Haary. Relig. de la Grèce, I
par des porics de fer, et qui est située aussi loin au-dessous de TAdès, que le ciel lui-même est éloigné de la terre*. Le poëte de la Théogonie reproduit celte dernière image et il la précise en ajoutant : « Si une enclume d'airain était précipitée du cieU elle tomberait pendant neuf jours et neuf nuits, et n'atteindrait la terre qu'à la dixième aurore; tombant de la terre, elle descendrait de même neuf autres jours , neuf autres nuits, et à la dixième aurore seulement entrerait dans le Tartare*. » CVst là, dans cette région humide et désolée, remplie d'épaisses vapeurs, enveloppée d'une nuit éternelle, que gisent les Titans ; leur prison est entourée d'un mur d'airain, fermée par des portes que Poséidon a fabriquées, et qu'il leur est à jamais interdit de franchir : a Gouffre immense dont on ne pourrait atteindre l'extrémité dans le cours d'une année entière, où l'on irait sans cesse et sans trêve, emporté çà et là par d'impétueux tourbillons*. » Au-dessus du Tartare, sont les racines de la terre et de la mer; au-dessous, sont les dernières limites des choses. Le Tartare, région inférieure de l'univers, se distingue donc très-netlcment, à l'origine, de l'Adès qui est situé dans l'épaisseur du disque terrestre. Mais plus tard, quand les Titans se confondirent avec d'autres monstres qui sont, comme eux, les images des forces désordonnées de la nature, on leur attribua un séjour plus rapproché du domaine de l'homme; ils devinrent les puissances mauvaises, qui habitent les entrailles du sol, où l'on entend les grondements de leur colère dans le fracas des tremblements de terre, et d'où ils menacent encore la brillante lumière du ciel par les torrents de fumée qu'ils vomissent du cratère des volcans. Les Orphiques ont été fidèles à l'idée de la Théogonie quand ils ont fait des Titans les éléments déréglés et pernicieux de la nature, en révolte contre l'ordre établi par les Olympiens, et quand ils les ont représentés mettant en pièces, dans leur sauvage fureur, le corps de Zagreus.
Après la défaite des Titans, il semblait que l'univers fût désormais pacifié et soumis sans conteste aux dieux olympiens; il n'en est rien cependant. La nature, par un dernier effort de sa monstrueuse fécondité, enfante un nouveau Titan : Typhoeus, fils de la Terre et du Tartare. Comme ses aînés, il essayera de lutter contre Zeus. Le grand combat, qui paraissait fini, va se renouveler. Si l'issue n'en peut être douteuse, si la victoire appartiendra encore à Jupiter, la lutte sera terrible et ébranlera tout l'univers. Nous aurons l'occasion de revenir sur le récit hésiodique en analysant le mythe de Typhoeus ; mais, dès