I. — TUÉMIS. — LES HEURES. — LES CHARITES. - IRIS. — GANYMÈDE. — HÉBÉ
La vie des dieux réunis en famille sur les sommets de l'Olympe est, chez Homère, Timage idéale de la vie que mènent dans leurs palais les chefs de peuples de l'âge héroïque. De même que ceux-ci ont une suite de serTiteurs, les grands dieux célestes sont entourés d'un cortège de divinités secondaires, chargées d'exécuter leurs ordres, de préparer leurs festins, de leur offrir le nectar et Tambroisie, de charmer par la musique et par la danse les loisirs de leur immortalité. Sur l'Olympe, nous trouverons donc une messagère comme Iris, des échansons comme Hébé et Ganymèdc, des chanteuses et des danseuses comme les Muses et les Charités. Ces divinités secondaires, à qui l'anthropomorphisme hellénique prêta certains caractères moraux et intellectuels, doivent comme les autres leur origine à des phénomènes naturels dont le souvenir s'est conservé dans les traditions légendaires qui les concernent.
La seule de ces divinités qui semble échapper à celte loi est ThémiSf qui, dès la plus haute antiquité grecque, parait avoir été une abstraction morale personniBée. Chez Homère, Thémis remplit les fonctions de héraut de Jupiter, au nom duquel elle convoque le conseil des dieux. Elle est, en quelque sorte, la maîtresse des cérémonies de l'Olympe. Quand l'épouse de Jupiter rentre dans le palais divin, c'est Thémis qui va au-devant d'elle et qui lui présente la coupe ; c'est elle encore qui préside aux festins des immortels ^ Exécutrice des volontés de Jupiter, Thémis est la divinité qui fait régner le bon
i. Itiad., XX, 4; Odyss., II, GS; Iliad.,\yfil, 05.
ordre dans TOlympe. Son/iom d'ailleurs, quand il n'est pas celui d'une personne divine, est le nom même de l'ordre, de Tordre établi et consacré par l'usage : le pluriel du mot a» ôéi^-irre; désigne les lois ou les arrêts de la justice humaine, et les Ôéixirrs; Aie; sont les arrêts de Jupiter. Cette signification morale de Tliémis, déjà indiquée chez Homère, s'est développée dans les âges suivants. Quand Hésiode donne à Zeus pour première épouse Métis et pour seconde épouse Thémis, il veut évidemment exprimer cette idée abstraite, que, comme l'intelligence est nécessairement associée à la personne du dieu suprême, l'ordre, dont Thémis est la personniGcation, est également inséparable de lui. C'est pour donner à cette dernière conception une haute importance qu'il fait de Thémis une des plus anciennes divinités, une divinité de race titanesque, fille d'Ouranos et de Gœa^ Thémis sera donc souvent représentée par les poètes assise auprès du trône de Zeus, avec lequel elle s'entretient familièrement et dont elle inspire la sagesse *. Protectrice de tous les droits, de celui de l'hospitalité surtout ', elle est sur la terre la déesse lyyoiix qui poursuit les traces de Tinjustice ^, la déesse qui voit tout (icavSepxfjç), à ce titre considérée quelquefois comme la 611e d'Hélios'. Thémis préside donc à la justice humaine ; justice d'origine céleste, car elle se rattache à l'ordre universel dont Zeus est le maître souverain. Déléguée pour veiller à cet ordre nécessaire des choses, Thémis est, par là même, douée de la connaissance de l'avenir. De là le caractère prophétique que lui attribuent certaines traditions. Eschyle en avait fait la mère du « prévoyant » Prométhée, et à Delphes, on rapportait que Thémis avait succédé à sa mère Gaîa dans la possession de l'oracle qu'elle avait ensuite cédé à Phœbos^ Une peinture de vase (flg. 65) nous la montre assise sur le trépied delphique, en face d'un personnage qui vient la consulter'.
Dans la Théogonie, Thémis est la mère des Heures : généalogie qui trahit les préoccupations morales du poète hésiodique plutôt qu'elle no correspond à une croyance populaire. Homère, en effet, qui ne cite pas les noms particuliers des Heures, ne parait pas non plus connaître leur
i. Thcog., 135; 901, sqq. La grande idée dont Thémis est l'expression se traduit encore dans les noms significatifs de ses filles : Eunomia, Dikè, Eirùnc.
2. Bymu. hotn., XXIII, Baumeister. Dikè joue le même rôle (Hcsiod.,0». et D , 255).