Philosoph. Placit., IIl
l'un contre Tautre. Tous les bois ne sont pas propres à cet usage ; il faut choisir ceux d'où Ton peut tirer le feu : le laurier, le lierre et d'autres qui sont bien connus des bergers. 11 se peut donc faire que les nuées aussi produisent le ieu suivant la même méthode, soit par la percussion, soit par le frottements » Le choix des bois cités, qui sont précisément l'arbre et le parasite, conformément aux idées mythologiques, nous confirme dans la pensée que cette explication, qui n'a pour elle aucune espèce d'observation exacte, est le fruit d'un ancied souvenir et d'une tradition religieuse. Il y a donc tout lieu de croire que dès l'antiquité la plus haute, avant la dispersion des Aryas, on pensait que le pramantha allumait le feu dans la nuée orageuse aussi bien que dans les aranis » '.
Ces réflexions nous paraissent d'autant plus justes qu'elles expliquent les faits essentiels du mythe de Prométhée. Si le pramantha dont le Titan est la personnification, est le producteur de l'éclair et de la foudre, on comprend qu'il ait été conçu comme une puissance malfaisante, comme un mauvais génie dont les forfaits attirent la colère de Zeus. Le feu que les hommes allumaient sur la terre, était, en eiTet, pour eux un bienfaiteur, un dieu ami ; celui qui, en tombant du ciel, ravageait et consumait tout sur son passage, devait leur paraître au contraire un être redoutable, un dieu hostile. C'était ce démon funeste qui faisait sortir la flamme de la retraite où elle était cachée; c'était lui qui se révoltait contre les dieux calmes et bienheureux en faisant retentir leur demeure d'un épouvantable fracas. Quand son action s'arrêtait, n*était*il donc pas naturel de supposer qu'il avait été chargé de liens en punition de ses crimes? Quand, après un long intervalle, elle éclatait de nouveau, ne devait -on pas dire qu'il venait d'être relâché? Cette délivrance, dans la légende grecque, s'opère par les soins d'Hercule, héros solaire dont la nature ignée se rapproche de celle du Titan : elle est, on s'en souvient; la condition indispensable du salut de Zeus et de la conservation de son empire. Les convulsions de Prométhée enchaîné sont, en effet, accompagnées d'un tremblement de terre et d'un bouleversement de toute la nature, de même que les mouvements de la foudre comprimée dans le nuage orageux ébranlent le ciel et en feraient craquer les fondements, si elle ne trouvait une issue hors de la prison qui la retient captive. Dans la tradition reproduite par la légende grecque, Prométhée est donc l'image des effets nuisibles et redoutables de la foudre : suivant une expression usitée au moyenâge, c'est le c< mal feu ». Ce mauvais feu se rencontre dans d'autres