‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 24 sur 550 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

maintenant, nous pouvons dire que, dans tous les détails de ce récit, dans la peinture de cet effroyable bouleversement de la nature, de cette tempête de feu qui se déchaîne entre le ciel et la terre et qui confond tous les éléments dans un immense chaos, il est difficile de ne pas reconnaître les phénomènes d'une éruption volcanique. Cette vraisemblance est confirmée par la description que fait Pindare d'une éruption de TiEtna, dont il attribue les funestes effets à l'action de Typhoeus écrasé sous le poids de la montagne. Les volcans des Cyclades, qui ne sont pas encore éteints aujourd'hui, suffisaient à fournir au poëte tous les éléments de cette peinture. Mais, en s'inspirant d'un spectacle que ses contemporains avaient pu avoir sous les yeux, il a prêté à celte réalité un caractère cosmogonique, et il a eu le mérite de soupçonner que ces phénomènes, qui n'épouvantent plus l'humanité qu'à de longs intervalles, avaient été l'état fréquent et ordinaire de la nature avant Jupiter, c'est-à-dire aux périodes antérieures du monde.

La lutte de Typhoeus contre Zeus est le dernier acte de résistance des forces violentes et déréglées contre la loi qui veut s'imposer à elles. Les Titans, enfermés dans le Tartare, ne sont pas sans doute anéantis; mais ils sont réduits à l'impuissance et ils ne reparaîtront plus jamais à la lumière. Désormais, la terre et le ciel n'obéiront qu'à un seul maître, à un dieu souverain. Jupiter devient la suprême intelligence qui dirige l'univers, qui maintient l'équilibre entre ses parties, qui veille à la conservation de l'ordre moral aussi bien qu'à celle de Tordre physique. Telle est l'idée abstraite qui perce à chaque instant l'enveloppe du mythe et qui est suffisamment indiquée dans la Théogonie par les noms des premières épouses de Zeus. liera qui, suivant la tradition homérique, devenue celle de toute la Grèce, est la seule femme légitime du maître des dieux, est ici la dernière des divinités auxquelles il s'est uni. Il a épousé d'abord Métis (la Sagesse, l'Intelligence) et il se l'est assimilée en l'enfermant dans ses entrailles; il 8*est associé ensuite Thémis, et Eurynomè, mère des Charités, c'est-à-dire l'ordre et la beauté. Les épouses successives de Zeus ne sont donc, au point de vue théogonique, que les attributs attachés à 8a divine substance, et les enfants qui naissent de ces unions sont les émanations, ou, comme diront les Alexandrins, les hypostases de celle puissance et de cette sagesse souveraines ^

Ainsi, l'idée du Jupiter hellénique, conçu comme l'intelligence ab-

i. Nous laissons, à dessein, de côU^ le reste de In Théogonie, qui n'est qu'un résumé de la mythologie homérique.

solue, source de tout ordre et de toute beauté dans l'univers, n'est pas une interprétation philosophique des derniers siècles de Thelléniîime, forcé de s'améliorer et de s'épurer en face du christianisme naissant; c'est au contraire une des idées les plus anciennes auxquelles se soit élevée la pensée grecque, et un des premiers résultats de ses réflexions.

Page 1