GÉNIES DU FEU. — PROMÊTHÉE
de sa race. » Dans les traditions mythologiques, la même fonction est quelquefois attribuée indifféremment à Héphœstos et à Prométhée : c'est tantôt Tun, tantôt l'autre qui fend de sa hache la tète de Zeus pour en faire sortir Âthèna ^ Le souvenir de leur affinité originaire s'était fidèlement conservé dans le culte attique, comme en témoigne l'autel qui leur était commun et la réunion de leurs images sur la même base, à l'Académie •. Or, Héphaestos étant avant tout le dieu du feu céleste, son étroite parenté avec Prométhée peut nous faire supposer que celui-ci eut la même signification, avant que son rôle se fût restreint à celui d'un bienfaiteur des hommes, qui leur apporte Tétincelle divine. L'enchaînement du Titan et sa délivrance sont donc des expressions mythologiques qui nous paraissent devoir s'expliquer par le spectacle que présentait dans le ciel Taction intermittente du feu. Mais ces expressions étaient applicables à plusieurs phénomènes divers. Elles pouvaient s'entendre, soit du soleil enchaîné dans la nuit et qui ne retrouvre sa liberté qu'avec l'aurore, soit du soleil qui perce le nuage où sa puissance est restée longtemps entravée, soit encore du feu de la foudre qui se dégage avec fracas des liens de sa prison céleste. C'est cette dernière interprétation qui nous parait rendre le compte le plus satisfaisant des détails de la légende de Prométhée.
Le feu dont l'homme se servait étant le résultat de l'action du pramantlia dans l'arani, les Aryas durent supposer que le feu céleste avait la même origine et ils durent s'imaginer qu'un dieu armé du pramantha, ou un pramantha divin, exerçait au sein des nuages une friction violente qui donnait naissance à Téclair et à la foudre. Cette hypothèse, dont Ad. Kuhn est l'auteur, est confirmée de preuves nouvelles par M. Baudry, que nous sommes heureux de pouvoir citer ici. « Cette opinion, dit-il, atteint un haut degré de probabilité quand on la rapproche de celles des philosophes grecs sur l'origine de ce phénomène météorologique. D'après le témoignage de Plutarque ', les stoïciens croyaient que le tonnerre est un combat de nuées, et l'éclair un embrasement par friction, et Aristote voyait dans la foudre le résultat de nuages qui se froissent l'un contre Fautre. Qu'était-ce que cette théorie, sinon la traduction savante de la production du feu par la friction? Sénèque le philosophe, qui suivait l'école des stoïciens, est encore bien plus explicite n cet égard. 11 fait hardiment le rapprochement qui nous occupe. « On peut, dit-il, allumer le feu par la friction, par exemple, en trottant longtemps deux morceaux de bois