Théog., T. 624 et siiiv
2. Ilnd., 693-712. Tmcl. de M. Patin dans V Annuaire des éludes grecques (1872).
La grande image sur laquelle se termine ce récit, nous en donne le sens. Elle a pu être inspirée au poêle, ou à Timagination populaire dont il est l'interprète, par le spectacle qu'offre la nature elle-même dans certaines parties de la Grèce, par la vue des grands éboulements de rOlhrys et de l'Olympe, des blocs erratiques que Ton rencontre sur leurs pentes et à leurs pieds, de leurs immenses ravins, de leurs profondes déchirures. A ces images réelles, s*est associée la tradition d'un grand bouleversement géologique dont la Tliessalie a été autrefois le théâtre, bouleversement contemporain de l'humanité et dont le souvenir s'était conservé dans le récit du déluge de Deucalion. Le mythe du combat des dieux et des Titans, bien qu'il remonte à la source commune de toutes les fables de la race arienne, n'est donc pas la même chose, dans la Théogonie du moins, que la lutte d'Indra contre les Asouras dans la poésie védique, c'est-à-dire la lutte du dieu lumineux contre les démons des nuages. Le récit d'Hésiode a une autre portée ; il est, à proprement parler, la restitution poétique, faite par une imagination puissante, d'une des grandes révolutions qui ont jadis remué le sol de la Grèce. C'est en cela qu'il se distingue des descriptions analogues que l'on rencontre dans les mylhologies des différents peuples. La mêlée des Titans, séparés en deux camps et deux armées, rappelle sans doute le combat que se livrent, dans la mythologie persane, les Dews et les Izeds, les bons et les mauvais génies ; elle rappelle également la lutte des a anges de Dieu contre les anges de Satan » qui est décrite dans un livre apocryphe de l'Ancien Testament*. Mais aucun de ces récits ne repose, comme celui de la Théogonie, sur un fonds de vérité scientifique, qui a été, non pas aperçue, mais pressentie par le merveilleux instinct du génie grec.
Le Tartarey où les Titans sont enfermés, et tel que le poète nous le décrit, appartient au contraire entièrement à la tradition populaire. Dans la preuïière cosmographie des Grecs, l'univers se divise très-nettement en trois zones : au milieu se trouve la terre; au-dessus le ciel et l'élher; au-dessous, le Tartare. Le Tartare ténébreux, prison des dieux vaincus, partie inférieure du monde, forme donc le contraste le plus complet avec l'Olympe, la région supérieure et lumineuse où vivent les dieux triomphants, qui personnifient le nouvel ordre de choses. Dansllliade, Jupiter menace les divinités qui désobéissent à ses ordres de les précipiter dans la nuit du Tartare; demeure d'airain, fermée