ses chansons, ses superstitions et ses proverbes, ses fêtes même remontent pour la plupart à une haute antiquité. Adulbert Kuhn Ta remarqué', il est tel usage populaire, comme celui des feux de la Saint-Jean, qui est la tradition vivace, perpétuée jusqu'à nous, des sentiments d'étonnement et de joie naïve par lesquels les anciens Aryas avaient accueilli la production merveilleuse du feu. Telle autre fête, comme celle de la roue flamboyante, qui se célébrait encore au commencement de ce siècle aux environs de Thionville, a pu, sans invraisemblance, être rattacliée à la même source que les mythes grecs d'Ixion et de Phaéthon'. Des superstitions encore vivantes dans nos campagnes sont à peu près les mêmes que celles des paysans béotiens du temps d*Hésiode, et viennent sans doute de beaucoup plus loin que la Grèce. Les contes populaires enfin que, depuis Texemple donné par Jacob Grimm, on recueille avec une ardeur patiente dans les différents pays de TEurope, depuis les côtes de la mer Noire jusqu'aux fiords de la Norvège et aux rochers de l'Islande, offrent au mythologue une mine féconde en obsenations curieuses et en rapprochements intéressants. Ces contes ne sont, en effet, que des mythes altérés, ou plutôt des mythes dégénérés, dont les acteurs ont perdu leur cnractère de dignité origi* nelle, où les dieux sont devenus des ogres redoutables ou des princes charmants, où les déesses se sont transformées en belles jeunes filles à Taventureusû destinée, quand ces dieux ou ces déesses, déchues de leur noble Olympe, n'ont pas descendu l'échelle des êtres jusqu'à se confondre dans les rangs des animaux et à s'alTubler de leur figure ^. Les histoires enfantines, les contes
i. The Mythology ofthe aryan nations^ I, p. 273 (liOndon, Longmann, 1870).
2. Dans son livre célèbre sur la detcente du feu et le breuvage des dieux (Die Ilerahkunft des Feuers xindde^ Gœtterlranks. — Berlin, Dûnmiler, 1859). M Frédéric Daudrya donné de cet ouvrage une analyse critique dans la Revue get-manique^ 1801, t. XIV et XV.