Pausan., /. cit
0. Plat., Ion., init. Schol. Pind., Netn., III, 145; Pausan., H, 26, 7. Corp. Imer,, 1068; 1124; 1515. pfc.
On célébrait également à Cos des jeux en l'honneur du dieu*. Cet ensemble de distractions et de plaisirs variés ne pouvait manquer d'avoir une heureuse influence sur certaines maladies.
Quand la Grèce se fut ouverte aux religions égyptiennes, Asclèpios eut un rival dans Sërapis, qui était doué, comme lui, d'attributions médicales. Nous trouvons des traces de cette succession ou de cette juxtaposition des deux cultes à Pergame, à Hermione en Argolide, et à Orchomène de Béotic *. Mais les rares renseignements que fournit à ce sujet Tépigraphie ne nous permettent pas d'affirmer qu' Asclèpios ait été réellement détrôné par Sérapis. La singulière faveur dont le dieu égyptien fut l'objet ù partir du règne de Ptolémée Philadelphc peut faire supposer seulement qu'en plusieurs endroits de la Grèce Sérapis disputa et enleva à Asclèpios une partie de ses fidèles.
Le problème de la destinée est aussi ancien en Grèce que les premiers développements de la civilisation. Quand on lit les poèmes homériques, on rencontre souvent, à côté du nom de Jupiter, celui d'une puissance impersonnelle, non moins souveraine que le maître du monde, et qui correspond, en partie, à l'idée que nous exprimons en français par le mot : destin. Cette idée se traduit, en grec, par deux mots principaux : Atw et Moïpa. Or, l'étyinologie nous apprend que ces deux mots ont un sens identique. Aisa se rattache à tcc;, qui exprime une idée d'égalité. Moira appartient à la même racine que le mot jjiépoç, qui veut dire une part, qui implique l'idée d'un partage, et d'un partage fait également. Ces deux mots n'ont pas toujours un sens religieux. Nous trouvons dans Homère des expressions comme celle-ci : Xr/fâc; a'ua, « une part de butin u, le butin également partagé selon la coutume des temps héroïques ; ou, au figuré, êXtiiSo; aiaa, « une part d'espérance. » Si nous transportons le sens usuel de ces mots aux idées homériques sur la destinée humaine, nous en découvrirons facilement la signification. Aisa et Moira, ce n'est autre chose que la « part » faite à chaque homme en venant au monde, le lot qui lui est échu, le mélange de biens et de maux qui composent son existence. Cette part peut être heureuse, comme elle peut être malheureuse. De là vient que le mot (jiotpa est quelquefois employé chez Homère pour exprimer l'idée de
1. Voir une inscription d'Halicarnassc publiée par M. 0. Rayet dans la Hevue archéol (1872).
2. Voir nos Inicriptioru inédile» de Béotie, p. 5 (Archiv. MUt», S" série, t. IV).
bonheur ; mais, le plus souvent, il ne désigne que la destinée de chaque homme, l'ensemble de la vie humaine, avec ses alternatives de joies et de douleurs, et surtout avec sa durée nécessairement limitée. Comme en effet la mortalité fait partie de la condition humaine, [AsTpa peut exprimer aussi l'idée de la mort. Mais, dans ce cas, cette abstraction s*anime, prend un corps, devient une personne, une divinité. Moira est alors « la déesse puissante, la déesse pernicieuse, dont aucun de ceux qui voient le jour ne peut éviter les redoutables atteintes. » Nous assistons ainsi à la naissance et comme au berceau d'une divinité, née d'une abstraction. Il est à remarquer, en effet, que la fable des Parques, telle qu'elle se développera plus tard, n'est encore qu'en germe chez Homère. Ce qui domine dans Yllidde et dans V Odyssée^ ce que le poète exprime surtout par le mot [JLoTpa, c'est l'idée abstraite de la destinée humaine. Moira est la part inévitable faite à chaque homme, la nécessité irrésfstible qui le pousse au terme fatal de son existence ^
L'idée de la [xoipa n'a revêtu une forme mythologique qu'à une époque postérieure à la composition des poèmes homériques. L'aveugle puissance qui dispose en maîtresse de la vie humaine et qui en limite le cours, au lieu d'être représentée par une seule divinité, s'est alors décomposée en trois personnes et a donné naissance à un groupe de trois sœurs. Dans la Théogonie^ elles sont les filles de la Nuit'. Elles s'appellent Clotho, Lachésis, Atropos. Clotho (la fileuse) exprime Tenchaînement irrésistible des événements dans la trame de la vie ; Lachésis, le hasard du lot qui échoit à l'homme ; Atropos, l'inflexible nécessité de la destinée. Leur action commence au berceau pour ne s'arrêter qu'à la tombe. Elles président donc d'abord à la naissance'. Dans cette fonction, elles sont en rapport avec Uilhyia*, qui est leur assistante (TripsSpo;), ou avec Aphrodite Ourania*. Pour la même raison, on les trouve quelquefois associées à Prométhée, considéré comme créateur de la race humaine'. Dans le cours de la vie, le mariage marque un moment fatal, il est le principe d'une série d'événements heureux ou malheureux qui, d'après les croyances grecques, dépendaient des trois sœurs divines qui président à la destinée. Les fiancés, avant leur union, sacrifiaient aux Parques, comme à Hèra Téleiaetà Artémis''.
1. Nous n'avons pas à étudier ici la question des rapports de In Moira avec la puissance de Jupiter; question théologique plutôt que mythologique.