J ^i ' J ' i * Triple Hécate
sur les chemms,sur les rues des cites, adorée surtout dans les carrefours et à tous les points oii les routes se divisent en trois di rections. L'homme égaré dans les ténèbres implore en tremblant la protection d'Hécate, qui doit diriger sa marche. A l'entrée des villes, quand la lueur douteuse d'une lune souffrante, se projetant sur les tombeaux dont les voies étaient bordées, donnait une forme fantastique à tous les objets, on croyait entendre, avec un frisson d'horreur, passer le vol des esprits qui sortaient du ténébreux séjour pour venir s'ébattre à cotte pâle lumière. Par suite de ces impressions sinistres et de ces terreurs, Hécate devint la déesse des spectres et des évocations infernales. Elle fut en rapport avec le monde d'en bas, la compagne de Perséphone qui se confondit quelquefois avec elle. Elle présida à la magie et à toutes ses opérations. C'était à la lueur d Hécate, au bruit des hurlements des chiens qui lui étaient immolés, (|ue les magiciennes prononçaient les formules d'enchantement, qui avaient pour vertu soit d'appeler a la surface de la terre les âmes des morts, soit d'enchaîner par Famour les cœurs des vivants, soit de faire descendre la lune elle-même du cieP. Grossières superstitions qui, vers la fin du paganisme, devaient avoir une influence dominante sur le vulgaire des esprits. On vit alors
i. Paus., n, 30, 2.
2. C'élail déjà rinterprélation dos Sloïciens (Cornut. De Nat. /)., 34, 1). Cf. Welcker, Griech. Gôtterlehre, H, 408. Les Orphi(|ue$ expliquaient l'épithèlc de rpifAopfOi par les (rois règnes de la nature dont Hécate est lu souveraine.
3. Voir la description de ces pratiques de magie dans la 2* idylle de Théocrite et la 8*
Hécate devenir une des divinités favorites des femnies, du peuple ignorant, de toutes les âmes faibles ou malades qui, dans le déclin des croyances antiques et le mélange confus des religions nouvelles de toute provenance, se précipitaient sans frein au sein d'un merveilleux lugubre, dont rhorreur même les attirait.
Dans l'île de Crète, Artémis s'était confondue avec une divinité locale qui lui ressemblait par quelques-unes de ses attributions. C'était Britomartis^ <c la douce vierge »*, la protectrice des marins et des pêcheurs, qui la saluaient encore du nom de Diclynna (déesse des filets). Elle avait sa légende Cretoise, qui fut transformée par l'imagination grecque, quand on voulut la rapprocher de la divinité hellénique. C'était une jeune vierge, chérie d' Artémis, qui se plaisait comme elle à parcourir les forets et les montagnes et à percer de ses traits les animaux farouches. Sa noble beauté attire les regards de Minos, qui s'enflamme d'amour pour elle et se met à sa poursuite. La vierge fuit sans relâche, d'une course infatigable, devant le puissant ravisseur qui bientôt va l'alteindre : pour échapper à ses étreintes, elle se précipite du haut d'un rocher dans la mer, où elle tombe dans les filets d'un pécheur. De là son nom de Dictynna '. Recueillie par Artémis, elle obtient d'elle la récompense de sa chasteté et est élevée au rang d'une divinité. Depuis ce temps, elle parcourt les mers pendant la nuit, et elle apparaît aux habitants des côtes et des iles. Gracieuse personnification de la lune qui guide le marin dans sa course, qui éclaire les expéditions nocturnes des pêcheurs, et, se reflétant à la surface des flots, vient se jouer dans les mailles de leurs filets. Ou bien encore, d'après les données de sa légende, elle est l'image de la lune voyageuse, qui chemine audessus des bois et des montagnes, et qui, après une longue course, fuyant devant le soleil qui menace de l'alteindre, finit par se plonger dans l'abime de la mer. Elle est, en un mot, l'Artémis lunaire des populations maritimes. Son culte, parti de Crète, se répandit sur la plupart des côtes de la Méditerranée, depuis l'Archipel jusqu'à Marseille'.
Une confusion plus grave est celle qui se produisit entre l'Artémis hellénique et la déesse lunaire de Tauride dont le culte, d'un caractère fanatique, était lié à de sanglantes et sauvages pratiques. Suivant la
égloguc de Virgile. Cf. l'hymne orphique à Hécate dans les Mélanges de litt. grecque de N. Miller, p. 437.
1. Hcsych. BpiTÛ, y^.uxû Kpî}r<{. Cf. Solin. XI : Grctenscs Dian.im rcligiosissiinc vcnerantur, Britomartim gcneralitcr nominantcs, qaod scrmonc nostro sonat « Virgiocm dulcem. »