Ibid., p. 744, d
les a vues lui-même* ». C'est dans le pays d'Ascra qu'on entendait pendant la nuit leurs voix harmonieuses, quand, enveloppées d^une nuée épaisse, elles descendaient des sommets de niélicon, chantant les dieux et se communiquant aux hommes ; c'est autour d'Aganippe qu'elles formaient leurs chœurs aimables. La vive imagination du peuple croyait les entendre au sein des solitudes, dans le voisinage des sources et des eaux limpides. Leur plus ancien sanctuaire, celui deLibéthrion, était situé sur les pentes orientales du mont Olympe, au milieu d'un pays arrosé et coupé par de nombreux ruisseaux *, La colonie piériennc r|ui vint s'établir en Béotie y apporta avec elle l'habitude d'honorer les Muses près des cours d'eau et des fontaines. Le souvenir de la patrie qu'elle avait quittée lui fit donner le nom de Libéthrion à cette partie de la chaîne de l'ïlélicon qui est voisine de Coronée, et là, près de deux sources « qui ressemblent à des ma* melles de femmes et versent une eau douce comme le lait », fut établi un culte des Muses LibélhrideSj qui était encore en vigueur à l'époque de Pausanias'. Dans la partie de THélicon spécialement consacrée aux Muses, en face d'Ascra, jaillissent de nombreuses sources et courent plusieurs ruisseaux : on connaît les noms d'IIippocrène, d'Aganippe, du Permesse, de l'Olmée ; les ruines du sanctuaire des Muses se voient encore aujourd'hui sur les deux rives d'un torrent*. ACorinthe, la source de Pégase, Pirène, était consacrée aux Muses. A Trézène enfin, ces divinités étaient honorées sous le nom de Muses Ardalides, épithètc dont le sens est le même que celle de Libéthrides^ . Les sanctuaires des Muses étant toujours placés dans le voisinage des sources et des ruisseaux, il semble raisonnable d'en conclure qu'elles furent primitivement des divinités des eaux. Cette première vraisemblance, tirée de la topographie et de l'étymologie, est confirmée par d'autres témoignages.
« Épicharme, dit Tzetzès ', dans le mariage d'Hébé, nomme sept filles de Piéros et de la nymphe Pimpléis : NilOj Triloé, Asopo^ Heptaporé, Achéloïde, Titoplo et Rhodia ». On reconnaît facilement que tous ces noms, sauf le mot Titoplo, probablement altéré, sont empruntés à des fleuves. Mais est-ce par un simple caprice d'imagination que le poète sicilien a appliqué aux Muses ces dénominations? On