‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 15 sur 550 · F. Baudry, ouv. cit. t. XIV, p · texte numérisé non relu

F. Baudry, ouv. cit. t. XIV, p

4. Voir à ce propos l'ouvrage de M. A. de Gubernatis : Mythologie zoologique ou légendes animales. Cet ouvrage, écrit en anglais par l'auteur, a été traduit en français p.ir M. Paul Regnaud (l'aris, Durand et Pc<lone Lauriel, 1874).

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de fées, les chants des nourrices, et tous ces récits merveilleux qu'on essaye d 'arracher à la défiance des vieilles femmes, composent aujourd'hui tme littérature spéciale et singulièrement instructive, dont le trésor va sins cesse grossissant *. Mais les richesses de ce trésor, qui est encore bien loin d'être complet, n*ont pas été jusqu'alors sUfBsamment classées et coordonnées. La critique n'a pu encore s'appliquer à distinguer parmi ces fictions, celles qui sont relativement modernes ou celles qui ont obscurément cheminé d'une contrée à l'autre de l'Europe, de celles qui dérivent de plus haut. Dans Téfat actuel de la question, la plus simple prudence nous impose donc de ne puiser qu'avec une extrême réserve a cette source attrayante de la tradition populaire.

Ces informations et ces enquêtes, si elles ne permettent pas toujours de pénétrer 1q sens originaire des fables grecques, ont du moins cet avantage de faire ressortir nettement, par la comparaison, ce qui est le caractère distinctif, la marque propre de la Grèce en mythologie : je veux dire l'anthropomorphisme. D'autres races, sans doute, ont, elles aussi, prêté aux dieux qu'elles s'étaient faits des sentiments, des passions et même des apparencrs humaines. 11 sera toujours difficile aux intelligences non cultivées, livrées sans défense au pouvoir trompeur de l'imagination, de ne pas se représenter sous des traits sensibles la divinité, dont l'idée leur serait inaccessible autrement. Mais, si l'anthropomorphisme a eu, dans toute religion antique, une place plus ou moins large, nulle part il ne s'est mieux développé que sur le sol (le Grèce. Et pouvait-il en ère autrement? Comment une race née avec le sentiment de l'art, amoureuse de la lumière, de la couleur, de la forme, de tout ce qui fait le charme et la joie de la vie sensible, une race nullement rêveus3 et contemplative, eût-elle pu, en son premier âge de vie féconde et d'activés sensations, se contenter de concepts abstraits pour exprimer ce sentiment du divin qui débordait en elle au merveilleux speclacle des choses ? Comment, en présence de la vie de la nature, de la variété et de la perpétuité de SCS phénomènes, eût-elle pu lui supposer pour auteur et pour maître un être sans forme, sans mouvement, sans place déterminée dans l'univers, perdu dans un abîme insondable fait pour donner le vertige aux intelligences les plus fermes? Partout, en ce monde, les Grecs crurent apercevoir l'action toujours présente d'êtres mystérieux, et dans la surabondance d'un sentiment religieux poussé jusqu'à l'excès, ils firent la divinité aussi multiple que

3. Une revue sYlail fondée en France, pour recueillir tous les précieux débri* de cette litléraiurc populaire. Le nom de sa patronne, la fée Mélusine^ n'a pu réussir à la faire vivre plus dune année (1877). Trop peu de personnes, chei nous, s'Intéressent à ces études.

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les phénomènes dont leurs yeux étaient chaque jour frappés. Comme^en même temps» ils avaient conscience de leur dignité et de leur noblesse, ils prêtèrent à ces fantômes divins la forme humaine» c'est-à-dire les traits mêmes de la race hellénique, la plus belle qui ait vécu sous le ciel. Les dieux d'Homère ressemblent donc aux enfants des Grecs. Comme eux, ils ont un corps ; leurs passions sont celles des hommes ; leur genre de vie est celui des héros. Conception bien naïve ou bien grossière, au premier abord. Hais, entre Texistcnce divine et l'existence humaine, analogues sous certains rapports, il y a cepen dant un abîme. Ce corps, que Timagination grecque prêle ù ses dieux et qui semble rabaisser la divinité jusqu'à Thomme^ se nourrit d*un aliment qui n a rien de terrestre. Sa substance échappe donc aux lois générales d'altération ou de transformation que subit tout corps vivant sur la terre ; elle est incorruptible et impérissable. Tandis que, chez les hommes, la fleur de la beauté va se flétrissant avec les années pour se sécher enfln dans la mort, la figure éternellement jeune des dieux bienheureux assiste sans trouble au passage des générations humaines a qui se succèdent comme celles des feuilles » . D'ailleurs, ces corps divins sont moins des corps que des esprits, si Ton con« sidère la vitesse surnaturelle dont ils sont doués et que le poëte compare à la rapidité des mouvements de la pensée humaine. C'est d'un bond qu'ils des. eendent du ciel sur la terre et qu'ils franchissent l'espace. Ils volent, rapides comme l'éclair, sur tous les points du monde; ils sont partout; l'homme ne peut faire un pas sans les rencontrer. Ainsi, dans cette conception, en apparence purement humaine et toute terrestre de la divinité, l'idéal avait cependant une place, et les imaginations reUgieuses, avides de merveilleux, y trouvaient un aliment.

Les pages qui précédent sont loin d'avoir épuisé la matière qui s'oflrait à nos observations. Mais peut-être en a-t-on dit assez pour faire comprendre comment la mythologie grecque ne peut plus être aujourd'hui pour nous ce qu'elle était pour les contemporains de Boileau; un froid caliilogue de divinités mortes, un simple répertoire d'allégories et de figures. Peut-être aussi la question que nous laissions en suspens au début de cette introduction, a-telle trouvé sa réponse dans l'esprit de nos lecteurs. Les accusations d'immoralité que l'on fait peser quelquefois sur la religion des Grecs, ne peuvent s'expliquer, en effet, que par un malentendu ou par un défaut d'information. Car, d'une part, la mythologie n'est pas la religion, et, de l'autre, les mythes, produits irréfléchis et involontaires de l'imagination humaine, n'ont, par eux-mêmes et en raison de leur origine, aucun caractère mora h Jamais d'ailleurs, en Grèce, l'homme n'a songé à modeler sa conduite sur des exemples divins^ Jupiter a souvent été invoqué comme le protec*

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leur du droit et le vengeur du crime ; il n*a jamais été invoqué pour justifier Tadullère. Les fables mythologiques ont été sans influence sur la vie humaine; et la croyance aux dieux paraît avoir été plus salutaire encore que nuisible à la morale grecque, jusqu'au jour o& les cultes orientaux firent invasion, avec leur cortège de honteuses pratiques.

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