Soph., OEdip. Col., 869. Eurip.» Hec
qui dénonce à IléphaBstos les amours d'Aphrodite etM'Arès; c'est lui qui apprend à Dèmèter renlèvement de sa fille et qui lui révèle le nom du ravisseur. Mais à ces images naturelles se mêlent, en Grèce, des idées morales. Comme llélios est le grand et inévitable témoin des actions des hommes, il est invoqué à côté de Zeus dans les formules de serment ; comme sa vue est la plus perçante de toutes, conjme il dissipe et illumine les ténèbres, il devient le principe de la sagesse et de la science humaines ^
A l'action bienfaisante du soleil dont Hélios est Timage, s'oppose son énergie malfaisante qui se personnifie dans Phaéthon, Au temps de Vlliade^ Phaéthon n'est encore qu'une épithète du Soleil. Mais plus tard, il fut distingué de lui ; il devint son fils, né, disait-on, de l'union du dieu avec l'Océanide Clymène, épouse de Mérops, roi des Éthiopiens'. Son histoire est connue. Jeune homme présomptueux, il eut la prétention de vouloir diriger pour un jour le char de son père. Malgré les craintes et les représentations de sa mère, il part; mais, impuissant à maîtriser les coursiers, il s'écarte de la route qu'il devait suivre; il est entraîné vers la terre, il s'en approche de si près qu'il en dessèche les fleuves et qu'il en bnile le sol. Jupiter qui assistait à ce spectacle, veut préserver la terre d'un embrasement universel ; il foudroie Phaéthon qui tombe consumé dans l'Êridan. Ce châtiment rappelle celui d'Ixion, qui a brûlé vif un homme, d'Ixion précipité par la foudre de Jupiter dans les enfers où il est condamné à tourner éternellement, attaché à une roue qui n'est autre que la roue solaire. Le mythe de Phaéthon rappelle encore celui de Çushna dans la poésie védique. Çushna « le desséchant », c'est, comme Phaéthon, le soleil qui embrase la terre; comme le héros grec, il est combattu par le dieu du ciel, par Indra, qui le frappe de sa foudre, après avoir dérobé la roue du soleil derrière les nuées*. Ces différentes fables expriment donc l'ardente et funeste action du soleil d'été qui brûlerait toute la végétation terrestre, si le maître du ciel n'amassait les nuées orageuses, où ce malfaisant génie est d'abord caché, où il semble ensuite consumé par la foudre et précipité avec elle des hauteurs célestes. Le mythe grec ajoutait que Phaéthon avait été enseveli par les Nymphes; que ses sœurs, leslléliades, s étaient lamentées sans fin sur son tombeau, jusqu'au jour où elles avaient été changées en aunes ou en peupliers blancs^. Leurs pleurs séchés et figés
1. lliad., III, 277. Pindare, pass. cité. Cf., Olymp., VII, 72.
2. La Théogonie entait le fils de Képhalos et d'Èos (v. 987).
3. Nous empruntons ces rapprochements au travail de M. fiaudry cité plus haut {Rev. German,^ 1861, l, p. 309-71).
4. Sur la légende de Phaéthon, v. Eurip., Hippol., 737; Apollon. Rh., IV, 508, sqq, Hygin., Fab., 152, 154. Ovid. Melam., I, 755; II, 340-366.
sur le soi étaient devenus de l'ambre : la brillante matière qui a l'éclat doré du soleil et la transparence d'une larme. A cette fable localisée sur les bords de TÉridan se rattachait, comme on le voit, l'origine mytlii(|ue de Tambre, dont le commerce dans l'antiquité a suivi les voies de l'Adriatique pour se répandre en Grèce.
Hélios a pour sœur Èos^ celle qui nait le matin (i^pt^éveia), la vierge aux bras ou aux doigts de rose (poSéicrjxu;, ^oooSâxTuAs;). Èos, c'est l'aurore dont les roses clartés enveloppent en un instant la terre comme dans un vaste embrassement, ou se projetant sur le ciel en larges raies de lumière, offrent une certaine analogie avec les doigts ouverts d'une main étendue. Comme le phénomène de l'aurore suit celui de l'aube et précède l'apparition du soleil, Èos est la déesse aux blancs coursiers (Xeux6ica)Xo<;) ou au trône d'or (xpu(76ôpovo<;). Elle se confond quelquefois avec la lumière même du jour, personnifiée dans Hèméra^. Comme son frère Hélios qu'elle devance et qu'elle annonce, elle est représentée par l'art couronnée de rayons, montée sur un quadrige attelé de chevaux écumants qui galopent en s'élevant au-dessus des ilôts de la mer, tandis que son fils Phosphores (l'étoile du matin) vole devant eux, sous la forme d'un génie ailé au front rayonnant'. Quand elle est seule, c'est une vierge au riche et magnifique costume, que de grandes ailes portent à travers les airs d'où elle répand, d'une urne inclinée, la rosée sur la terre.
L'éclat incomparable de l'aurore, sa fraîcheur toujours nouvelle, sa courte et passagère durée s'expriment dans les mythes helléniques. Ëos, la belle déesse, objet d'admiration pour toute la nature, est une vierge amoureuse qui s'éprend de tout ce qui est jeune et brillant comme elle. On disait qu'Aphrodite, jalouse de ce qu'elle avait accordé ses faveurs à Ares', l'avait enflammée d'amour pour plusieurs beaux mortels à la florissante jeunesse, qu'elle avait enlevés pour jouir de leur beauté : Képhalos, Orion, Clytos, Tithon qu'elle transporta en Ethiopie. Cedernier est représenté comme l'époux dont elle quitte chaque matin la couche pour aller porter la lumière aux dieux et aux hommes. Son histoire s'est développée dans les traditions grecques. On racontait que Tithon^ avait jadis séduit Èos par ses grâces et par l'éclat de son visage. La déesse l'avait enlevé ; mais, en obtenant de Jupiter qu'il fut immortel,
1. Esch., Pers., 423. Eurip., Troad., 848. Nous suivons ici l'interprétation de Preller, Griech. Myth., I, p. 359.
2. Voir surtout un vase peint de Canosa reproduit et décrit par Gerhard, LichlgoUheiten^ Ahadem. Abhandl., pi. 111, 1.
4. D'après M. Sonne {Zeiisch., f'.vergl, Sprachf,, IX, p. 178) le mot T^ôwv équivaut au sanscrit Didhydnan <r brillant ».
elle avait oublié de demander en mcmc temps pour lui une jeunesse éternelle. Elle Temmène dans sa demeure brillante sur les bords de rOcéan : mais leurs amours ne sont pas de longue durée. La chevelure de Tithon commence à blanchir et son front se sillonne de rides. En vain, Èos essaye de rajeunir son époux en le nourrissant d'ambroisie, en le parant de magnifiques vêtements. Les progrès inévitables de la vieillesse suivent leur cours, et bientôt Tithon tombe dans un état de complète décrépitude; il ne lui reste plus que la voix, une voix aiguë comme celle de la cigale, en laquelle, d'après certaines traditions, il fut à la fin métamorphosé*. Tithon aimé d'abord, puis dédaigné de son épouse Éos, c'est l'image du jour : du jour qui est immortel, puisqu'il revient sans cesse, qui le matin est frais et beau, digne de l'amour de la jeune aurore ; qui le soir vieillit, perd sa force et sa beauté-. Le nom de Tithon, dont on faisait soit un héros troyen, soit un roi d'Ethiopie, était devenu chez les Grecs le symbole de la décrépitude de rextrcme vieillesse.
De l'union de Tithon et d'Èos étaient nés Memnon et Èmathion'*. Ce dernier personnage n'a pas d'histoire ; mais Memnon joue un rôle important dans les traditions épiques. « Le plus beau des hommes qui aient paru devant Troie, » il devient l'allié des Troyens après la mort d'Hector : il tue Antiloque, mais il tombe, jeune encore, sous les coups d'Achille^. Sa mère Ëos, inconsolable de sa mort, pleura longtemps sur son corps; elle le transporta dans sa demeure divine et obtint pour lui l'immortalité. Memnon était le héros principal de VÉlhiopille d'Arctinos. Son histoire, dont la poésie grecque s'est emparée, parait un emprunt fait à l'Asie. « Son caractère de prince oriental et toutes les traditions qui le concernent, dit M. Maury', nous font reconnaître en lui l'incarnation d'une divinité solaire de l'Asie, une sorte de Baal ou d'Adonis. » Memnon, c'est donc le soleil à la vie éphémère, trop tôt enlevé à l'admiration et à l'amour des hommes; c'est le jour brillant, assimilé à un jeune homme dont on célébrait, dans tout l'Orient, la merveilleuse beauté et dont on pleurait la mort prématurée.
Une autre sœur d'Hélios est la Lune personnifiée, dont les deux noms divers Sélènè et Mène rappellent soit l'éclat de sa lumière (céXaç), soit ses transformations périodiques pendant la durée du mois ([jl^v) dont elle règle le cours. La poésie grecque représentait Sélènè comme une femme