‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 147 sur 550 · HÉPIIiESTOS · texte numérisé non relu

HÉPIIiESTOS

Le feu n*â plus rien aujourd'hui qui nous étonne. Mais on imagine facilement quelle merveille il a dû être pour nos premiers ancêtres. Avant d'avoir conquis cet élément, avant de l'avoir asservi à leur industrie, les hommes ne le connaissaient, en effet, que par ses manifestations célestes. C'était au-dessus de leur tête, dans cette voûte immense, séjour des divinités bienheureuses, qu'ils voyaient éclater son action. Être brillant, être mystérieux, inabordable à l'homme, révélant sa présence par de soudains et redoutables phénomènes, le feu, qui avait sa source au ciel, ne pouvait être pour eux autre chose qu'un dieu. De quel eft'roi religieux n*étaient-ils pas saisis quand les aveuglait la lueur blanche de l'éclair qui fendait la nue orageuse, ou quand le dieu lui-même, sous la forme de la foudre, se précipitait d'en haut sur la terre! A ces spectacles s'en joignait un autre, non moins extraordinaire, pour les premières populations de la Crèce. Le feu divin n'avait pas seulement le ciel pour demeure : il habitait encore les entrailles de la terre où on Tentendait gronder et d'où sa flamme, en jets puissants, s'échappait des cratères volcaniques de la mer Egée. Ces aspects divers du feu durent exciter chez les imaginations primitives de vives impressions qui ont laissé leurs traces dans un certain nombre de légendes dont les principales se sont f^roupées autour d'IIéphaestos.

11 est peu de divinités helléniques dont la signification soit aussi claire. La philologie comparée nous apprend qu'il faut reconnaître dans le nom d'Héphaestos la forme grecque d'une des épithètes les plus fréquentes d'Agni, le dieu védique du feu'. Mais serait-on privé de ce

1. Max MQller identifie 'H^aiffroç à Yavishfha, épithètc d'Apni. Yavishtha osl le supcrlalif de Yiiva/i, « juvcnis >. Le nom d'Iléphscslos ne raUaclie ainsi à la mémo racine que

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renseignement, qu'il serait facile, racme en se renfermant dans les limites de la Grèce, de déterminer le caractère originaire du dieu. Ce caractère, les Grecs eux-mêmes ne Tavaient pas oublie. Nous ne rencontrons pas seulement, dans les poèmes homériques, des expressions aussi signilicatives que « le feu d'IIéphsestos » ou « la flamme d'Héphaeslos: » nous y trouvons encore le nom du dieu employé comme un mot appellatil et transformé en un synonyme poétique dezOp*. Aucun doute n'étant possible sur le vrai sens de ce dieu, il en résulte que les mythes qui le concernent devront présenter, sinon dans tous leurs détails, au moins dans leur ensemble, une certaine facilité d'interprétation.

La naissance d'IIépkestos était l'objet de deux traditions diverses. Dans Vlliade^y il est simplement le fils de Zeuset d'Hèra. Dans la Théogonie hésiodique, c'est liera qui Ta enfanté seule, sans s'unir à Zcus, dans un jour de mauvaise humeur et d'irritation contre son époux ^. Cette naissance, contraire aux lois ordinaires des générations divines, étonne tout d'abord, mais elle n'est pas sans exemple. Nous savons que Typhaon, le monstre de l'ouragan, a été mis au jour de la même façon par la reine des dieux^ Ces enfants de la fureur d'Hèra, qui, pour les produire, fuit la couche de son époux, avaient évidemment ce caractère de correspondre à des fléaux redoutables auxquels on assignait une autre origine qu'aux phénomènes bienfaisants de la nature. Ceux-ci semblaient les fruits d'une heureuse et pacifique union ; ceux-là au contraire étaient nés sans amour : la discorde des époux célestes leur avait seule donné la vie. Êtres monstrueux ou difformes, ils ne sont pas les flls de Zeus : ils sont seulement les flis d'Hèra irritée, c'est-à-dire du ciel bouleversé, où gronde le tonnerre, où se déchaîne la tempête. Dans la tradition suivie par le poète de la Théogonie, Héphaestos semble donc être l'image de l'éclair, ou, mieux encore de la foudre, qui ne naît pas ailleurs qu'au sein de l'orage.

Le dieu a pour trait caractéristique une infirmité physique. Ses pieds sont tordus ou raccourcis (KuXXo^rooiwv, pi/yo; t.oool^); il est boiteux, et l'inégalité de sa démarche provoque dans l'Olympe le rire inextinguible des dieux*. Les mythographes considéraient cette infirmité

celui d'HélK\ Le dieu <Ui (ou est le plus jeune des dieux, non parce qu'il est le dernier-né, mais parce qu'il ne perd jamais sa force (Gox, Mijthol. of Uie Aryan nations^ II, 194, note).

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