SIGNIFICATION PRIMITIVE DE ZEUS
Le nom de la divinité principale des Grecs est celui qui nous sert encore aujourd'hui, dans notre langue, à désigner l'Être infini. Le mot français Dieu, les mots latins Deus et Jovis, le grec ZsJ;, le sanscrit Dyaus^ proviennent tous d'une racine commune qui nous fait remonter jusqu'aux origines de la pensée religieuse de nos premiers pères. Cette racine, qui s'est conservée intacte dans la langue de rinde\ éveille ridée du ciel lumineux, dont la contemplation semble avoir donné naissance chez tous les peuples au premier sentiment du divin*. Zeus a donc le même sens originaire que Dyaus (le ciel, le jour) a eu dans rinde. Mais Zeus n'est pas seulement le ciel divinisé ; il est un dieu personnel dont l'incessante action se manifeste, dans le domaine qui lui est propre, par mille phénomènes. Ces phénomènes étant en relation avec le reste de la nature et surtout avec la terre, séjour de l'homme, Zeus, conçu comme leur auteur, était devenu, avec le développement de l'anthropomorphisme, le héros d'un grand nombred'aventures et de légendes qui avaient pour théâtre le sol de la Grèce. En même temps, le Jupiter hellénique a une signification plus haute. Il est le dieu suprême, le « père des dieux et des hommes », l'ordonnateur de toutes choses, l'être tout-puissant dont la souveraine intelli-
i. Pour ses dérivations, voir G. Curlius, Gnindzûge der griechischen Ehjmolo(jii\ p. 213, 2* édit. Cf. Max Muller, îiouv. leçons sur la science du Inuf/at/e, l. II, p. 102 et suiv. de la traduction de MM. Georges Perrot et Ilarris. M. Bréal, Hercule cl Cacus^ p. 102-
2. V. Us exemples rasseuiblés par Welcker, Griechischc GvUcrlehre, I, p. I30-I."il.
ZEUS. ib
gence voit tout et connaît tout : conception qui se rapproche de notre conception actuelle de la divinité, et qui a pu faire supposer à Welckcr l'existence en Grèce d'un monothéisme primitif*. Zeus se présente donc à nous sous deux aspects divers que nous devrons successivement examiner.
Le nom ordinaire du ciel dans la langue grecque est sùpavf; : mot identique au sanscrit Famnas, et qui, comme celui-ci à Torigine', exprime surtout l'idée de cette voûte immense qui domine et couvre la terre. Mais tandis que, dans les Yédas, Vaiiinas est devenu un dieu personnel qui gouverne le monde, en Grèce, Ouranos personnifié n'est, comme nous l'avons vu, qu'une conception théogonique^. Les dieux c'jpaviWeç sont donc simplement les habitants du ciel, et l'épithète d'cjpavio; quelquefois appliquée à Zeus^, ne désigne autre chose que le dieu de la partie supérieure de l'univers, par opposition avec le dieu qui habite le sein de la terre ou avec celui qui a la mer pour domaine.
Le séjour que l'imagination grecque lui assigne n'est pas d'ailleurs le ciel visible. Bien au-dessus de l'épaisse atmosphère terrestre, de cette basse région fréquemment obscurcie par les nuages et troublée par les tempêtes, est l'éther, domaine de l'immuable et sereine splendeur. On l'éther est la demeure de Zeus'; c'est là qu'il habite, au milieu de la lumière éternelle. Dans certains cantons de la Grèce, le culte du dieu rendait témoignage de cette idée. En Arcadie, le sommet du mont Lycée, d'où l'on découvre le Péloponèse presque entier et qui reçoit les premiers comme les derniers rayons dusoleil, lui était consacré; il y était honoré sous le nom de Zeus Lykaios, c'est-à-dire de « dieu de la lumière ^. » C'est en ce sens également que, couime le dieu de la Bible, il était adoré sur les hauts lieux. Des sommets de lAthos à ceux de la Crète, les cimes les plus élevées des montagnes de Grèce portaient la trace d'un culte primitif de Zeus^ Quand ses adorateurs, parvenus, après une longue ascension, à un point culminant, voyaient la terre bien loin au-dessous d'eux, ils se sentaient plus près du ciel ; ils croyaient s'approcher du dieu qui en habite les hauteurs, pour être mieux écoutés de lui, pour lui faire agréer plus facilement les offrandes