ApoUod., II, 5, il
tiennent emprisonné pendant treize mois ^ Or, les géants Aloades, dont le corps mesure neuf coudées de large et \ingt-sept de haut, qui, dès leur jeunesse, ont tenté d'escalader la demeure des dieux en entassant rOssa sur l'Olympe et lePélion sur TOssa, sont, d'après l'interprétation la plus vraisemblable', les nuées gigantesques qui se forment autour des pics des hautes montagnes où elles s'amassent et s'accumulent en masses énormes. Si, pour cette raison, les Aloades sont en rapport nécessaire avec Ares, il semble qu'ils devraient être plutôt les serviteurs du dieu que ses ennemis. Mais la fable en question exprime peut-être un des phénomènes précurseurs de l'orage : le moment où sa fureur n'est pas encore déchaînée, où les immenses vapeurs qui viennent d'envahir toute la voûte du ciel sont encore immobiles, et où il semble qu'elles enferment dans leurs flancs le souffle de l'ouragan, qui bientôt va faire effort pour se dégager de ses liens et briser sa prison avec fracas.
Dans le chant célèbre que le poète de VOdyssée met dans la bouche de Démodocos, Ares nous apparaît encore enchaîné; cette fois, par les soins d'Héphaestos. Mais ici, le mythe de la captivité du dieu se complique de la fable de ses amours avec Aphrodite : fable dont Porigine n'est probablement pas très-ancienne. Dans V Iliade, il est vrai, Ares et Aphrodite se trouvent déjà en rapport. Quand la déesse a été blessée par la lance deDioraède, Ares lui prête son char pour remonter vers l'Olympe ; à son tour, Aphrodite prend le dieu par la main et le lire à l'écart de la mêlée, quand il a été renversé par Athèna'. Mais cet échange de bons offices n'implique encore entre ces deux divinités que des relations d'amitié et de réciproque bienveillance. Dans VOdyssée, au contraire, Ares et Aphrodite sont deux amants qui consomment leur secrète et illégitime union dans la demeure d'Héphaestos absent. Uélios aux regards duquel ils n'ont pu échapper, prévient le forgeron divin. Dans sa colère de mari trompé, Héphsestos médite une cruelle vengeance. Il court à sa forge ; il y fabrique un filet aux mailles inextricables et irrésistibles, au réseau lin comme une toile d'araignée, qui, assujetti au pied du lit, se referme de lui-même sur le couple amoureux qu'il enlace. Pris au piège, enchaînés sans pouvoir faire un mouvement. Ares et Aphrodite deviennent Pobjet de la risée de tous les dieux qu'Héphaestos 0 appelés pour les prendre à témoin de l'impudence des deux amants *. La significalionde cette fable voluptueuse est assez difficile à déterminer. On peut supposer que le poète, se trouvant en présence de deux tra-
1 Apollod., 1,7. 4.
*2. Cox, Mythol. ofthe Aryan nation», II, p. 254.
o.niflrf., V,363;XXÎ,416.