‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 220 sur 550 · I. — PROMÉTHÉE. — PHORONEE · texte numérisé non relu

I. — PROMÉTHÉE. — PHORONEE

La légende de Promélhéc, analogue, sous certains rapports, à celle d*Héph»stos, correspond à un ordre d'impressions voisines, mais différentes. Cette légende a pour fond un grand événement, qui avait vivement frappé Timaginalion de ses premiers témoins et dont le souvenir ne devait jamais s'effacer de la mémoire populaire : celui de la découverte du feu. Que Ton écarte en effet toutes les fictions poétiques el tous les rêves de Page d'or ; que Ton essaye de se représenter, dans sa réalité grossière, ce premier état misérable de l'humanité dont Lucrèce, après Eschyle, nous a tracé le saisissant tableau et dont la science actuelle confirme l'exacte vérité ; et Ton comprendra comment une vie nouvelle commença réellement pour rhomme, le jour où il vit jaillir la première étincelle du frottement de deux morceaux de bois ou des veines d'un silex. Le feu qu'il venait de découvrir, qu'il allait faire servir à l'amélioration de sa vie, était la première arme mise entre ses mains pour dominer la nature. Dès lors, les fruits crus et les chairs sanglantes ne sont plus son unique nourriture; il quitte les cavernes qui lui servaient de retraites; il se bâtit des demeures solides qui l'abritent contre l'intempérie des saisons ; il n'est plus réduit à disputer sa vie et sa place sur la terre aux bétes fauves ; il découvre les métaux que le feu lui apprend à travailler ; il est sur la voie de toutes les industries et de tous les progrès. Comment donc les hommes n'auraient-ils pas éprouvé un sentiment de vive reconnaissance et de respect religieux à l'égard d'un élément qui avait été l'instrument de leur premier bienêtre? Comment n'eussentrils pas été pendant longtemps émerveillés à la vue de cet être mystérieux qu'ils pouvaient faire naître à leur gré et qui, à peine né, grandissait et se développait avec une singulière

puissance? Cette flamme terrestre n'était-elle pas d'une nature analogue à celle qui leur envoyait d'en haut sa lumière et sa chaleur, ou qui les épouvantait dans la foudre, et ne provenait-elle pas de la même source? Si son origine était au ciel, ne fallait-il pas qu'elle eût été un jour apportée sur la terre? Et, s'il en était ainsi, quel était l'être puissant, l'être bienfaisant, homme ou dieu, qui en avait fait la conquête? Ces questions que dut se poser de bonne heure la curiosité des Âryas, en Grèce, trouvaient surtout leur réponse dans le mythe de Prométhée.

Il n'est plus permis aujourd'hui d'expliquer le nom de Prométhée commele faisaient les Grecs, qui, se fondant sur l'analogie apparente de npo[jLT;0£iji; avec le verbe zpofjiavôava), voyaient en lui le type de l'homme « prévoyant », auquel, pour la symétrie, ils avaient donné un frère, Épiméthée «celui qui prend conseil après l'événement ». Les indianistes nous apprennent qu'il faut voir dans le mot grec Upo[ixfiiù^ l'équivalent d'une forme sanscrite prâmathyus, dérivée du mot pramanthay et qui veut dire « celui qui obtient le feu par le frottement. » Cette interprétation, en nous montrant l'origine arienne de la légende du héros d'Eschyle, nous fait remonter jusqu'au procédé primitif auquel les hommes durent vraisemblablement la découverte du feu, et qui, aujourd'hui encore, est usité dans l'Inde pour allumer la flamme du sacrifice, a Ce procédé, tel qu'il est décrit minutieusement dans les Sulras védiques, dit M. F. Baudry *, consiste à faire tourner rapidement un bâton dans un trou pratiqué au centre d'une pièce de bois. Le frottement développe une chaleur intense et finit par faire prendre feu aux éléments ligneux en contact. Le mouvement imprimé au bâton n'est pas une rotation continue, mais une série de tours en sens contraires, au moyen d'une corde fixée au bâton par son milieu ; l'opérateur en tient un bout de chaque main, et les tire alternativement par vives saccades.... L'acte dans son entier est désigné en sanscrit par le verbe manthâmi^ mathnâmi qui signifie « frotter, agiter, secouer, obtenir en frottant » et s'applique spécialement au frottement rotatoire, comme le prouve son dérivé mandala, qui signifie un cercle.... Les pièces de bois qui servent à la production du feu ont chacune leur nom en sanscrit. Le bâton qui tourne est dit pramantha ; le disque qui le reçoit s'appelle arani, et le duel aranî^ « les deux aranîs », désigne l'ensemble de l'instrument. »

D'après ces explications, Prométhée a été conçu, à Porigine, comme

1. Leê Mythes du feu et du breuvage céleste. Revue germanique, 1861, p. 358 cl siiiv. Ce travail de M. Baudry est une analyse critique de l'ouvrage d'Adalbert Kuhn qui a pour titre : Die Herabkunft des Feuers und des Gôttertranks (Berlin 1859). Le rapprochement de Pi^omélhcc cl du pramanlhat conteste par Poil, a été de nouveau jusUtié par M. Baudry dans les Mémoires de la Société de linguistique, t. I, p. 357 ot suiv.

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