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que de flatter son public. Miranerme, Alcman, et quelques autres poètes, outre ces Muses iiouvelles, filles de Jupiter, reconnaissaient des Muses plus anciennes, filles d'Ouranos et de la Terre*. Mais, dans cette généalogie, inventée et accréditée par des poètes, il ne faut voir que l'intention d'exprimer l'antique origine et la souveraine puissance de l'art des Muses.
Les rhapsodes de THélicon fixèrent également le nombre et le nom de ces divinités. Dans la Théogonie, elles sont au nombre de neuf, et elles portent déjà les noms qu'elles conserveront pendant toute la durée de la religion hellénique: Clio, Enterpe, Thalie, Melpomène, Terpsichore, Érato, Polymnie, Uranieet Calliope. C'est sous ces noms qu'elles furent honorées d'abord dans le pays de Thespies, et ensuite dans toute la Grèce. D'après Pausânias, il est vrai, les Muses primitives, dont le culte fut institué par les Aloades fondateurs d'Ascra, portaient les noms de Mélétèy Mnèmè, Aoidè *. Mais ces dénominations ne peuvent être bien anciennes : elles appartiennent plutôt à une époque de réflexion et d'abstraction, car elles indiquent simplement une division de l'art des rhapsodes en invention, mémoire et chant. De même les sept Muses de Lesbos rappellent l'heptacorde inventé par ïerpandre ou les rapports qui unissent ces divinités à Apollon Hebdomagète. Le nombre huit donné aux Muses par les Pythagoriciens se rapporte, suivant Plutarque, aux huit sphères célestes*. A Sicyone, une des trois Muses portait le nom de Polymathia^, A Delphes, elles empruntaient leurs noms à l'art de la lyre, comme l'indiquent les dénominations de Nélè, Mésè, Hypatè *. La religion des Muses fut donc soumise, comme celle des autres divinités grecques, à un certain nombre de variétés locales. Mais tous les témoignages que nous possédons à ce sujet sont d'une époque très-postérieure à la Théogonie et nous permettent de croire que les Muses distinctes de celles de Thespies n'eurent jamais une grande place ni dans la religion ni dans l'art.
Les Muses n'ont pas été pour les Grecs de pures abstractions. « Quand Hésiode fait leur éloge, il n'en parle point par ouï-dire ; il
1. Pausan., IX, 29, 4. Diod., IV, p. 150, b. Schol. Pind., Nem,, III, 16. Celte gén&ilogie se retrouve dans une épigramme d'Antipater de Thessalonique (Anthol., éd. Jacobs, IX, 26).
2. Pausan.,IX, 29, 2. Ces Muses ternaires sont représentées sur un vase athénien d'époque ancienne (Stackelberg, Grâber der Hellenen, pi. 19), et Mélétèse voit, avec Musée et Terpsicbore, sur une amphore de Vulci {Monum, ined. Inêt. Arch., V, pi. 37; Cf. Annal., 1852, art. d'O. Jahn).